02 juillet 2008

Questions à Sylvie Gracia, à propos de la collection Do A Do

 [Une interview de novembre 2003 republiée à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]

sg.jpgDans votre collection Do A Do, créée suite au succès rencontré par les romans de Guillaume Guéraud, vous éditez principalement des romans forts dans lesquels les personnages vivent des situations difficiles, violentes. Est-ce un des critères de votre ligne éditoriale?
Nous sommes toujours étonnés que Do A Do soit perçue à l'extérieur comme une collection accueillant principalement des textes sombres (pour aller vite...). Notre critère principal est la justesse de récriture, de la voix, comme en collection adulte. Cette voix peut être tendre ou rageuse, frontale ou plus complexe, les sensibilités sont multiples. Il est vrai que, dans le flot de manuscrits que nous recevons, les textes « noirs » sont les plus nombreux. Peut-être alors faut-il s'interroger sur notre société contemporaine plus que sur notre ligne éditoriale. Les écrivains sont, je crois, témoins de leur époque. Et puis, dans un monde qui se veut de plus en plus aseptisé, il semble que la moindre saillie soit perçue comme violence, agression.

Y a-t-il des thèmes, des écritures qui vous semblent davantage répondre à l'attente des adolescents ?
Au Rouergue, nous nous situons dans une logique d'offre, plus que de réponse à la demande. C'est-à-dire : nous ne nous demandons pas ce que les adolescents attendent (tâche très difficile, même pour moi qui suis mère d'adolescentes !), mais ce que nous avons envie de leur offrir. Et nous réagissons d'abord en lecteurs adultes : est-ce que ces textes, nous aussi, nous émeuvent, nous bouleversent, nous semblent transmettre quelque chose des interrogations qu'on peut porter sur la vie, à tout âge ? Les textes que nous publions sont souvent des sortes de tranches de vie d'adolescent, des basculements, des moments charnières, rencontres, séparations, échanges entre les générations... Nous ne sommes pas non plus, je crois, dans le roman-miroir, qui renverrait à l'adolescent l'image qu'il souhaiterait avoir de lui-même. C'est la réussite de l’écriture, sa capacité à rendre compte de la complexité du vécu, qui est décisive dans la décision de publication.

Y a-t-il des limites dans ce que vous destinez à la collection par rapport à ce que vous éditez dans la collection Brune pour adultes ? Le passage de la collection Do A Do à La Brune vous semble-t-il évident ?
En fait, nous concevons Do A Do comme une collection de transition vers les lectures « adultes », c'est pourquoi nous parlons dans ce cas de «jeune littérature ». On peut espérer qu’à l’âge de 14/15 ans, progressivement, les adolescents aillent voir du côté des rayons adulte : les libraires d'ailleurs, de plus en plus, présentent des rayons grands ados, dans lesquels ils proposent à la fois des romans ados et d'autres, publiés en collections classiques. Et nous nous en réjouissons. Sur les limites en matière de littérature ado, on pourrait parler de réflexe éthique d'éditeur, à certains moments, par rapport à certains textes. Il faut notamment réfléchir à la distance que permet ou non un texte, notamment lorsqu'il rapporte des situations violentes. On pense que, plus que l'image, le livre permet toujours cette distance critique : on peut l'abandonner, on peut le relire, la lecture est une activité de pensée, donc de distance et d'interprétation. Mais il nous est arrivé de demander à un auteur de réfléchir à certains passages de ses textes, lorsqu'il nous semble qu'il serait, pour des lecteurs ados, nécessaire « d'ouvrir un peu le capot », permettre par exemple non pas une fin heureuse, mais une issue possible.

Propos recueillis par Micèle Cortin, librairie La Courte Échelle

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