30 octobre 2008

La hauteur de l'auteur (chroniques algéroises de Nadia Roman #1)

[En direct du 13e Salon International du Livre d'Alger par Nadia Roman - Chronique 1 / 7]

1 mardi 28 oct 2008 lever de soleil vu de ma chambre, pour faire plaisir à Pef!.jpgEt bien oui j’y suis encore, Alger à nouveau, de retour… au choix. Arrivée hier un peu lentement, de Nice à Paris et Paris Alger, pourquoi faire simple !
Détail futile, mais même si on « fait  dans les livres » ceci n’empêche pas ; la météo annonçait du mauvais temps et il fait une chaleur de folie. Zut je n’ai pris que des trucs trop chauds à me mettre !
Le salon est bouclé depuis le matin car le Président vient l’inaugurer à 14 heures. J’y vais plus tard, après l’hôtel, le Safir ex Aletti, un mythe colonial qui a gardé son architecture gigantesque et sobre, face à la mer, tout en intérieurs, on visait alors le tourisme d’hiver.
2 mardi 28 oct 2008 Bruno Muscat auteur jeunesse invité.jpgJe me partage entre le stand des Editeurs Sans Frontières et LL (Lazhari Labter Editions) pour les signatures du Réveil si l’imprimeur le livre en temps comme prévu. On attend mercredi.
L’ambiance est à la lassitude, déjà. Des problèmes matériels, des bouquins retenus, - "censure" est lâché. Ça commence bien. Les raisons invoquées ne sont pas évidentes, les pourparlers sont optimistes, on installe et on s’en va. Demain c’est l’ouverture au public. Soirée dehors, on peut encore manger sur les terrasses. « Eté algérien », j’m'adapte et j'adopte !


Ce matin les livres ne sont toujours pas là et les espoirs s’envolent. Il y a aussi cette année un quota journalier d’import à vendre 100 exemplaires), ceci pour les éditeurs algériens. Tout devient bien compliqué et n’est pas engageant pour l’avenir. Le quota d’import à vendre, ce serait pour ne pas faire d’ombre à l’édition algérienne. Les éditeurs ici ne sont pas d’accord, enfin ceux avec qui j’échange. Ils pensent que ce salon est l’occasion pour des gens qui viennent de très loin, de pouvoir faire provision de livres car les libraires sont rares loin des grandes villes et que limiter la vente quotidienne va les pénaliser dans leurs choix. Lire tout favorise bien plus la lecture que d’en restreindre le choix, on est bien d’accord.
3 mardi 28 oct 2008 avec les GS.jpgConfusion et soleil brillant. Je vais en animation à 14h. À l’école des Glycines où je suis allée en juin rencontrer des enseignantes au sujet de l’Imagier ainsi qu’apprendre comment elles travaillent autour du bilinguisme. L’accueil est toujours chaleureux. Mme Benmansour la directrice et Safia Rahla, linguiste et inspectrice, les enseignantes. On s’explique sur mon projet de séance, j’avais envoyé un courrier avec les pistes pédagogiques, mais je reprécise mon but premier, faire écrire les enfants. Et là j’apprends qu’il y a plusieurs classes de CE1 CE2 et GS prévues. Pour l’expression et la production d’écrit, le très grand groupe me paraît moins porteur, mais on va voir. GS d’abord, les plus grands ensuite. Groupes de 60 élèves, c’est sportif !
4 mardi 28 oct 2008 GS aussi.jpgLes enfants sont très expressifs, j’avais craint beaucoup de réserve, on en est loin. Avec quelques trucs de vieille instit de maternelle, on arrive à avoir un rythme, une écoute mutuelle au mieux possible et une dictée à l’adulte, après lecture de l’album et discussion sur Hauteur et Auteur puisqu’un petit garçon passionné et passionnant explique que Auteur c’est quand on est grand, de la taille d’un enfant quand on est assis ! Ils paraissent découvrir la lecture d’image. Il faut dire que l’album est grand et que pour l’occasion c’est vraiment bien.
Ils illustreront une histoire d’ours (le doudou de l’histoire) qui mange du miel (assal, je frime je sais le dire en arabe, vive le bilinguisme !) et des fraises et tout ça proprement car il veut être pompier, il doit manger pour avoir des forces et aller délivrer la princesse. Oui c’est un peu puéril, mais ça tombe bien, ils ont 5 ans, sont 60 et n’ont jamais eu à produire en fouillant leur imaginaire. Ils poursuivront avec leurs maitresses et m’enverront via internet l’histoire illustrée.
5 mardi 28 oct 2008 Les CE.jpgLes grands arrivent équipés de matériel pour écrire et dessiner. Ils sont aussi vifs et ont plein de choses à dire, à commenter, à commencer par mon travail d’où je viens etc… un élève a eu la curiosité de chercher sur internet qui ils allaient rencontrer. Ils émaillent ma lecture d’hypothèses, les réveiller oui non, ne pas les réveiller oui oui, et tout y passe ; l’âge du héros, leur réveil bien sûr et les illustrations qui évoquent parfois sans montrer, enfin la sœur qui restera le thème central de leur suite. Une courte dictée à l’adulte pour situer la trame, un questionnement sur qui-quand-où-pourquoi, car ils répondent souvent à une autre question, un peu de pédagogie active et ils démarrent, non sans bruit mais je suis bien la seule à ne pas m’en émouvoir. Nous sommes dans la cantine, autre lieu, autres groupes, autre sollicitation et un peu s’inquiétude quant au passage à l’écrit. D’une ligne à une page, stimulé par le dessin primordial ou l’oralisation, je n’en reviens pas. Ils sont tous enrôlés. Ma voix non plus d’ailleurs !
6 mardi 28 oct 2008 les CE écrivent.jpgUn grand moment de discussion avec la directrice qui est totalement acquise à la cause d’un enseignement actif er interactif. Je lui dis mon ressenti, la joie d’y être arrivée d’abord doublée des enfants si présents et pas trop présents non, la perplexité des enseignantes surtout en maternelle, les conditions autres avec une classe seulement. Son objectif, hormis l’immédiat de venir demain au Sila, comme chaque année d’ailleurs y faire son marché littéraire, est de mettre en place des stages de formation pour les enseignantes. Nous échangeons à ce sujet, puis plus largement, société, vie ici et là bas avec une belle sincérité.
Je me remets du marathon et le déluge arrive. Non je ne fais aucun lien !
Je suis très contente. Pas « d’avoir raison », mais d’avoir des convictions et d’avoir bataillé pour faire cette première en élémentaire ici, dans des conditions pas idéales mais dans un cadre accueillant, offert avec générosité pour le plus grand nombre, qu’elles saisissent l’occasion que je leur offrais, ce qui devait donc de façon latente être sinon une attente du moins une curiosité réelle.
Ben voila, retour au Sila, puis à l’hôtel, repas avec la directrice d’ESF en plein milieu de la salle, comme dans les films, et les seules à boire du vin. Blanc algérien et espadon. Ecrire et au lit. Demain un autre genre d’animation avec les grands et c’est aussi une belle dépense d’énergie.
Faire mieux la prochaine fois, c’est penser la prochaine fois… quand je disais « je reviendrai ». A peine arrivée, je recommence !
Bonne nuit
Amitiés
Nadia

Commentaires

... cette fois je te lis en temps presque immédiat !

contente pour toi (et pour... tous) de ce début.

Bizs, ka

Écrit par : gassin | 31 octobre 2008

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