06 novembre 2008

Attendre le printemps pour revenir ! (chroniques algéroises de Nadia Roman #7)

[En direct du 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman - Chronique 7 / 7] - Nadia Roman vous propose d'écouter Petit Bambino par Lili Boniche en lisant sa dernière chonique algéroise 2008 :

Serge pour le Cameroun Alger SILA 2008 012.jpgDernier jour à Alger, toujours ce pincement. Il fait très beau, la journée sera longue.

Les éditeurs de l’Alliance des Editeurs Indépendants sont venus en nombre, une vingtaine, d’Europe et d’Afrique. Guinée, Cameroun, Madagascar, Tunisie, Maroc, Canada, Suisse, Belgique, France, Algérie enfin. C’est la première fois qu’ils sont ici. On trouve sur leur stand peu éloigné du notre tout ce qu’on peut éditer, de la politique à la jeunesse, en passant par les sciences humaines, l’économie… Rencontres autour du livre, des professionnels, visite d’une imprimerie ancienne et toujours en activité, l’Imprimerie Mauguin à Blida (où Le réveil est imprimé) qui est également le siège des éditions du Tell. Nous préparons avec eux une table ronde sur la littérature jeunesse à laquelle je ne participerai pas (hélas) ce sera demain et je serai exactement dans l’avion. Mais je seconde « mon » éditeur pour cette réunion de travail qui se passe sous la khaïma berbère qui trône sur l’esplanade du palais des expositions. A noter que les mandarines sont déjà mûres ici et les dattes…


l'Alliance Alger 2 nov 2008 003.jpg

(relancer la musique !) Et je suis contente. Oui ce n’est pas exceptionnel et la semaine est très riche. Mais ce matin Liza du bureau du livre me présente l’attaché culturel nouvellement nommé. Nous échangeons au sujet de mon, mes, séjours à Alger. Il m’écoute lui exposer mes actions, mes projets, puis me demande comment m’aider à continuer. Je trouve ceci très encourageant, avec une petite pointe de satisfaction due certainement à ce qu’on pourrait nommer reconnaissance. Ou l’impression d’être entendue. Les animations sont perçues comme utiles, l’information sur la littérature jeunesse va se poursuivre, se développer et la coécriture. Oui je suis contente !

 

Bich Maroc, Yahia Guinée, M. Michelle Madagascar Alger 2 nov 2008 007.jpgPose déjeuner active, suit la conférence de Guy Dugas : « Driss Chraïbi et Mohammed Dib, littérature maghrébine pour l’enfance ». Il plante le sujet d’entrée autour de la littérature jeunesse de façon claire (et je repense encore aux échanges sur le blog de Citrouille cet été) ; littérature, para-littérature, de la jeunesse vers les adultes rarement, l’inverse plus souvent, subjectivité de l’âge du lectorat, grammaire, syntaxe, volume de l’ouvrage… ? Et la littérature maghrébine qui se réfère à la ruralité, à l’univers féminin, quel écho pour les enfants d’ailleurs ? Ce prof de littérature comparée use de catégories parfois, pour mieux montrer qu’il n’y en a pas. Ses auteurs de référence on écrit pour les enfants tout au long de leur vie, jusqu’au bout d’ailleurs, sans passer des petits aux grands, mais en gardant le désir de s’adresser aux enfants toujours.

Alger Khalida, Lynda et Amina nov 2008 166 (26).jpgL’histoire de cette littérature de ce côté de la mer remonte aux années 50 ; Jules Roy, Emmanuel Roblès, Henri Bosco, Saint Exupéry écrivent pour les enfants sans référence directe à l’Afrique du nord, puis apparaissent des contes traditionnels populaires maghrébins et Dib et Feraoun qui garderont la préoccupation de l’enfance même dans leur œuvre pour adulte (lire le magnifique « Fils de pauvre » de Mouloud Feraoun –ça c’est moi qui rajoute magnifique !-), Anouar Benmalek aujourd’hui chez qui l’enfant est très présent . Dans les années 70, la production maghrébine jeunesse augmente nettement et les sujets se diversifient, des animaux héros, des contes collectés encore et l’apparition des illustrations. Puis on voit en France des romans qui passent inaperçus chez les adultes et ont du succès en jeunesse (« Quand on est mort c’est pour la vie » Azouz Begag, de la blanche Gallimard à la jeunesse) reste une vraie gêne de parler de la guerre aux enfants, de la guerre d’Algérie.

Coté technique, M. Dib se sert de métamorphoses enchainées alors que D. Chraïbi use du renversement dérisoire. A. Laabi utilise aussi de ce procédé ; l’animal parle à l’homme, l’enfant s’adresse doctement à son père. Je rapporte cela parce que j’aime bien la dénomination des techniques.

libraire de El Biar, Magali et Laurence de l'Alliance Alger SILA 2008 016.jpgGuy Dugas affirme enfin qu’il faut en finir avec la catégorisation de la littérature. Il intervient à l’école doctorale Algérie-France et déplore que les thèses soient souvent orientées vers des auteurs à succès (qui écrivent en France), pas de littérature du Maghreb, pas de jeunesse, rappelle clairement qu’il n’y a pas de littérature qui a plus de valeur qu’une autre, que le temps fera le tri et qu’on verra peut-être un héros âne (cf Driss Chraïbi) conservé par l’histoire et pas obligatoirement celui d’un auteur à succès aujourd’hui.

Peu de commentaires dans la salle, le propos était clair et simple, à la manière de celui qui maitrise le sujet et peu aisément le communiquer.

Je le retrouve à la sortie ; nous avons un ami commun, Yahia Belsakri, oranais journaliste et auteur qui nous a rapprochés. Il lui a parlé de l’Imagier, nous l’évoquons assez peu finalement, et parlons de nous et de la production jeunesse et de son évolution, des traductions mais surtout de la coécriture qui reste pour moi l’essentiel pour nos deux communautés. Guy Dugas a très longtemps travaillé dans des pays arabes, il a une culture qui me fait rêver à une deuxième vie si possible ! Sa position d’universitaire face à la littérature me met évidemment à l’aise. Après un café au soleil, nous allons faire le tour des stands, pas le temps de voir tous ceux qui offrent des livres jeunesse et de commenter au besoin, dommage. Je dis cela car certains éditeurs mis en avant ne sont pas obligatoirement « mes » incontournables. Rencontre avec Lazhari Labter discussion autour d’un prix littéraire Emmanuel Roblès remis chaque année à un auteur né au Maghreb qui a publié dans l’année précédente. Il repère chez Alpha des « clients potentiels » à ce prix.

Alger Mehdi et Ramzi nov 2008 166 (29).jpgLa journée n’est pas finie, nous devons encore faire une série de dédicaces que je dois rapporter en France, d’autres pour l’Algérie. Il fait nuit. J’ai abandonné les jeunes sur le stand et doit organiser la fin du salon avec eux. Et encore plein de petites choses à faire à la hâte, bien que prévues, mais on en garde beaucoup pour la fin souvent !

Et puis enfin diner de l’Alliance, dans un restaurant du centre que j’aime beaucoup. Nous sommes nombreux, mettons un peu l’ambiance en arrangeant les tables de façon à tous nous voir. Les serveurs sont patients et amusés. On fait une sorte de banquet de noce. Des toasts au coca ou vin, tout d’abord Laurence la coordinatrice du séjour et Magali qui vient bénévolement l’aider, des discours plus ou moins longs. Jean Richard qui se présente comme un éditeur suisse et de gauche (éditions d’En Bas, Lausanne) parle au nom de son voisin Alain Deneault  québecquois qui connaît une situation juridique farouche, suite à la publication de « Noir Canada » aux éditions Ecosociété. Ce livre dénonce les mésactions des chercheurs d’or occidentaux en Afrique. Une société le poursuit en justice et réclame une somme si énorme que je ne l’ai pas mémorisée. Que peut-on faire pour l’aider ? Signer la pétition de soutien, sur le site ecosciete.org, sur lequel le livre est clairement présenté, l’histoire juridique aussi. La jeunesse est représentée par le Maroc, Madagascar, la Guinée, la France et l’Algérie. On dit aussi des bêtises et on mange bien. Sans trop tarder car une semaine déjà et la fatigue se fait sentir pour tous.

matin du départ sous le ciel rose Alger SILA 2008 023.jpgEt puis la valise, les livres mais que c’est lourd !, s’asseoir dessus pour la fermer bien sûr et dormir vite. Je veux me lever tôt, voir le lever du soleil, descendre déjeuner dans la salle paquebot quasiment vide aux aurores, risquer encore ma vie pour une dernière revue de presse et boire un café dans le jardin au sud où on ne voit pas la mer. Un arrêt au salon, encore des livres, j’ai les bras qui touchent le sol et puis retour sinueux à la maison. Il pleut à Nice, la neige est tombée pas loin. Bon c’est novembre, on va attendre quelques mois et ça ira mieux !

Allez, je le dis, attendre le printemps pour revenir !

Tipasa aura le temps de se faire une robe neuve vert tendre, les vagues auront léché les rochers, tout beau tout propre pour briller au soleil

Bonsoir, merci et à bientôt

Je vous embrasse

Nadia

Commentaires

Merci pour ce compte rendu. Nous essayons de conseiller des livres qui parlent du Maroc à nos visiteurs, je vais les renvoyer sur ce post plein d'idées excellentes (même si la zone géographique est plus large)

Et puis la valise trop lourde, je connais :)

Ecrit par : Voyage au Maroc | 27 décembre 2008

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