05 novembre 2008

Que ne suis-je résidente à Alger… (chroniques algéroises de Nadia Roman #3)

[En direct du 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman - Chronique 3 / 7]

Algervendredi 31 oct 2008 163.jpgBonjour,

Oui j’écris le matin parce que les soirées sont festives après des journées actives. Le matin, après un sérieux petit dej dans le salon colonial aux baies vitrées de sanatorium –mer au nord 5 mètres sur 10 au moins- c’est mon heure. J’ai prévu rallonge et prise multiple, tout le matériel se recharge, je suis posée sur une console en miroir, face au miroir, le décorateur n’était pas celui qui faisait le ménage !

Il fait gris, on fait de l’aviron dans la rade, c’est la première fois que je vois une activité de loisir nautique ici. Il faut dire que la vie économique n’est pas au mieux, ce ne sont certes pas des conditions propices aux réjouissements. On attend pourtant beaucoup de monde au salon, les gens viennent de loin et économisent en prévision. Les livres d’architecture de Parenthèses sont très prisés, la politique d’Agone, les beaux livres du Bec en l’air, la jeunesse du Ricochet et Rouge Safran pour les plus grands. Les éditeurs ont fait de réels efforts sur les prix, les bouquins sont encore chers certes, mais abordables.

Fabienne Pavia, Maïssa Bey et Lounes Alger vendredi 31 oct 2008 163 (2).jpg(photo : Fabienne Pavia, Maïssa Bey et Lounes Alger vendredi 31 oct 2008) Et on attend toujours la levée de la censure, promise et annoncée à Fabienne (F. Pavia, éditrice du Bec, en l’air qui coédite souvent avec Sofiane Hadjadj, éditeur de Barzakh) lors de la réception fastueuse organisée hier pour la remise des prix du SILA (nouveauté cette année). On va vous rendre vos livres et dites-le à la presse… pour l’instant toujours rien à dire ! Maïssa Bey a également reçu un prix, comme Sofiane qui a saisi l’occasion pour une fois encore s’exprimer sur la liberté. Maïssa est passée sur notre stand, ses livres aux éditions de l’Aube s’y trouvent. Lounes l’accompagne. Il se présente comme un passionné de littérature totalement autodidacte, non voyant qui ne lit pas le braille. Nous nous asseyons un moment ensemble et il me raconte, sa cécité à 8 mois alors pas d’école et l’idée tenace qui le poursuit ; puis-je apprendre le français alors que je ne suis pas allé à l’école ? La réponse est claire : OUI ! Il a forgé sa culture (et elle est immense) grâce à la radio, il me dit qu’il allait beaucoup au cinéma avant et que je ne m’en étonne pas. Non ce n’est pas étonnant, le climat de la salle et l’ambiance sonore sont importants. Les amis lui lisent les livres, les journaux, mais il a de plus en plus de mal à trouver des gens qui ont du temps pour ça. Que ne suis-je résidente à Alger, je me ferais un plaisir de lui faire la lecture, j’adore ça. Il connaît tout le monde, Maïssa a publié dans le Monde littéraire un long papier sur lui il y a quelques temps. Il est une réelle mémoire de la littérature algérienne en particulier, la plus belle collection de dédicaces me dit Lazhari. Une belle rencontre.

Je n’ai pas dit que cette année l’organisation du salon a été plus stricte sur l’installation des stands, moins de cartons de cigarettes empilés, moins de piles gigantesques de livres religieux au sol. On ne peut pas dire que la jeunesse mise à l’honneur change vraiment la physionomie des choses. Chez certains oui, Alpha a un coin animation pour les enfants et démarre le livre jeunesse après la presse qu’ils avaient déjà, Sédia continue avec des traductions et quelques créations aussi. Mais dans l’ensemble, pas vraiment de différence. Le bébé Réveil est bien accueilli dans sa version bilingue, les gens louent l’initiative, nous encouragent. J’aimerais, nous aimerions, Lazhari Labter l’éditeur et moi, qu’il soit encore moins cher (300DA aujourd’hui) mais son prix de revient est élevé, la marge quasi nulle. On fera mieux la prochaine fois !

Il faut j’y aille, c’est vendredi donc moins de monde sur les routes ce qui est notable ici, où les embouteillages sont infinis. Ce soir, Sofiane et Selma son épouse, nous reçoivent chez eux, éditeurs de l’Alliance des Editeurs Indépendants, francophones du monde. Sur leur stand, proche du notre, se côtoient la Guinée, le Maroc la Belgique, la Suisse…, jeunesse, sciences humaines, politique…, voyage garanti sur 20 mètres carrés !

Bonne journée et  à demain,

Nadia

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