24 octobre 2008
Seigneur Lapin

- Adrien Albert
- L’École des loisirs - 13,50 €
Maman Lapin, Shéhérazade des terriers, conte de soir en soir les aventures de Seigneur Lapin à sa petite tribu ; grâce à ses marionnettes, les lapereaux vont découvrir de quelle façon leur héros retrouva le cœur de sa dulcinée.
Tout commence quand un corbeau s’empare du collier de la princesse, alors qu’elle est endormie dans son donjon. Seigneur Lapin joue tranquillement au croquet au bas de la tour quand l’appel au secours de la princesse l’interrompt dans sa partie. Enfourchant son hérisson (ouille ! ça pique ! heureusement il a un coussin…), Seigneur Lapin se lance à la poursuite du corbeau, déjà loin. L’oiseau trouve vite de l’aide pour semer ses poursuivants : il se perche sur le dos d’un singe, qui bondit sur une citrouille pour traverser une rivière, elle-même calée sur le dos d’un sanglier. Mais Seigneur Lapin poursuit toujours les voleurs et, comme les pattes de son noble destrier sont bien courtes, désormais c’est lui qui porte le hérisson ! Enfin, ils rattrapent leur retard et s’engouffrent dans une caverne à la suite des filous. Mais ils découvrent un décor infernal et un monstre gigantesque sur la tête duquel les voleurs se sont perchés. Courageux mais pas téméraires, Seigneur Lapin et Hérisson font demi-tour sur la pointe des pieds et tout penauds s’apprêtent à rentrer à la maison. Mais soudain — eurêka ! — Seigneur Lapin a une idée lumineuse…
Dans son beau format à l’italienne, Seigneur Lapin, illustré et narré par Adrien Albert, se pare d’un graphisme résolument contemporain et réserve un scénario plein de surprises. Son originalité réside notamment dans l’enchâssement des récits. Le premier dialogue entre Maman Lapin et ses lapereaux laisse place au conte : le récit évolue alors sans texte. Et, au sein de cette histoire, Seigneur Lapin brode son propre récit à la princesse ; sa vision toute personnelle de cette aventure est présentée telle une bande dessinée, le temps d’une double page et de quelques bulles.
Les couleurs très vives contrastent avec les silhouettes noires et s’accordent aux humeurs du héros et aux paysages. Les décors traversés sont dignes d’une animation de Michel Ocelot (on en retrouve la palette, les dégradés et la finesse des détails, ainsi que les silhouettes en aplat, telles des ombres chinoises). Le lecteur retrouvera les lapereaux, endormis les uns contre les autres, à la fin de ce conte magistral.
Marion Herman, Lucioles
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