08 novembre 2008

Une volonté commune qui avance (chroniques algéroises de Nadia Roman #4)

[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]

Alger jeudi 30 oct 2008 (67).jpgMême aller acheter le journal (oui je vis à Nice où on dit « le journal » puisqu’il n’y a qu’un quotidien…ce qui ici paraît incroyable), pas de feu, peu de passages cloutés, la trouille ! C’est un peu comme la conduite, bande d’arrêt d’urgence couramment pratiquée, malgré une police omniprésente, mais les embouteillages sont tels. Moi qui pensais avoir du mal pour conduire à Paris, ici je n’y pense même pas, chauffeurs, amis, taxis quel confort !
Toujours pas le bout du nez d’un livre débloqué mais des rayons qui se vident. Paperasses et transitaires aux prix variables, on est aidé par les jeunes sur le stand qui sont tous issus ou en cours d’école de commerce, ouf ! Sérieux et gentils, respectueux des vieux, ils m’appellent Tata ce qui est drôle et chaleureux, je leur donne du « attention à maman Nadia » mais attention à quoi ?! On parle religion avec Mehdi, musique avec Ramzi, livres avec Lydia et Khalida, entre les mille et uns coups de téléphone qu’ils passent et reçoivent. Ici pas un mais au moins deux portables grands comme des calculatrices des années 70 plein de touches et d’options.


Alger jeudi 30 oct 2008 (29).jpgEt puis signature du Réveil bilingue entre Hocine Belalloufi journaliste, auteur d’un essai, Plaidoyer pour une nouvelle révolution arabe, Mohamed Bouslah illustrateur de BD dont celle-ci, adaptée d’un des premiers romans policiers de Yasmina Khadra, Commissaire LLob Le dingue au bistouri (bulle de bronze au festival international de la BD Alger octobre 2008). Cette édition « coup de cœur » est ravissante. Pas de ligne éditoriale ça veut dire tout ce qu’on aime. C’est un bel espace de liberté, pas lucratif obligatoirement (qu’on se le dise mais qu’on ne s’en empêche pas pour autant !), qui mélange les lecteurs d’une manière délicieuse. Alors l’après midi fut dense et riche. Rencontre avec des parents militants dans des associations d’enfants handicapés moteur et trisomiques. Ils militent pour l’intégration en milieu ordinaire, ouverture des classes ghetto, et nous qui perdons tout ça au fur et à mesure… Je repense à mes propos de juin sur les maternelles et leur fonction régulatrice, mon souhait que tout ceci continue chez nous, ma crainte qu’il n’en soit pas ainsi, crainte confirmée dès l’automne…et des parents qui te font la bise parce qu’au bout du compte c’est un moyen de dire clair le bien que nos rencontres provoquent, leur adhésion, notre communauté d’idées. Des mots et des gestes. Bonheur.
Ce soir j’ai mangé dans ma chambre en écoutant Idir puis Cantu u populu corsu sur mon ordi. Demain tentative de connexion et la fête continue. Rencontre de l’attaché culturel avec Liza du bureau du livre qui a découvert, en suivant Bruno Muscat dans ses interventions, comme les enfants prennent dans les livres, se questionnent et s’expriment. Avec moi cet après midi Mokrane CE1 des Glycines. Il a dit à ses parents qu’il me reconnaissait derrière la table, mutique hors cadre, et sa sœur et ses parents de commenter les images de l’album jumeau, rapprochant les mots de leur fils et frère des images de Pascal Vilcollet « mon » illustrateur… quels mots pour te dire comme par moment tu crois que c’est ça et simplement ça qui vaut le coup. C’est partout pareil me diras-tu, oui tu as raison, mais ici ce n’était pas gagné, toujours pas certainement, mais c’est un commencement et les commencements…
Je vais me reposer pour récupérer de la voix aussi. Demain il fera certainement soleil et on pavoise pour le 1er novembre qui sera largement et nuitamment ponctué de klaxons canons et sirènes (l’hôtel fait face au port). On ne fête pas les morts mais le début de la guerre d’indépendance, 1954.
Alger jeudi 30 oct 2008 (46).jpgJe repense au blog de cet été qui nous a beaucoup fait échanger vivement sur la littérature jeunesse, la littérature pour qui etc… autour des albums, même si j’en parle peu en somme puisqu’il s’agit souvent de faire la marchande, s’instaure malgré tout un réel échange sur les mots et leurs images, les auteurs, leurs idées. Nos livres sont encore coquelicot sur le drap blanc, mais plus pour longtemps, ce qui est normal, heureux, attendu, espéré, travaillé, évident. Pas de Perette ni de pot ni de lait, mais une volonté commune qui avance. Avec la distance due à la distance, ne pas perdre de vue tout ceci chez nous, revenir avec cette vision dans les bagages, ne pas oublier une fois rentrée à la maison, « rien n’est acquis l’homme » !
A demain
Amitiés
Nadia

Commentaires

Quel plaisir de relire 1 an plus tard des chroniques écrites avec bonheur et joie à partir d'un pays si aimé,apprécié et qui semble renvoyer à Nadia l'amour qu'elle lui porte.
Merci et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Ecrit par : gerard roman | 19 octobre 2009

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