17 octobre 2008
Et vous, que lisiez-vous quand vous étiez petits ?
1- Le Petit Prince
De Saint-Exupéry
2- Journal d’Anne Frank
Frank
3- Le Petit Nicolas
Gosciny/Sempé
4- Le Club des Cinq
Blyton
5- Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson
Lagerloff
6- Dix Petits Nègres
Christie
7- Max et les Maximonstres
Sendak
8- Contes de La Rue Broca
Gripari
9- Babar
De Brunhoff
10 -Les Contes du Chat Perché
Aymé
11- Charlie et la Chocolaterie
Dahl
12- La Gloire de mon Père
Pagnol
Color 13- Harry Potter
Rowling
14- Le Grand Meaulnes
Alain-Fournier
15- Chien Bleu
Nadja
16- Un Sac de Billes
Joffo
17- Bilbo Le Hobbit
Tolkien
18- Mon Bel Oranger
De Vasconcelos
19- Mon Amie Flicka
O’hara
20- Croc-Blanc
London
21- Alice
Quine
22- Petit Bleu et Petit Jaune
Lionni
23- Arsène Lupin
Leblanc
24- Oui-Oui
Blyton
25- La Guerre des Boutons
Pergaud
26- Les Trois Brigands
Ungerer
27- Michka
Colmont/Rojan
28- Fantomette
Chaulet
29- Bécassine
Caumery/Pinchon
30- Le Lion
Kessel
31- Tistou les Pouces Verts
Druon
32- Fifi Brindacier
Lindgren
33- Barbapapa
Tison /Taylor
34- Caroline
Probst
35- La Belle Lisse Poire du Prince de Motordu
Pef
36- Mary Poppins
Travers
37- Petit Ours Brun
Bour
38- Mon Ami Frédéric
Richter
39- Premier de Cordée
Frison Roche
40- Petronille et ses 120 Petits
Ponti
41- Vendredi ou La Vie Sauvage
Tournier
42- Crin-Blanc
Guillot
43- Le Meilleur des Mondes
Huxley
44- L’ami Retrouvé
Uhlman
45- L'œil du Loup
Pennac
46- Sherlock Holmes
Conan-Doyle
47- Apoutsiak
Victor
48- Bébé
Manushkin/Himler
49- Le Pays où l’on n’arrive jamais
Dhotel
50- La Guerre du Feu
Rosny-Aimé
Sans vouloir artificiellement trouver des liens entre les cinq lauréats de notre enquête, on constate, à travers les œuvres choisies, la volonté des auteurs d'affirmer l'autonomie de réflexion des enfants, leur capacité à lire la vie et à la comprendre. Tous ces auteurs ouvrent leurs yeux d'enfant avec générosité et optimisme.
La majorité des 2 170 votants sont des adultes, et si Le Petit Prince arrive largement en tête, la coïncidence avec l'anniversaire du centenaire de la naissance de l'auteur a certainement "boosté" le résultat. "Amour" et "amitié" sont les deux mots clés retenus par les lecteurs de cette histoire "pour enfants". Le Petit Prince : un livre où chacun puisera « sa phrase », dit un des votants - « On ne voit bien qu'avec le cœur » semblant cependant celle dont on se souvient le plus. Gloire de Saint-Exupéry, avec ses 25 millions d'exemplaires traduits dans le monde entier, ce livre fut pourtant taxé de futilité un peu mièvre à sa parution, et engendra également enthousiasme récupération et rejet. Récupération, comme celle de Serge Dalens qui en appelle au "Petit Prince" présent en chaque enfant pour l'engager dans une dérive xénophobe (sélective…) et élitiste. Rejet d'un François Rivière qui accuse Saint-Exupéry de « mettre en scène son double avantageux, pilote d'avion (un rêve de gosse, bien sûr) tombé dans le désert (un symbole !) et se trouvant face à un petit blondinet hagard qui pour meubler le silence du grand espace (la page ? le désert ?) demande tout à trac au monsieur “Dessine-moi un mouton”. Tout cela parce que Saint-Exupéry voulait enseigner son idéal de pureté, un cœur pur dans un corps pur dans une race pure dans un monde épuré par des purs comme lui »... Ces réserves, portant peut-être plus sur la forme que sur le fond, ne doivent cependant pas occulter l’humanisme profond de cette œuvre inclassable.
« Merci de nous avoir laissé ce journal »
D'un message universel à l'autre, le deuxième ouvrage élu, écrit la même année, fait ressortir dans les textes d'accompagnements des votants la même émotion toujours aussi intense tant chez les jeunes que chez les lecteurs plus âgés. Ainsi ce témoignage d'une des votantes : « Je me souviendrai toujours du Journal d'Anne Frank offert pour mes 15 ans, du visage d'Anne, photo souriante et insouciante sur la jaquette, du sentiment d'injustice que j'ai ressenti en lisant son histoire. J'ai vécu avec elle sa clandestinité, ses espoirs et ses déceptions dans le huis clos de "l'annexe". Merci de nous avoir laissé ce journal, ton cadeau pour l'éternité. »
« Qu'est-ce que ça faisait du bien !... »
Du Petit Nicolas, immortalisé par les dessins de Sempé, beaucoup de commentaires font part de l'irrésistible plaisir de rire : « Je me souviens que pendant longtemps, chaque soir dans mon lit, je m'en lisais une petite rasade ; je retrouvais mes copains Nicolas, Rufus, Agana et les autres… ; je connaissais leurs blagues par cœur, mais qu'est-ce que ça faisait du bien avant de s'endormir. » Commentaire de cette autre internaute : « Loin des gags et autres tartes à la crème : deuxième degré, dialogues qui font mouche, comique de situation ; adulte, on rit encore plus et le temps n'a aucune prise sur le texte. » Et quand le Petit Nicolas devient plus grand cela donne le texte ci-contre, que nous avons trouvé sur le Net : "La Recherche : Au début, c’est tellement compliqué, on n’y comprend rien. On peut passer des heures et des heures à chercher sans rien trouver. Dans ces moments-là, mon papa et ma maman sont drôlement inquiets et quand ma maman demande si c’était une bonne idée de faire faire une thèse au petit (c’est moi), mon papa ouvre la bouche sans parler, il agite les bras, et il s’en va lire le journal dans le salon." (texte d'un chercheur tentant d'expliquer son métier à ses proches !)
L'écriture limpide de Blyton
Si l'on en juge par le nombre de collectionneurs du Club des cinq qui se sont révélés dans l'enquête, les libraires d'occasion doivent se frotter les mains ! « C'est une quête sans fin (je l'espère ainsi) à laquelle je me livre chez les bouquinistes à la recherche de la Claude que j'étais, solitaire et éprise d'aventures », nous dit une inconditionnelle. Revenons encore à François Rivière qui, dans son Souvenir d'Enid Blyton, nous parle de cette autrice qui « semble avoir eu le privilège insigne de conserver tout au long de sa vie la totalité des caractères de l'enfance, toute la rouerie et l'espièglerie de cet âge unique L'écriture limpide de Blyton avait sûrement de quoi surprendre et chagriner plus d'un adulte : pourquoi s'en étonner, lorsqu'on sait à quel point l'uniformité de ton s'accorde parfaitement à la source de sa fable ? »
Une pilule amère enrobée de chocolat
Le cinquième choix, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson, peu lu par les plus jeunes, a considérablement marqué les générations précédentes. Toinon, 66 ans, se souvient comme si c'était hier « de mon étonnement à pouvoir m'évader si vite et si totalement du monde dans lequel je vivais. J'étais émerveillée et j'ai gardé depuis le regret lancinant de ne pas être née oiseau migrateur et de pouvoir partir loin à mon gré quand j'en ai envie. » Élisabeth, ancienne institutrice de maternelle nous dit aussi sa lecture émerveillée « de ce livre d'initiation à la vie de la nature. Je crois que ce qui me touchait le plus à l'époque, c'était la reconstitution d'un cadre de vie où le plus faible avait aussi sa chance parce qu'il savait utiliser son intelligence son instinct et s'appuyer sur les autres dans une sorte de contrat mutuel. » Si Selma Lagerloff a su séduire, c'est aussi par son humour, dont elle a fait montre dans sa préface à l'édition française du Merveilleux voyage de Nils Holgersson : « Je m'imagine que les enfants français ont a peu près les mêmes goûts que ceux de Suède. Tous les enfants suédois que je connais détestent prendre une médecine, même si le flacon qui la contient porte une belle étiquette. Ils éprouveraient la même répugnance si on leur offrait un beau livre en leur disant qu'il est lu dans toutes les écoles de France, et leur apprendra à connaître quelques aspects de ce beau pays. Or le Merveilleux voyage de Nils Holgersson n'est autre chose qu'une pilule amère enrobée de chocolat. Mais halte là ! Après avoir avoué la vérité, j'ai le droit de vous déclarer que je conserve des milliers de lettres d'enfants de tous les pays du monde qui ont lu le merveilleux voyage et ont tenu à me remercier de le leur avoir conté. Comment cela est il possible puisqu'il ne s'agit que d'un livre de classe ? Je n'y vois qu'une explication, et la voici : celle qui l'a écrit est demeurée toute sa vie durant une grande enfant. » La boucle est bouclée... Non, pas tout à fait, car il serait injuste de ne pas mentionner dans cette présentation du "top" certains ouvrages qui, même s'ils ne figurent pas au sommet de la liste, doivent de par l'importance et la force des témoignages qu'ils ont suscités, être soulignés. Ces moments uniques d'émotions partagées entre enfants et adultes sont en particulier rappelés à propos de deux albums : Max et les maximonstres, et Chien bleu. Dans cent ans, n'en doutons pas, ils seront encore là.
Carol et Denis Hooge
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