08 juillet 2008
Le droit de ne pas lire - Par Patrice Wolf
[Une carte blanche de mars 2003 republiée à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
Bien sûr, depuis Comme un roman de Daniel Pennac, les droits imprescriptibles de l'enfant-lecteur ont fait leur chemin. Le droit de ne pas lire est passé dans les principes. Dans les principes seulement puisqu'un enfant qui ne lit pas reste une énigme autant qu'un motif d'inquiétude pour nombre de parents. Réussite à l'école, ascension sociale. les vertus attribuées au livre et à la lecture conservent toute leur prégnance dans l'imaginaire collectif.
De ce point de vue, l'adolescence, période de troubles et d'interrogations, est assez significative. Force est de constater qu'entre 10 et 15 ans, les jeunes lisent moins et que leurs centres d'intérêts vont plus volontiers vers la musique, le cinéma, le sport ou les sorties entre amis. Pour expliquer ce phénomène, on a longtemps avancé l'idée que la lecture obligatoire des classiques à l'école, associée aux ineffables fiches de lecture, les dégoûtaient pour un bon bout de temps d'une activité pourtant indispensable à leur développement.
Et si les raisons de cette désaffection tenaient tout simplement à une évolution normale qui conduit les adolescents à s'ouvrir aux autres, à se confronter à la vie réelle ? Si la lecture qui permet aux enfants de grandir «de l'intérieur», dans une relation intime et affective à leur environnement domestique, ne répondait plus que très partiellement à leurs besoins ? A travers la musique, le cinéma, le sport ou les sorties en groupe, les adolescents trouvent non seulement un lieu communautaire d'émancipation et de partage immédiat mais c'est aussi pour eux une façon d'exister autrement à travers le regard des autres.
Et si, pour eux, le fait de délaisser la lecture était tout simplement un signe de bonne santé ?
Patrice Wolf
07:55 Publié dans DOSSIER ADOS, RÉTROVISEUR | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note















Commentaires
De la violence des généralisations... Sur le fond, assez d'accord avec Patrice Wolf. Sur la forme, aïe, aïe, aïe ! Je sais bien, des formules comme "entre 10 et 15 ans, les jeunes lisent moins" tiennent davantage d'un souci de concision de l'expression que d'une réelle volonté de généraliser à l'ensemble d'une population. Il n'empêche que cette forme est d'une grande maladresse et est susceptible de blesser profondément ceux qui s'écartent de ce "modèle". Pour ma part, entre 10 et 17 ans, je n'ai cessé de lire de plus en plus. Et c'est aussi le cas de certains adolescents de passage à notre librairie. Comment un tel adolescent doit-il comprendre : "une évolution normale qui conduit les adolescents à s'ouvrir aux autres, à se confronter à la vie réelle" ? Qu'il n'évolue pas normalement, qu'il se ferme aux autres et fuie la vie réelle ? Et quand bien même ce serait vrai, il y a l'art et la manière de l'exprimer sans blesser inutilement. Je crois qu'il vaut mieux tourner sa plume sept fois dans son encrier avant de se livrer à ce type de généralisations...
Ecrit par : Thomas Savary | 08 juillet 2008
Et après avoir tourné sa plume sept fois, prendre garde à toute case qui de prime abord pourrait satisfaire la pensée pour mieux l'enfermer.
Ecrit par : la bacchante | 09 juillet 2008
Petit oubli dommageable de notre part : la chronique d'alors de Patrice Wolf avait pour titre : "Poil à gratter"… ;-)
Ecrit par : La rédac | 19 juillet 2008
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