09 juin 2008

J’ai appris plein de choses, revisité certaines… (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 4/6)

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(Fadela M'Rabet Alger mardi 3 juin 2008)

Mardi 3 juin : C’était le jour libre pour le tourisme. Lazhari n’est pas là aujourd’hui. Mon programme, Mama que je n’ai toujours pas visité et Bardo l’après midi.

Le Mama est grand blanc et gratuit. La salle inférieure est réservée aux expos temporaires. Un peintre calligraphe qui travaille sur plexi. Il faut que je note son nom car je n’arrive pas à le mémoriser. J’ai aimé, mélange de matières de caractères, de grands formats noir et couleurs vives ; d’aucun dirait un peu déco, oui certainement.

 La coursive du dessus s’atteint pas la rue de côté. L’expo permanente est dédiée à l’indépendance de l’Algérie, vue en majorité par des peintres, dessinateurs, sculpteurs français. Plus récemment algériens. Il y a beaucoup d’œuvres, des vitrines aussi, des livres, des journaux, des vidéos. Malgré tout, la connaissance de cette guerre, la distance esthétique… le moral s’en prend un sacré coup. On finit par Ernest Pignon Ernest, Maurice Audin sur les murs d’Alger, vraiment magnifique à l’œil et au symbole. Je découvre Jean de Maisonseul, dont Camus disait qu’il avait « su soulever les oripeaux de l’orientalisme ». Crayon, traces floutées, en 1960, Clémence ma fille qui est aux beaux arts, va en être toute remuée. Partiale, je ne cite pas tout bien sûr.

Je sors émue, vais vers la mer. Il fait très chaud, ça sent bon la viande et les oignons grillés.


bibliothequealger.jpg(Bibilothèque nationale Alger)

Enfin une terrasse où je peux m’asseoir seule. Le Tantonville qui a gardé ses apparences d’avant, comme son nom, comme les piliers recouverts de pâtes de verre de piscine avec le nom inscrit façon mosaïque. Je lis « Alger en cinq jours » guide acheté au Sila cet automne en prévision. Oui ce sera le Bardo le temps de trouver un taxi, c’est de l’autre côté de la ville, sur les hauteurs. Mais Lazhari qui est à Sétif pour la journée, me couve de loin ! Il y a une conférence à la bibliothèque nationale, son adjointe Samira passe me chercher, c’est intéressant et sécurisant pour lui de me savoir en bonne compagnie. Docile je m’y rends. Il s’agit d’une conférence faite de témoignages sur l’indépendance, Alger 1963, accompagnée d’une expo photos, don de la BDIC à la bibliothèque nationale algérienne. Elie Tagan, photographe indépendant a fait ces photos en 1963 en Algérie. Huit intervenants apportent leur témoignage. Je parle de Fadela M’Rabet car elle vient parler des femmes. Elle était journaliste à la radio, et la liesse passée, raconte le retour au statut d’avant, disant que les hommes, pères et frères ayant oublié le soutien de leurs filles et sœurs dans le maquis, qui les considèrent enfin comme les colons considéraient les arabes en général. La montée terrifiante des suicides de jeunes filles promises au mariage contre leur gré, d’autant plus cruel qu’elles ont cru un temps au changement, n’est pris que pour des dérangements pathologiques. L’émission des femmes à la radio, qui n’est pas écoutée en hauts leiux au départ, est interprétée de l’étranger comme la démocratisation réelle du pays. Ceci met la puce à l’oreille, on écoute l’émission, on la supprime. Malgré le combat commun et la victoire au bout, le combat des femmes reste à mener, encore aujourd’hui dit-elle.

Il a été beaucoup question de politique interne, de choix, de reconstruction (la présence de Pierre Chollet, médecin français engagé avec son épouse Claudine dans le FLN, devenus algériens en 63, acteur de la reconstruction de la médecine algérienne).

J’ai appris plein de choses, revisité certaines, suis ressortie une fois de plus émue, incertaine des bienfaits que l’homme voue à l’homme… nous, eux, tous.

Heureusement que dans mon petit hôtel, les gens sont drôles, attentifs, un peu curieux de ma présence esseulée en terre orientale, toujours une parole gentille accompagnée de mon prénom qu’ils font chanter.

Demain après midi, inauguration du Salon jeunesse (Silja). J’ai visité la bibli enfant, y ai trouvé « la chaise bleue » de Claude Boujon que j’aime beaucoup et un livre de « mon » éditrice (Editions du Ricochet), un livre de ses débuts, elle va être contente !

J’apprends (de –prends-, je me remplis en somme) autant dans la rue que dans les lieux prévus à cet effet ! Tout ceci devrait avoir des résurgences sur l’écriture à quatre mains.

Il fait doux.

Bonsoir et bises

Nadia

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