07 avril 2009
Trois femmes et un Zoo…
Une nouvelle création d'artistes soutenue par le le Conseil général de la Mayenne, en partenariat avec l’Association des Librairies Spécialisées Jeunesse
© Guykayser
Simon Roguet : - Natali Fortier, pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de ce projet ?
Natali Fortier : -J’ai rencontré Valérie grâce à Marie-Thérèse. On s’est donné rendez-vous avec l’idée du jeu de mémory et il a suffi de très peu de temps pour qu’ensemble on visualise un zoo… J’imaginais des couleurs mexicaines, des tas de formes et une avalanche de symboles… Entre nous trois, j’ai senti une émulation. Il était évident qu'on voulait vraiment aller au bout du Zoo. On s’est embarqué sans hésitation dans ce projet. Nos paroles fabriquaient le jeu mais sans le figer. Lorsque je me suis retrouvée dans mon atelier, rapidement j’ai vu les animaux comme des sculptures précieuses et drôles. J’avais envie de plaisir mais aussi de rendre hommage, car il n’y a rien de plus surprenant, de plus intriguant, de plus curieux, de plus stupéfiant et unique qu’un animal. J’aurais pu les statufier par un trop grand respect ! Heureusement qu’il s’agissait d’un jeu, chaque bête et moi on s’est apprivoisé... Ma girafe est une girafe, elle ne représente pas les girafes. C’est comme ça que j’ai vraiment pu ronronner avec mes fauves. Les bêtes en volume sont dans des cubes en plexis suspendue par des fils de pêche. Je voulais l’ours aussi aérien que l’oiseau. J’aime le mélange. Lisse et poli pour les boîtes en plexis. Rugueux, brut et sauvage pour les cubes de bois… Les cubes s’empilaient et les animaux grondaient… Avec Marie-Thérèse et Valérie on se retrouvait quelquefois dans mon jardin et elles savaient comment s’y prendre pour les faire respirer plus fort. Et Guykayser, grand photographe dans les parages, prenait des clichés en pointillés.
- Trouvez-vous plus de liberté dans des projets comme celui-ci, ou la création que vous aviez réalisée pour le Salon de Montreuil 2007, que dans la réalisation de vos ouvrages ?
- C’est une concentration très différente. Quand je travaille en volume, je tourne autour, je suis debout, toujours en mouvement. Je danse avec Eux. Quand je m’enferme dans un dessin, c’est le contraire, j’entends rien, je suis absorbé sans m’apercevoir de ce qui se passe autour de moi. Le dessin m’hypnotise. Je me rends compte comme j’ai besoin des deux. La liberté, c’est compliqué, c’est jamais gagné ! Dans Zoo, j’étais en liberté grâce à la confiance de Valérie et Marie-Thérèse.

En parallèle à ce jeu, les éditions l’Art à la Page sortent un magnifique livre qui retrace en photographie la création du jeu. On y voit les réalisations de Natali Fortier, les tableaux, les sculptures mais aussi des images, très belles, de l’atelier de l’artiste… Marie-Thérèse Devèze, avec sa structure L’Art à la Page, travaille depuis des années à la frontière entre le livre pour la jeunesse, les expositions et des univers d’artistes.
Marie-Thérèse Devèze : - Natali, Valérie et moi, nous n’avions pas peur de nos idées ! Chacune d'elle rebondissait sur une autre et voir le travail de Natali avancer était galvanisant ! Cette envie de livre est venue tout naturellement chez nous trois, comme la continuité logique de ce qui était entrain de se créer, et ce avec deux objectifs : pérenniser ce travail avec un angle complémentaire à celui du jeu (avec carte blanche à Natali pour un petit texte ; elle a choisi de donner la parole à ses animaux avec burlesque, humour, tendresse et poésie ); et témoigner de "l’artiste à l’œuvre". Ce qui prime pour moi aujourd’hui, c’est de faire partager non pas le travail d’illustrateurs au sens strict, mais d’artistes qui s’expriment par la voie du Livre, qui poursuivent une œuvre - comme une nécessité intérieure - qui peut prendre une forme ou une autre.
- Que trouve-t-on dans votre galerie ?
- Et pourquoi également éditer des livres ?
- Editer des livres m’a semblé être le prolongement naturel de mon travail dans la mesure où il s’agit de livres monographiques : se plonger au cœur de la démarche créatrice d’un artiste dans ses différents aspects pour mieux comprendre l’œuvre. Dans la même optique, d’autres livres s’intéressent à la mémoire, à l’autobiographie – autant de ponts jetés sur sa propre enfance – comme éléments fondateurs .
Intéressée par le travail de l’auteure-illustratrice qui mêle peinture et sculpture, Valérie Gendry, l'a donc rencontrée avec la complicité de Marie-Thérèse Devèze de l’Art à la page, pour lui proposer une création originale destinée au public des bibliothèques de la Mayenne. Très vite, les œuvres réalisées pour l’exposition-jeu par Natali Fortier lui ont semblé idéales pour concevoir un jeu d’artiste de type Memory aux multiples possibilités : «Le format de cartes carrées de 9 par 9 cm s’est imposé pour donner toute son ampleur à la richesse plastique des images. Le livre nous est apparu comme une occasion d’expliciter le processus créatif et d’explorer d’autres talents de l’artiste. Trois réalisations qui peuvent s’appréhender séparément ou s’enrichir mutuellement et où chacun, quelque soit son âge, peut se laisser embarquer dans l’exploration d’une œuvre artistique aux innombrables facettes».
Simon Roguet : - Valérie Gendry, vous êtes à l'origine du soutien à ce projet comme aux précédents. Jeu après jeu, vous placez votre institution dans un rôle novateur d’aide à la création. C’est assez inhabituel et cela doit être très enrichissant et stimulant de pouvoir être à l’origine de projets d’artistes.
- Depuis 2003, le Conseil général de la Mayenne soutient la création annuelle d’une exposition-jeu d’artiste confiée à un artiste lié au monde de l’édition. Par ce biais inventif et ludique, il s’engage à mettre l’art et la culture à la portée de tous dans les bibliothèques publiques du département. Cette année, en offrant Zoo le jeu à toutes les assistantes maternelles, aux crèches et haltes garderies de la Mayenne, il illustre sa volonté de placer la culture comme activité fondatrice dans la vie du tout petit. Il est effectivement très motivant de travailler sur de tels projets avec ce double objectif, en ajoutant le défi de concevoir et réaliser l’impression de ces jeux avec des entreprises mayennaises dans une époque où la majeure partie des jeux et jouets qui inondent la planète nous arrivent d’Asie…
Et c’est effectivement encourageant de voir qu’à l’heure actuelle, il existe encore des institutions qui soutiennent – et notamment financièrement – le travail d’artistes… On peut trouver le jeu et le livre Zoo dans toutes les librairies qui diffusent Citrouille. N’hésitez pas à leur demander conseil…
Propos recueillis par Simon Roguet, librairie M'Lire
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