05 mai 2009

Ici Londres

Ici Londres - Vincent Cuvellier, Aurélie Luneau

  • Vincent Cuvellier, Aurélie Luneau
  • Illustrations Anne Hebauts
  • Rouergue - 22 €

Tout nous intrigue dans cet album, objet non identifiable, véritable objet introuvable. C’est sous les auspices du surréalisme que les auteurs, en grande complicité avec leur éditrice, ont choisi de raconter aux enfants et à leurs parents l’histoire des messages personnels émis sur Radio Londres durant la Seconde Guerre mondiale.
Un titre difficile à déchiffrer (normal, puisqu’il annonce la rencontre du lecteur avec des messages cryptés), imprimé sur des ronds rouges (sûrement des cerises), convoités par un merle. Cerises ? Merle ? Tiens ! ça ne vous rappelle rien ? Les cerises rouges d’Anne Herbauts roulent de page en page (en gouttes de sang ?) et nous entraînent avec elles. La couleur noire annoncée par le merle (moqueur ?) se fait ombre souvent et s’impose parfois : soldats (combattants ou morts), silhouettes figées dans l’attente, animaux foudroyés — entre crainte et action, les images nous guident. Il y a aussi ces petites phrases si étranges, ces fameux messages immortalisés jusqu’ici par les films sur la Résistance et imprimés sur la page de gauche, que jamais l’illustratrice n’explique mais que toujours elle incarne, au pied de la lettre. Cette approche sensible est complétée de trois façons. D’abord, l’album s’ouvre sur un joli texte de Vincent Cuvellier, à l’origine de ce projet, qui raconte à la première personne comment un gamin caché derrière un tas de bois surprend son père en train d’écouter la fameuse émission interdite par l’occupant, les Français parlent aux Français. Ensuite, on découvre, inséré entre deux pages, un vrai-faux journal, rédigé par l’historienne et journaliste Aurélie Luneau, qui explique de manière très précise le rôle que la radio joua dans l’aide à la Résistance. Vive la radio ! Enfin, sur le dernier plat est fixé un C.D. réalisé à partir des bandes son conservées par l’INA et mises en musique avec beaucoup d’inventivité par Olivier Mellano. Ce C.D. fait chanter à nos oreilles qu’« Alberte a les yeux noirs », que « Tante Amélie fait du vélo en short » ou qu’« Athalie est restée en extase »… N’oublions pas qu’un des journalistes de cette émission n’était autre que Pierre Dac.
À la fois livre-C.D., album et livre documentaire, cet album transcende tous les genres et s’impose grâce au talent de tous ses auteurs. Il est fait pour être partagé en famille, car toutes les générations s’y retrouveront et y trouveront du sens : bien évidemment, il s’achève sur ce message emprunté à l’un de nos grands poètes, qui annonça le débarquement : « Les sanglots longs des violons… ». On sourit et on est ému. Que demander de plus ?

Claude André, L’Autre Rive

Publié dans DERNIERES LECTURES | Lien permanent | Commentaires (0) | |

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.