10 novembre 2008

Et nous on refait le monde… (chroniques algéroises de Nadia Roman #5)

[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]

avoir la cote! Alger samedi 31 oct 2008 166 (14).jpgJe n’ai pas écouté la radio ni regardé la télé depuis mon arrivée ; dans les journaux algériens je ne lis que le national. J’en saurai assez au retour, le monde continue à tourner de travers je suppose… La fatigue commence à s’accumuler, mais je ne suis pas là pour me reposer, le temps passe et mon retour s’annonce au rythme des départs. Fabienne rentre aujourd’hui ; elle n’aura pas eu la « chance » de voir son guide d’Alger sur le stand d’ESF ni les autres titres d’ailleurs. Jusqu’à l’aéroport d’où elle appelle encore pour savoir, mais je suis obligée de la décevoir. Nous avons établi un code, s’ils sont débloqués, je lui écris « siper » avec l’accent bien sûr ! C’est la traduction que Rania, journaliste à Algérie news propose, quand je lui demande comment exclamer sa joie en arabe !
La soirée chez Sofiane et Selma était très agréable, havre de paix sur les hauteurs d’Alger, des bouquins partout des amis partout, du vin et de la musique cubaine. Et on parle de quoi, de livres évidemment ! Laura, jeune éditrice avec son père Jean Richard (éditions En bas) militants de Lausanne, est ici pour la première fois. On parle aussi emplettes avec Mélanie, journaliste toulousaine qui vit à Alger depuis deux ans, elle travaille à El Watan. Elle aime sa vie ici qu’elle trouve plus riche qu’en France, sur le plan professionnel et des « valeurs » comme elle dit, plus vraies, moins factices que chez nous. Elle dit aussi revenir souvent en France pour le côté futile qui lui manque, la vie algéroise n’a pas le loisir de ce luxe-là. Elle conduit comme un vrai taxi algérois, fonce et freine, lumière au plafonnier et veilleuses aux barrages, à nouveau à fond après la chicane.


Alger samedi 31 oct 2008 166 (21).jpgJe crois que tout Alger connaît notre Imagier !!! Il va pourtant falloir tempérer son nom, car en ce qui concerne les images, un petit contre temps apparaît. Notre illustrateur ici jette l’éponge, pour mille et une raisons on va dire, la principale est probablement l’arrivée annoncée de son premier enfant, ce qui le chamboule, le préoccupe et c’est bien naturel. Nous attendons des propositions de Nechwa qui sort des Beaux-arts d’Alger et montre un enthousiasme encourageant. Amine son petit ami se lance aussi dans l’illustration, après un mémoire sur l’affiche. C’est vrai que malgré la tradition de la caricature de presse et les représentations orientales et les artistes si nombreux et talentueux, les illustrateurs sont encore difficiles à dénicher.
Il y a une affluence exceptionnelle au salon ; les accès routiers sont bloqués, la police a du mal à gérer le flot, ferme les parkings ; les gens viennent à pieds de loin, on dirait la description que fait Philippe Caubère de l’arrivée des spectateurs à la Cartoucherie ! On est serré comme des sardines, il fait chaud à nouveau avec du vent chaud aussi. Et c’est la journée « rendez-vous d’affaire ». J’en oublie de manger, mais ça, ça fait déjà deux jours que les midis sont sautés. Ceci n’empêche pas de parler avec les gens, de lire des histoires aux enfants, de faire d’insolites rencontres. Les quatre jeunes qui travaillent sur le stand sont sur le pied de guerre, très inquiets pour le vol ; en plus de toujours vouloir arrondir les prix au plus bas, je les surprends par ma réaction presque enjouée quand il m’annonce la disparition d’un Réveil en arabe. Un livre volé est un livre qui sera certainement lu ! C’est sûr qu’il n’en faut pas trop non plus, d’accord. Et en face Radio Algérie qui diffuse non stop, vivement ce soir qu’on se pose ! Je m’échappe un moment pour une dédicace et boulot avec LL Alger samedi 31 oct 2008 166 (10).jpgdédicace d’Hakim Lalâam, journaliste au Soir d’Alger, dont l’humour est très apprécié ici. Il sort chez Chihab un recueil de photos de panneaux, d’enseignes collectées dans toute l’Algérie, genre mots tordus (oui Pef encore !) avec un petit commentaire pour chaque façon « rue des petites perles » du Canard Enchaîné, les images en plus. J’adore ce genre d’humour. Hakim est un garçon très agréable, drôle, direct, très lucide en tous points, ceci allant bien avec l’humour nécessaire à la vie en général, ici en particulier. Il va vraiment falloir que je pense à acheter un sac de voyage pour le retour, j’ai encore une collection de bouquins à rapporter, roulettes obligatoires.
Ramzi veut m’emmener voir des livres pour enfants par chers. J’arrive sur un stand où les albums brochés sont à 250 dinars. Des titres classiques, genre Cendrillon, assez moches mais pas souples en somme. Je regarde la fabrication, difficile à trouver, mais enfin, en Chine. Je lui explique ce qui à mon avis justifie le prix bas, droits et fabrication et qualité. Il me semble qu’il a du mal à saisir ce qui fait la différence. Le contenu ne lui parait pas vraiment essentiel, il voit l’objet, l’emballage. Il est commercial à fond mais pas trop lecteur. Je lui promets de lui envoyer des livres CD pour qu’il les « lisent » au volant !
fin de journée, Ramzi et moi sous notre khaïma antivol Alger samedi 31 oct 2008 166 (30).jpgJe fais la marchande de droits et puis on met le drap sur les livres et on s’en va, Lynda et Khalida ont leur fou rire du soir, Mehdi et Ramzi font attention de parler français pour que Tata Nadia comprenne. C’est le 1er novembre, fête nationale, on a mis le drapeau sur le stand. Ce soir beaucoup de restaurants sont fermés. On en déniche un sur la colline, un peu de bric et de broc et contre toute attente c’est bon !
Dimanche Guy Dugas (universitaire qui dirige l’institut Roblès) arrive de Montpellier pour faire une conférence sur l’influence des auteurs du Maghreb sur la littérature jeunesse. J’ai rendez-vous avec lui après pour parler coécriture et autres échanges transmed. Je prendrai des notes et te dirai tout ! Fadela M’rabet a prolongé son séjour, on va y aller ensemble en copines que nous sommes devenues, aussi bavarde l’une que l’autre, Lazhari le taciturne rigole de nous voir tchatcher sans fin et s’échappe vite. Et nous on refait le monde… 
Alger est en plein soleil. Je filoche comme dirait Dominique Lavanant dans les bronzés, hé oui mes références ne sont pas toujours littéraires !
Bonne journée
Et des bises
Nadia

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