09 juin 2008

Nous, les 9-12 ans, les oubliés de l’édition

ptilog.jpgMesdames, Messieurs les éditeurs,

Quand on était bébés, vous vous occupiez beaucoup de nous. Comme vous le faites encore aujourd’hui, vous éditiez des cartonnés, délires de formes, de tirettes, de rabats, puis des albums pleins de fraîcheur et de rythme. Vous nous inventiez des héros plus vrais que nature et autrement plus agités que Petit Ours Brun. On a profité de la grande vague de contes en images ! Vos nouveautés faisaient se réunir des spécialistes de l’enfance dans des colloques et inspiraient sélections et bibliographies.
Quand on était au CP et en CE, on était fiers de lire tout seuls des albums au format de poche ou des premières lectures qui nous ont aidés doucement à devenir des lecteurs autonomes.
Aujourd’hui, nous terminons nos années d’école primaire ou nous commençons le cycle secondaire. Quand nos parents ou nos enseignants vont en librairie, quand les bibliothécaires de notre ville lisent les critiques et consultent des sites, ils ne trouvent plus de romans pour nous, alors qu’ils ont l’embarras du choix pour les ados. On dénombre plus de collections de romans pour les lycéens que pour les enfants ! (Lire la suite)

 

Commentaires

Je gage que ce billet d'humeur aura fait plaisir aux maisons d'édition oubliées des petits oubliés (ou peut-être, plutôt, de leur porte-parole).

Il est vrai qu’il s’agit le plus souvent d'éditeurs aux tirages confidentiels comme Bayard jeunesse (collections Estampillette, Estampille, Poche Littérature), L’École des loisirs (certains Mouche, les Neuf), Gallimard jeunesse (Folio Cadet et une bonne partie des Folio Junior), Milan (cadet + et junior), Nathan (8-10 et 10-12), Oskar, Rageot (collection roman et les Heures noires à dos jaune), le Rouergue (Zig zag), Syros (Tempo, Tempo+, Souris Noire), sans oublier Thierry Magnier (certains titres de la collection Roman et les Petite poche, certes très courts, mais s’adressant au moins autant aux 9-12 ans qu’aux 7-8 ans). Et ce ne sont là que quelques exemples.

Plus sérieusement, j’avoue ne pas comprendre ce billet d’humeur, complètement injustifié à mes yeux.

À moins qu’il faille y lire en filigrane un reproche d’une autre nature : non pas tant au niveau du volume de titres disponibles (en fait, assez important) qu’au niveau de la politique éditoriale des maisons évoquées, auxquelles on pourrait peut-être reprocher un certain manque de dynamisme et d’originalité (en comparaison du « secteur ado »).

Même si c’était le cas, ce serait de toutes façons un autre débat. Mais autant, dès lors, le poser dans d’autres termes.

Sinon, la tranche d’âge définie, 9-12 ans, me paraît complètement artificielle. Psychologiquement et sociologiquement, je ne vois pas énormément de points communs entre un enfant de neuf ans et un autre de douze.

Écrit par : Thomas Savary | 06 juin 2008

Votre billet reflète bien ce qu'on entend dans le milieu des "prescripteurs en littérature jeunesse" (bientôt ils auront des plaques de médecin). Rassurez-moi : votre cri, vous le poussez bien au nom du commerce, et non de l'Art ? Parce que si les livres (pour les enfants OU PAS) appartiennent bien à la littérature, et si la littérature, c'est bien de l'art (comme je le crois) alors comment peut-on vouloir lui insuffler des cadres, des lois, des bornes aussi précis ? Compartimenter, cloisonner, n'offrir aux enfants que ce qu'une majorité d'entre eux est capable de digérer, en se basant sur des statistiques ?
Un souffle de vie, de liberté, par pitié ! Pourquoi un "9-12 ans" voudrait-il forcément 100 à 150 pages calibrées ? Non à la littérature d'élevage ! Imagine-t-on une seconde faire de même avec la peinture, la musique, par exemple ? (à 18 ans en plus de voter, on pourra regarder un Francis Bacon et écouter Steve Reich)...
Un gamin de 10 ans a le droit de se taper un "pavé" (quitte à vomir après), ou d'aller défricher dans la littérature sauvage, faire du hors-piste, lire (Oh my god !) des romans-pour-adultes ! Perso, j'ai commencé à aimer les livres, d'un amour brûlant et passionné, quand ma famille a jugé bon de me confisquer un roman de Colette que j'avais trouvé chez ma grand-mère et qui n'était, paraît-il, pas de mon âge (j'avais 9 ans). Les J'aime Lire que je lisais avant, et les machins des bibliothèques roses et vertes m'ont semblé tout à coup bien insipides... C'est bien simple, si autour de moi et au collège, je n'avais jamais eu à ma disposition que du roman-light (o % de sexe, allégé en style) je n'aurai JAMAIS su que quelque chose existait, qu'on peut nommer la Littérature avec un grand L, et peut-être, je n'aurais jamais éprouvé le désir d'écrire (vous me direz - et ce sera de bonne guerre- qu'il eût peut-être mieux valu).
Dans mon métier de prof, je ne fais guère de distinction entre les classiques et les contemporains, chacun trouve son miel où il peut, et jamais je ne m'interdirai non plus de lire avec eux (j'ai bien dit AVEC, car là est le secret) un Zola qui crève le coeur ou un Céline qui arrache les yeux. Sans quoi vous ne faites que retarder un sevrage qui aurait déjà pu se faire bien avant. Non à la littérature doudou-tototte.

Écrit par : anne percin | 06 juin 2008

cool! les deux commentaires au dessus sont tellement bien que j'ai même pas besoin de râler contre ce billet d'humeur... hé les enfants, vous avez qu'à fouiller dans les rayons un peu... alors comme ça moi je m'enquiquine avec plein d'autres écrivains à écrire des bouquins pour vous et tout ce que vous trouvez à dire c'est "y a rien pour nous"... ah si tiens, je me mets à raler quand même ... faut croire que j'aime ça...

et la perspective des deux articles est très drole... dans un, on hurle aux grands dieux qu'il ne faut pas s'arréter aux tranches d'age, et qu'en angleterre, ça fait un gros barouf, et en dessous, on se plaint qu'une tranche d'age est sous représentée...

Bon, après, si je suis honnéte, je trouve qu'il peut y avoir une petite baisse de la qualité sur cette tranche d'age un peu batard... peut être parce que l'influence des prescripteurs est trop forte, que les enfants conditionnent encore trop leurs achats aux gouts de leur parents ou de leur profs... peut être que la liberté est plus forte en album ou en roman ados...
la solution est très simple à mon gout: moi j'écris toujours pour les enfants, jmais pour les adultes... si les adultes aiment bien , tant mieux, mais c'est pas ma priorité...

et soyons de véritables écrivains, pas des bizarres "auteurs jeunesse", c'est à dire, faisons des "oeuvres" (en toute modestie, quand même, hein) pour les gamins de cet âge.
je cite: Mathis, Alex Cousseau, Sébastien Joanniez, Thomas Scotto, Mourlevat, yak rivais, irène cohen-Janca, claudine desmarteau, Susie la gentille, Hubert ben kemoun, et puis fred bernard, et plein d'autres...

et puis, les mômes, quand j'avais votre age, y avait pas bézef de bouquins pour mon age... alors je lisais tout ce qui me tombait sous la main: des trucs pour adultes, des trucs pour tout petits, des machins compliqués, ennuyeux, géniaux, droles... et je m'en porte pas plus mal... lisez ce que vous voulez, ne soyez pas aussi conventionnels que vos parents...

salut
Vincent
http://vincentcuvellier.canalblog.com/

Écrit par : vincent Cuvellier | 07 juin 2008

Prenons la fin de l'article ci-dessus : "Nous, ce qu’on veut, c’est tout simplement une histoire unique, entre 100 et 150 pages."
On sait bien que le nombre de pages ne veut STRICTEMENT rien dire (pourquoi ne pas préciser la taille de la police de caractère, tant qu’on y est… ?) On peut dévorer 300 pages sans s’en rendre compte et se traîner sur 40 malheureuses et nullissimes petites pages... à n’importe quel âge.
Par ailleurs, un enfant de 9 ans et un autre de 12 n’ont certes pas des préoccupations, compétences, désirs, etc. similaires ; mais il peut aussi y avoir de grandes disparités entre deux enfants du même âge… Chaque lecteur est unique, on a l’air de l’oublier. Et à chacun de se faire son propre parcours de lecteur, avec ou sans adulte qui lui dise quoi lire et quand, selon ses envies et son degré d'autonomie. Certains dévoreront dès 8 ans, sans avoir besoin de « prescription » (médicale ?), d’autres ne commenceront qu’à 20 ans… certains iront directement voir du côté adulte ou ado, d’autres encore liront peu – et alors ?
Pour le reste, inutile de vous dire ce que je pense des cloisonnements, les commentateurs précédents l’ont déjà fait.
En tout cas, c'est avec des généralisations aussi hâtives que celles énoncées dans cette tribune libre que l'on en arrive à une "production" formatée et sans saveur ; après avoir lu ces temps une bonne cinquantaine de bouquins destinés (éditorialement parlant) à la tranche des 7-10 ans (tiens, encore une tranche possible :-) et parus récemment, il me semble qu'elle existe déjà, cette littérature formatée et insipide (qui est loin de « faire rêver »), et qu’elle côtoie, fort heureusement, de vrais récits littéraires qui se fichent bien des conventions ou des formats, des « inclassables » qui souvent gêneront davantage certains adultes que les jeunes lecteurs eux-mêmes.
A nous, qui passions directement de la Bibliothèque rose et verte à du Colette, du Bazin, du Zola, du Corneille ou du Kafka (voire pire), que ce soit par nous-mêmes ou par obligation scolaire, d’essayer de faire entendre cela.

Écrit par : Blandine L. | 08 juin 2008

@ anne percin: Comment peut-on dire: " roman-light (o % de sexe, allégé en style)" en parlant de la littérature destinée aux enfants quand on est soi-même auteur jeunesse? N'est-ce pas une forme de mépris de sa propre création?
Et @ Vincent (que j'adore, certes) arrête de ronchonner: "Moi de mon temps, on n'avait pas tout ça, on lisait Jules Verne, et pi c'est tout! ".

Je crois que dans l'article incriminé, et pour avoir parlé de ce sujet avec des libraires, il est surtout question du type d'histoires que les enfants aiment à cet âge là, des trucs qui surprennent, de l'aventure, des histoires qui font rêver, trembler, qui dépaysent. Les gamins sauront pas si c'est bien écrit ou pas, ils aimeront, ou pas. Et ils liront de plus en plus.

En quoi cela est-il mal?

Qui est-ce qui vous fait dire que ce sera mal écrit? Et qu'est-ce que la littérature, sinon quelque chose qui "transporte", qui "ravit"?
Amis auteurs, n'en avez-vous pas assez de ce clivage adulte/jeunesse ("vrais" auteurs de vrais romans/ sous scribouillards d'historiettes insipides ), qui nous est souvent imposé dans les salons, dans les rencontres? Alors, attention de ne pas le creuser plus.
Et là, ne venez pas me chercher, je ne sais pas si un clivage se creuse, et je ne vais pas vérifier ;-)

Écrit par : Maryvonne Rippert | 08 juin 2008

Puisque je suis directement accusée de cracher dans la sousoupe aux éditeurs, je réponds en toute franchise à Maryvonne Rippert.
Tout d'abord, si vous voulez bien relire mon propos : je parlais de ce que MOI à mon époque, j'avais comme alternative à la littérature adulte.
Ensuite, désolée de vous décevoir, et au risque de choquer comme je l'ai déjà fait dans d'autres lieux virtuels, je ne suis pas "moi-même auteur-jeunesse". Je ne ME vois pas comme ça. C'est une étiquette que je ne souhaite pas, pas plus que je ne la redoute ou ne méprise ceux qui la revendiquent. J'écris pour les adolescents et pour les adultes avant tout et depuis toujours. Si vous aviez seulement lu ce que j'écris, vous sauriez que je ne considère pas ma propre création littéraire comme allégée en style ni en sexe, et que, comme vous pouvez le constater, je ne me méprise pas. :-)
Enfin, vous dites :
"il est surtout question du type d'histoires que les enfants aiment à cet âge là, des trucs qui surprennent, de l'aventure, des histoires qui font rêver, trembler, qui dépaysent. Les gamins sauront pas si c'est bien écrit ou pas, ils aimeront, ou pas. Et ils liront de plus en plus.
En quoi cela est-il mal?
Qui est-ce qui vous fait dire que ce sera mal écrit? "
Ne croyez-vous pas que l'édition jeunesse est déjà pleine de ces livres-là ? Je ne comprends pas que l'on puisse déplorer l'absence de quelque chose d'aussi présent.
Pour finir, je vous cite encore :
"Amis auteurs, n'en avez-vous pas assez de ce clivage adulte/jeunesse ("vrais" auteurs de vrais romans/ sous scribouillards d'historiettes insipides ), qui nous est souvent imposé dans les salons, dans les rencontres? Alors, attention de ne pas le creuser plus."
Je ne vois vraiment pas en quoi ni Vincent ni moi l'aurions creusé. Vincent écrit "faisons des oeuvres", j'y souscris entièrement en rappelant que la littérature est un art, par un artisanat. Il me semble que ça sent suffisemment la profession de foi, non ?

Écrit par : anne percin | 08 juin 2008

Bonjour

En marge de votre débat (mais pas tant que ça, peut-être), et pour rebondir sur une remarque de Maryvonne, je vous fais part de cette réflexion :

Il y a quelques années, les choses étaient simples. Il y avait d'un côté LA littérature, et de l'autre, carrément à l'opposé, les livres pour les enfants.

Et ceux qui aimaient les livres pour enfants protestaient : “Eh ! Oh ! Ici aussi c'est de la littérature !!! ".

Ils protestèrent si fort qu'on finit par s'intéresser à cette création qu'ils défendaient avec tant d'ardeur.

Mais j'ai comme l'impression qu'on est venu là avec les mêmes certitudes et mauvaises pratiques : on a daigné se pencher sur les livres pour enfants, mais pour y opérer le même tri, avec les mêmes pincettes, pour y effectuer la même dichotomie - mais à l'intérieur de la place. Ça c'est de la littérature, ça ça n'en est pas… En se fichant pas mal des enfants, d'ailleurs. Du seul point de vue de lecteurs adultes aguerris et amoureux des lettres, avec comme impératif leur propre enthousiasme.

Pendant ce temps mon fils de 9 ans laisse faire et s'enfile les 40 tomes de Dragon Ball Z.

Et il a bien raison :-)

Thierry ( http://sitedethierrylenain.free.fr )

Écrit par : Thierry Lenain | 09 juin 2008

C’est fou qu’un simple constat éditorial puisse entraîner de telles diatribes ! J’ai écrit ce billet parce que j’en ai assez au comité mensuel d’office (analyse des nouveautés) :

- De remplir presque exclusivement le chariot de pavés pour ados (que nous nous partageons en lecture) qui, en plus, dans les rencontres de dégustation de livres seront regardés d’un mauvais œil par les jeunes, inquiets face à l’épaisseur des livres (et oui, c’est comme ça et partout, vous semblez l’ignorer)
- D’entendre les 17 bibliothécaires jeunesse se demander, à juste titre, ce qu’elles vont acheter pour le cycle 3 (autrement dit, les 9-12 ans).
- De lire des premières lectures insipides (sachant que je lis la quasi-totalité de la production avec le regard croisé de complices en lecture : bibliothécaires, enseignants, documentalistes, jeunes).

C’est fou que ça puisse déraper sur un tout autre sujet : le cloisonnement. Sachez qu’à Livralire, association que je dirige depuis 20 ans, on se démène contre l’enfermement des livres, c'est-à-dire :
- contre l’indication d’âge sur le verso des couvertures, (voir billet « Non aux seuils de lecture » http://www.livralire.org/billet.php3?pdate=2002-06-20)
- pour un espace documentaire unique jeunesse et adulte en BM
- pour la promotion à des adultes, de romans sortis en jeunesse, comme le si beau « Servais des collines » d’Anne Percin (Oskar jeunesse) et bien que la couverture soit estampillée jeunesse. Inversement on propose à des jeunes de seconde « Muette » de Chahdortt Dajavann paru en mars 2008 chez Flammarion !

On s’active pour le décloisonnement des publics. Pour preuve : le voyage-lecture, « 1, 2, 3 albums » a fédéré cette année 6500 personnes qui ont lu les mêmes albums de 10 ans à 97 ans sans compter les sans papier et illettrés puisque ce projet a réuni 14 collèges (et tout l’établissement lisait : agents, enseignants, élèves), 5 BM, 2 maisons de retraite et 10 ateliers de lutte conte l'illettrisme.
(Sélection : albums au collège 2 http://www.livralire.org/archive_pack.php3)

C’est étonnant que des lecteurs adultes, auteurs de surcroît, se projettent personnellement dans ce billet, avec un tel dédain pour les passeurs de leurs livres qui vérifient tous les jours que la lecture n’est pas l’affaire de tous ! On est bien d’accord : un lecteur autonome se moque du nombre de pages, il fait le tri, il est curieux, il grappille, il lit à fond, en diagonale, etc. Seulement on ne naît pas lecteur, on le devient ! Et pour çà , il faut donner des textes qui surprennent les enfants de sorte qu’ils soient pris par l’histoire et oublient ce qui pour eux fait obstacle trop souvent (couverture, nombre de pages, écriture) et surtout qu’ils prennent confiance en eux !

Pendant 20 jours, nous avons raconté sur le site des rencontres uniques entre un lecteur et un livre http://www.livralire.org/rubriques/index.php/Actualites. Toutes vont dans le sens de la conviction des commentateurs qui est aussi la mienne : la littérature est un art à part entière ! Encore faut-il y être initié !
Véronique Lombard (Livralire)

Écrit par : Livralire | 09 juin 2008

Merci Thierry. C'est exactement ce que j'aurai dû savoir écrire pour être mieux comprise.
Car l'agressivité arrive vite sur un sujet aussi sensible pour les auteurs. Je le regrette. Mais pourquoi s'offusquer, si nous acceptons d'être édités dans des collections pour la jeunesse d'être qualifiés "d'écrivains jeunesse"?
Y a pas de honte ;-)

Écrit par : Maryvonne Rippert | 09 juin 2008

@ Valérie Lombard : vous dites "...les jeunes, inquiets face à l’épaisseur des livres (et oui, c’est comme ça et partout, vous semblez l’ignorer)"
Depuis 11 ans que j'enseigne en collège, passant de la ZEp de grande banlieue à la zone rurale, je peux dire que je connais bien cette réaction : "Ho la la mais c'est grooooos ! ça fait combien de pages ?". Mais ne pensez-vous pas que n'est qu'une convenance, une pose ? "Quand on aime on ne compte pas", le succès des séries fantasy le prouve assez, non ?
C'est une réflexion de quelqu'un à qui on a fait croire que "plus, c'est mieux" (hin hin)... Il faudrait lire "beaucoup", des trucs très gros et très ennuyeux... Et voilà comment la plupart d'entre eux, quand ils auront 10 ans de plus, partiront en vacances avec un de ces gros pavés qu'on vend avant l'été, qui font bien sur la serviette et qu'on feuillette d'un gros doigt collant d'huile solaire (car, sous les pavés, la plage - c'est bien connu) :-)
C'est aux profs aussi, me semble-t-il, de montrer que 30 pages taillées au rasoir ou crachées au vitriol, ça dépasse en puissance 600 pages de gnagnaterie.

Soyez assurée que je n'ai absolument aucun "dédain" pour les bibliothécaires (j'ai fait des études de doc, et je suis, je fus, je resterai, un rat de bibli, et je sais trop ce que je leurs dois). Mais puisqu'il semble que chacun ici aime le livre, je crois que chacun doit faire sa mission, à son niveau. Aux profs, je ne crois pas que revienne la mission de "faire aimer", mais d'aider à comprendre et à exprimer ses sentiments. (Donner des armes, pour moi c'est le vrai travail du prof) Aux "passeurs", sans doute, la subtile et délicate mission de faire aimer, de conseiller, de guider. Aux éditeurs, de proposer, de dénicher.
Mais des auteurs, je suis convaincue qu'on ne doit pas exiger de "produire" telles histoires, pour tel public, de tant de pages. Sans quoi on risque de ruiner en eux tout ce qui nous les fait admirer : l'indépendance, la liberté, l'imagination, la fougue, ai-je envie de dire.

Écrit par : anne percin | 09 juin 2008

Réflexion @ propos de l'étiquette "auteur jeunesse"

Ce qui me gêne, c'est l'amalgame qui semble s'opérer de plus en plus souvent dans la tête et le discours de certains aujourd'hui entre "être auteur jeunesse" et ""produire des histoires formatées". Comme s'il suffisait de dire qu'on est un Écrivain absorbé par la constitution de son Oeuvre pour que ce qu'on écrit ne soit pas niais. Ou comme s'il fallait au moins cette prétention préalable pour risquer de peut-être écrire quelque chose qui relèverait de la sacro sainte littérature. Comme si un texte bénéficiant du sceau "littérature" décerné par les adultes allait forcément intéresser les enfants.

Je suis auteur jeunesse. Je le revendique haut et fort. Je n'ai pas honte de ces termes. J'en suis fier, même. Je suis auteur jeunesse, publié dans des collections jeunesse, par des éditeurs jeunesse, parce que j'ai des choses à dire aux enfants et que je les écris avec exigence comme j'ai envie de les dire à des enfants et non pas comme je les dirais à des adultes.

Qu'ensuite ce que j'écris soit littérature ou pas, tant mieux si c'est le cas - ça fait toujours plaisir - et je m'en fiche dans le cas contraire. De toutes façons, c'est aux autres de décider de cela, pas à moi. Moi, ce qui m'importe c'est que ce que j'écris soit lu par des enfants. Et il n'y a pas que la littérature panthéonisée qui se lise, qui touche, informe ou fasse réfléchir, qui aide à grandir - me semble-t-il.

Thierry ( http://sitedethierrylenain.free.fr )

Écrit par : Thierry Lenain | 09 juin 2008

@ Anne Percin

On est sur la même longueur d'onde. Je refuse cette standardisation éditoriale.
Je regrette aussi le dédain de beaucoup d'enseignants pour l'album. "Vous ne pensez quand même pas faire proposer des albums à des ados !" Mais sitôt que l'adulte accepte lui-même d'en lire, son regard sur "le genre" change !
Je continue à penser que ce qui importe, c'est que le texte nourrisse le lecteur à tel ou tel moment de son histoire personnelle. Tantôt riz blanc, tantôt plat épicé, tantôt grosse gamelle, tantôt lichée.. Reste cette phrase d'une de vos collègues de lettres, il y a deux jours, lors du cabaret "Tuliquoi" : Mes élèves de 4e ont lu plus de livres cette année car ils étaient à la fois fort par le contenu et léger côté souffle et du coup ils se sentent prêts à attaquer des plus gros ouvrages !
J'attends surtout de vous, auteure talentueuse, un nouvel ouvrage à partager avec les jeunes.
Véronique

Écrit par : Livralire | 09 juin 2008

en fait, moi cette histoire de tranche d'age ne m'a jamais concerné et quand on me demande pour quel age sont mes livres, je réponds, j'en sais rien, ou alors, le personnage a 10 12 ans...

sinon, sur ce vieux débat pour savoir si on est des auteurs jeunesse ou des écrivains, j'en parlais hier à une danseuse jeunesse qui travaillait avec un musicien jeunesse. Dans la troupe il y avait également un décorateur jeunesse. ça fait bizarre , hein?

et puis c'est bizarre, ce truc... moi aussi, je me fiche de savoir si je fais de la littérature ou pas, tout ce que je sais, c'est que je me sens écrivain jusqu'au bout des ongles... et que je n'ai aucune forme de complexe...

celà dit, je comprend aussi un bibliothécaire ou un libraire quand il se farcit toute la production...
j'ai toujours pensé que le niveau des albums jeunesse et des romans ados était très haut, qu'il y avait de grands auteurs... raison de plus pour s'emparer de ce qu'on appelle "premières lectures" pour essayer de sortir du conventionnel...

Écrit par : vincent cuvellier | 09 juin 2008

@ Vincent Cuvellier

> "sinon, sur ce vieux débat pour savoir si on est des auteurs jeunesse ou des écrivains (…)"

Ce n'est pas un vieux débat - et on pardonnera la confusion à un si jeune auteur jeunesse ;-)

Hier on revendiquait : «un auteur jeunesse, c'est un écrivain !»

Aujourd'hui on affirme : «je suis écrivain, pas auteur jeunesse !»

C'est bien autrement qu'est posé le débat depuis quelque temps. Les auteurs jeunesse d'hier (il n'y a pas si longtemps !) revendiquait le fait d'écrire pour les enfants. Ceux d'aujourd'hui s'en défendent… La différence est de taille.

Thierry ( http://sitedethierrylenain.free.fr )

Écrit par : Thierry Lenain | 09 juin 2008

Pourquoi généraliser ?
Il me semble (mais je peux me tromper) qu'il y a d'abord des auteurs, et ensuite, un nombre incalculable de cas de figure.
Certains écrivent avec leur destinataire en tête (dans le cas qui nous concerne, les enfants), et qu’ils revendiquent le titre d’auteurs pour la jeunesse est parfaitement légitime.
D’autres écrivent sans destinataire précis en tête (voire écrivent pour eux-mêmes) et trouvent à se faire publier par un éditeur jeunesse, tout comme leur manuscrit aurait pu être édité par un éditeur de littérature générale – c’est souvent le cas dans le domaine des romans dits pour ados / grands ados…, mais pas seulement. Parmi eux, il y a des auteurs qui seront heureux d’être édités en jeunesse (parfois par défaut, parfois non), sans pour autant se sentir « auteur jeunesse »… c'est leur droit le plus strict, non ?
A ce sujet, la remarque de M. Rippert (« si nous acceptons d'être édités dans des collections pour la jeunesse ») est assez « facile », il me semble, car nombre d’auteurs talentueux galérant pour trouver un éditeur ne vont pas faire la fine bouche : la distinction entre éditeur jeunesse ou pas jeunesse, ils s’en moquent bien (et on les comprend) du moment qu’ils savent que leur texte va pouvoir trouver des lecteurs…
Et puis, il y a aussi des auteurs qui écrivent autant en littérature générale qu’en jeunesse… à eux de voir s’ils veulent changer de casquette selon l’occasion ou tout simplement se dire « auteurs ».
Ne pas vouloir être « auteur pour la jeunesse » n’est donc pas forcément un signe de mépris.

Écrit par : B. Longre | 10 juin 2008

je me régale à vous lire, tous. oui j'ai un petit faible et viens de découvrir un auteur que je vais m'empresser de lire! mes enfants ont grandi, je suis un peu larguée du côté de ce qu'aiment les jeunes, ceux sortis du cycle III. alors d'abord je dis "un auteur" et pas "une auteure" j'aime pas! ensuite, je suis attachée à l'idée que littérature et jeunesse puisse faire bon ménage, ce qui me paraît être un combat encore à mener... je ne sais pas pour quel âge j'écris, je crois pour les enfants et leurs parents, ce qui me pose également le problème de la réponse à "c'est pour quel âge?" qui est plus qu'un problème mais source d'énervement! la seule petite chose que je ne partage pas avec Anne Percin c'est le côté passeur opposé à faire comprendre ; "comprendre" il s'agit bien de prendre avec, et quand on a décidé de prendre... c'est que le passage est fait! je suis aussi enseignante, auprès d'élèves en difficultés, c'est certainement pour cela que je ratisse large si j'ose le dire ainsi, et j'ose! mais je reste persuadée que ce qui plait aux jeunes nous plait souvent aussi, que le goût leur vient aussi de nous, que ça ne marche pas à tous les coups et que ce n'est certes pas à l'auteur de se mouler dans une demande, mais que la diversité offre les possibles. leur écrire pour leur parler, voila bien ce que j'aime Thierry! bien sûr on rêve de tous les voir lire et écrire et même avoir un jugement sur l'écriture qui leur est offerte, oh oui!

Écrit par : nadia roman | 10 juin 2008

@ Blandine

Tu as tout à fait raison. Il y a toujours eu cette diversité (celle que tu détailles) chez les auteurs publiés en jeunesse, quant à leurs raisons de se trouver là et les fondements de leurs projets d'écriture.

Le changement que je soulignais ne se voulait pas généralisation mais exprimait une tendance qui me semble pouvoir être constatée depuis quelque temps.

Celle, non de l'affirmation d'une singularité par les uns ou les autres, mais d'un véritable rejet de la spécificité «jeunesse», comme si elle supposait forcément écriture formatée et pédagogique.

As-tu noté ce glissement au fil du temps ? On est passé de "livres pour enfants" à "livres pour la jeunesse", de "livres pour la jeunesse" à "littérature pour la jeunesse" puis de "littérature pour la jeunesse" à "littérature jeunesse". La tentation actuelle étant de passer de "littérature jeunesse" à "littérature" tout court. Comme si, pour le faire reconnaitre comme littérature à part entière, les auteurs et acteurs de ce genre avait besoin de gommer tout caractère spécifique - au moins trop visible.

Ce qui amène des écrivains aujourd'hui à affirmer quelque chose comme : "j'écris pour les enfants, mais ne dites surtout pas que j'écris pour les enfants !". Ce n'est pas la diversité, qui est nouvelle, c'est ce paradoxe.

Mais ces écrivains ne seront pas à l'abri pour autant. Il y a toujours plus retors en la matière :

« Je crois qu’il existe deux sortes d’écrivains pour la jeunesse : d’un côté les mères ou pères de famille qui expliquent le monde aux enfants et font des livres a priori pédagogiques, venant d’un adulte et destinés aux enfants. De l’autre, les écrivains célibataires qui n’ayant pas d’enfants destinataires écrivent sur leur propre enfance. L’enfance est leur terrain de jeu privilégié. Je me range là, à côté d’un Christophe Donner, d’une Florence Seyvos. Il s’agit de rendre compte d’un imaginaire d’enfant. » (Christophe Honoré, Le Matricule des Anges n° 28, décembre 99)

Dommage pour toi, Vincent ! ;-) (Vincent dont j'aime beaucoup les livres, je précise)

Thierry ( http://sitedethierrylenain.free.fr )

ps : Dans son article, l'autre jour ( http://tinyurl.com/5mwf73 ), un journaliste d'Ouest France a tenu à préciser que, certes, Solotareff publie pour les enfants mais "Non que ces derniers l'intéressent particulièrement. C'est plutôt le désir constant de retrouver sa propre enfance qui le motive..." Ouf ! On a eu peur...

Écrit par : Thierry Lenain | 10 juin 2008

thierry, tu m'oblige à m'autociter:
"la solution est très simple à mon gout: moi j'écris toujours pour les enfants, jmais pour les adultes... si les adultes aiment bien , tant mieux, mais c'est pas ma priorité... "

et si, c'est un vieux débat, que je ne trouve pas très intéressant, à vrai dire, c'est même une ritournelle. Pourquoi a t-on autant de mal à définir notre profession: moi j'appelle ça des atermoiements de jouvencelle...

c'est pas si compliqué, après tout, on fait des livres pour les enfants, c'est simple, non?
et les libraires font le leur de métier...
ne faisons pas les livres que les gens attendent, faisons ceux qu'on a envie de faire...
bisous

Écrit par : vincent | 10 juin 2008

j'en remets une petite couche, parce que je n'avais pas tout lu...
"C’est étonnant que des lecteurs adultes, auteurs de surcroît, se projettent personnellement dans ce billet, avec un tel dédain pour les passeurs de leurs livres qui vérifient tous les jours que la lecture n’est pas l’affaire de tous !" dit livralire.
alors, là, je ne pensais pas qu'on pouvais lire du dédain dans nos lignes! je me contentais juste de dire, que si, il y avait de bons bouquins...

quant à thierry, je n'avais pas lu, le "dommage pour toi, vincent"... je n'aime pas trop qu'on parle à ma place, et non, je ne suis pas d'accord avec ces mots de christophe honoré... si je me sers de ma propre enfance pour écrire, c'est bien pour parler aux enfants qui me lisent...

http://vincentcuvellier.canalblog.com/

Écrit par : vincent | 10 juin 2008

ouh laaaa ! Mais il démarre au quart de tour, Vincent !!! Comme je te l'ai dit par ailleurs, tu te méprends. Mon "C'est dommage pour toi Vincent" suivi d'un ;-) était un clin d'oeil complice...

Écrit par : Thierry Lenain | 10 juin 2008

moi non plus je ne suis pas d'accord avec Christophe Honoré et sa catégorisation qui pourrait être éventuellement "drôle" mais qui n'en est pas moins totalement fausse! avoir ou non des enfants serait le seul critère qui donnerait envie de dire de façon pédagogique ou de se souvenir et s'exprimer... ça paraît un peu limité. quant au glissement sémantique, oui il il y peut-être le risque que Thierry exprime de ne pas assumer "l'auteurat" pour enfants. il y a pourtant un moyen bien simple pour éviter d'avoir à assumer cela, c'est d'écrire pour les adultes! si je suis pour le rapprochement de -littérature et jeunesse- c'est pour rappeler à ceux qui auraient tendance à en douter, qu'il y a en jeunesse des gens qui écrivent très bien tout simplement! je crois qu'on est dans le même créneau qu'ont connu les polardeux. "Ce n'est pas la diversité, qui est nouvelle, c'est ce paradoxe." bien qu'aimant beaucoup ce mot (paradoxe) j'ai bien peur que ce soit hélas le phénomène de "starisation" qui soit en train de gagner du terrain...

Écrit par : nadia roman | 10 juin 2008

@B. Longre: vous dites: "A ce sujet, la remarque de M. Rippert (« si nous acceptons d'être édités dans des collections pour la jeunesse ») est assez « facile », il me semble, car nombre d’auteurs talentueux galérant pour trouver un éditeur ne vont pas faire la fine bouche : la distinction entre éditeur jeunesse ou pas jeunesse, ils s’en moquent bien (et on les comprend) du moment qu’ils savent que leur texte va pouvoir trouver des lecteurs… "

Facile, pas si sûr, justement... Dans votre exemple au contraire, les auteurs qui publient en jeunesse devraient assumer cette classification et ne pas se justifier avec des "oui mais moi c'est pas pareil" car lorsqu'on est édité en jeunesse, on travaille avec un éditeur qui, lui, a une cible, un produit qu'il désire vendre, et s'il vous édite c'est bien parce qu'il estime que votre manuscrit est d'équerre par rapport à ses objectifs.

ça n'empêche pas la créativité, ça n'empêche pas le talent, certes, mais imaginez que vous vous rendiez au restau du coeur , un hiver un peu rude, et que vous affirmiez aux "vrais pauvres", "oui mais moi c'est pas pareil, hein, c'est juste que j'ai besoin de manger..."

Écrit par : Maryvonne Rippert | 10 juin 2008

@ Maryvonne Rippert
Prenons la chose inversement, puisque mon propos semble vous chiffonner : imaginez que l'un de vos manuscrits soit refusé en jeunesse (alors que vous vous dites "auteure jeunesse") mais accepté par un éditeur de littérature générale (ou par le même éditeur mais dans une collection de littérature générale, ce qui s'est déjà vu) : refuseriez-vous de le voir publié ? Vous peut-être mais pas la majorité des auteurs qui, peu importe leur position de départ, ne feraient pas la fine bouche… (oui, il faut bien manger :-)

Justement, il me semble que les objectifs éditoriaux et ces classifications ne concernent pas l’auteur (qui n’a rien d’autre à assumer que son propre texte, et c'est déjà beaucoup) mais l’éditeur (qui choisit de publier un texte dans telle ou telle collection, pour telle ou telle «tranche » d’âge… - et vous savez comme moi que ces décisions ne relèvent généralement pas de l'auteur).

Écrit par : B. Longre | 11 juin 2008

@Blandine
Ce serait bien si vous aviez totalement raison. Mais si on ne veut pas se voir systématiquement refusé, il faut bien tenir compte des éditeurs et de leurs collections pour décider à qui l'on adresse nos manuscrits.
Alors oui, dans un premier temps on se consacre à son propre texte, ça travaille en soi etc. mais quand le manuscrit est terminé, hein, avec un peu de métier, on voit bien s'il a plus de chances d'intéresser l'Ecole des loisirs que P.O.L. ou le Rouergue plus qu'Acte Sud.

C'est toujours du beau texte, certes, mais le regard des lecteurs sera différent. Son circuit ne sera pas le même, ni sa diffusion, ni sa pérennité, il ne touchera pas les mêmes prescripteurs etc.
Ca compte. Mais si c'est la seule raison pour publier en jeunesse, c'est dommage, quand même.

Écrit par : Maryvonne Rippert | 11 juin 2008

Dommage pour qui ?
Les vrais jeunes lecteurs s'en foutent totalement qu'on ait écrit pour eux. Ils aiment ou pas. J'ai rencontrés des jeunes lecteurs de mon livre, ils n'ont pas fait un caca nerveux quand j'ai dit que j'érivais "ce que j'avais envie de lire" sans me préocccuper de savoir pour qui. Pire : je les ai même incités à en faire autant ! Soyez vous-mêmes, ne suivez pas les pistes ! Faites ce qui vous intéresse, ça passe ou ça casse !

Écrit par : anne percin | 11 juin 2008

@ Anne Percin

> "Les vrais jeunes lecteurs s'en foutent totalement qu'on ait écrit pour eux."

C'est votre expérience, elle est respectable.

Pour ma part j'ai l'expérience exactement inverse. En 20 ans, j'ai déjà rencontré beaucoup de lecteurs. Et j'ai de multiples témoignages, et ô combien émouvants, qui m'ont prouvé qu'ils ne se fichaient absolument pas que j'aie écrit pour eux, qu'ils pouvaient être très sensibles à ce que mon écriture d'adulte cherche à leur dire quelque chose à eux, les enfants - notamment à l'endroit d'un silence plus habituel.

Mais peut-être mes lecteurs ne sont-ils pas de "vrais lecteurs"... Ça ne m'étonnerait pas d'eux, tiens ! :-)

Thierry

ps : quand un enfant me demande un conseil pour "devenir écrivain" (ce qui me fait toujours sourire), pour ma part je ne lui conseille pas d'écrire ce qu'il a envie de lire, mais ce qu'il a, profondément, envie de dire.

Écrit par : Thierry Lenain | 11 juin 2008

Bon, je crois que l'on est devant deux positions inconciliables.
Merci à Thierry d'avoir offert un peu de son expérience, et de ses convictions toujours affûtées. Merci à Anne d'avoir ferraillé avec pugnacité.

Maintenant, je comprends mieux pourquoi je ne trouve pas grand chose de bon à lire en littérature générale (française)... Voyez, je fais un effort pour ne pas dire "littérature vieillesse".

Forcément, si l'auteur s'en fiche de me transporter, de me faire rire et pleurer, et frémir, s'il ne s'intéresse qu'à lui, qu'il ne s'étonne pas que je me tourne vers le polar!

Écrit par : Maryvonne Rippert | 11 juin 2008

@ Maryvonne Rippert (et à ceux qui auraient le même point de vue)
Du côté de la littérature vieillesse, je pourrais vous citer des dizaines d'excellents bouquins récents (mais peut-être suis-je trop bon public ?) - c'est une idée rebattue de croire qu'il n'y aurait que des auteurs nombrilistes ; il y en a, mais peut-être faut-il éviter de lire ceux dont tout le monde parle (je suis d'accord, certains médias nous bassinent avec les mêmes) et sortir des sentiers battus. Quant au polar, c'est aussi de la littérature !
Pour terminer et revenir aux jeunes, même certains ados trouvent aussi leur compte en vieillesse (voir le nombre de prix organisés dans les lycées) - par exemple la sélection du prix de la région PACA
http://prix.livre-paca.org/index.php?id_prix=4&pg=page_selection

Écrit par : B. Longre | 11 juin 2008

@ Thierry :
je ressens le besoin de vous dire plus clairement ce que mon emportement vous a fait mal comprendre. Je ne doute pas que les enfants que vous rencontrez soient sensibles au fait que vous écriviez pour eux. Pas une seconde. On m'a beaucoup parlé de vos interventions et je sais qu'elles sont riches en émotion. Ce que je voulais dire, c'est que le fait qu'on n'ait pas écrit spécifiquement en pensant à eux, ne leur pose pas, si le livre leur plaît, de grave problème. On peut se sentir touché par une parole, même si elle ne vous était pas adressée.
Maintenant, je reconnais évidemment que quand j'ai écrit un livre comme celui qui m'a amenée à rencontrer des jeunes lecteurs (des 9-12 ans :-), je savais bien, je sentais bien, que je l'écrivais pour eux. Je n'en retirais aucune fierté particulière, c'était spontané. Ce serait absurde de croire que j'en avais "honte", comme dit Maryvonne ("ce n'est quand même pas une honte", etc) !
Ce serait absurde aussi de soupçonner que j'aie pu faire ça juste pour ma pomme, dans mon coin. C'était "pour eux", mais c'était flou. Un peu comme on choisit un cadeau à Noël sans savoir à qui on va l'offrir. (je ne suis pas en train de dire que mes livres sont des cadeaux, je ne suis pas mégalo).
Voilà pourquoi j'ai été agacée parfois par le côté sacerdotal des propos tenus sur cette page.
On peut être respecté en tant qu'auteur, qu'on soit dévoué corps et âme à la cause des enfants, ou qu'on écrive pour eux "par accident". Du moment que c'est sincère, je ne vois pas pourquoi ce serait moins fort, moins juste.

> quand un enfant me demande un conseil pour "devenir écrivain" (...) je ne lui conseille pas d'écrire ce qu'il a envie de lire, mais ce qu'il a, profondément, envie de dire.

Je ne crois pas que ce soit si éloigné, si ? (ce que je veux lire, c'est ce que je veux dire...)
L'important, n'est-ce pas, étant de NE PAS lui dire : "Regarde comment font les autres et tâche de faire pareil" ou "Approfondis ta connaissance du marché, étudie ta cible et adapte-toi'.
Je sais que, malgré votre expérience, votre sensiblité, votre talent, vous persistez à ne pas croire en ce que vous appelez "le caractère sacré de l'écrit". Et pourtant, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de sacré, de vénérable, dans ce que peut écrire un enfant ou un ado qui sent en lui quelque chose vibrer, monter, crier.
Devant cela, on est d'accord j'espère, on n'a pas le droit de passer avec un petit sourire en lui disant "Mon coco, tu verras, quand t'auras du métier.." etc.

Écrit par : anne percin | 11 juin 2008

Pour info, je reprends certains points de ce débat ici
http://blongre.hautetfort.com/archive/2008/06/10/le-monde-en-tranches.html

Écrit par : B. Longre | 12 juin 2008

sans angélisme aucun, il y a des bons auteurs partout (et des pas bons aussi!) jeunesse, vieillesse, polar et même dans les journaux, Antoine Blondin a écrit pour l'Equipe des papiers magnifiques! à ce sujet, il me semble que Jean-Bernard Pouy est l'exemple type de l'auteur qui écrit (bien) des polars dont parfois le contenu parle aussi aux enfants, quelle prouesse.
Le bouquin s'appelle "1280 âmes". Il parle du cinéma et fait une comparaison avec la lecture : « Un livre qu'on lit tout seul, c'est autre chose que le cinéma. C'est déjà un travail incroyablement compliqué qui se fait en un millième de seconde. D'abord, on décrypte des signes cabalistiques, qu’on transforme en sons, des syllabes en mots, des mots en phrases, on repère du sens, et tout ça en parlant, en parlant d'une façon muette, dans sa tête. On joue, on fait toutes les voix, et puis on imagine le décor et la musique, on crée les images, tout ça en un millième de seconde, ça, c'est pas du boulot, ça ? » Il m'est arrivé de lire ce passage à mes élèves non lecteurs. Oui on parle pour eux dans les livres des grands en somme.
je pense aussi à Jean-Philippe Arroud Vignaud qui écrit aussi bien (à mon goût) pour enfants et petits et moyens et grands et même un Ferreira de flic.
il ne s'agit pas de distribuer les bons points de la littérature, je n'en ai ni le désir ni les capacités (sauf celles autorisées par le statut de lectrice!), mais de dire qu'écrire ne devrait justement pas se poser en termes de thèmes mais plus généralement en souci de communication ; pour être entendu avoir le souci de l'autre. et ceci ne me paraît pas exclure obligatoirement les mots difficiles ou nombreux dans les livres pour petits! quant aux conseils pour écrire (je suis une vieille lectrice jeune auteur) je ne vois pas comment on peut écrire sans lire et lire beaucoup, varié...

Écrit par : nadia roman | 12 juin 2008

Nadia a dit: "quant aux conseils pour écrire (je suis une vieille lectrice jeune auteur) je ne vois pas comment on peut écrire sans lire et lire beaucoup, varié..."
j'ai du lire deux romans depuis dix ans, ça devait être "les misérables" le plus récent... j'ai pas mal lu autour de 15-25 ans, puis plus de tout, en tout cas de romans... on peut donc!

sinon, thierry, ok ok, j'ai pigé, le clin d'oeil c'est parce que j'ai un bébé! ok ok! je descend de mon grand cheval!

Écrit par : vincent | 12 juin 2008

Lu les 32 commentaires d'une goulée... Ah, ces débats sur blogs sont à la fois très stimulants et un peu dérisoires, avec leurs malentendus, leurs trop bien entendus, leurs susceptibilités égratignées... Mais il n'y a pas d'alternative à ces polémiques biaisées par l'électronique, puisqu'on n'a pas l'occasion de se rencontrer en vrai. Donc, je m'en mêle aussi, j'y vais de mon point de vue : quant à moi, par angélisme peut-être, je ne méprise personne qui écrit, parce que je sais que, même si ce n'est pas toujours bon, c'est toujours difficile et engageant, et personne qui lit, à peu près pour les mêmes raisons. J'ai été formé intellectuellement et affectivement par des livres lus à 10 ou 30 ans, j'ai une très haute idée de la littérature ("jeunesse" ? pourquoi pas, mais pas spécialement) pour avoir éprouvé l'effet dont elle est capable à tous les âges et, sans être pénétré d'un quelconque caractère "sacré" de ma mission, lorsque j'écris j'essaye d'être à la hauteur de ladite idée. Pour moi, et éventuellement (en second lieu, je l’avoue ! déjà parce que je ne suis jamais sûr d’être édité) pour ceux, quel que soit leur âge, qui me liront peut-être. Voilà tout.
Depuis que j'ai reçu un prix jeunesse (on n'avait pas fait attention à moi jusqu'alors), on m'a un peu cherché des poux pour savoir si j'étais bien un "auteur jeunesse" ou bien un "auteur adulte" qui marcherait déguisé sur des plates bandes. Je réponds de façon un peu définitive à cette question dans le dernier article posté sur mon blog : http://www.fonddutiroir.com/blog/

Et par ailleurs, Thierry, merci pour la citation exacte (« Je crois qu’il existe deux sortes d’écrivains pour la jeunesse : d’un côté les mères ou pères de famille qui expliquent le monde aux enfants et font des livres a priori pédagogiques, venant d’un adulte et destinés aux enfants. De l’autre, les écrivains célibataires qui n’ayant pas d’enfants destinataires écrivent sur leur propre enfance. L’enfance est leur terrain de jeu privilégié. Je me range là, à côté d’un Christophe Donner, d’une Florence Seyvos. Il s’agit de rendre compte d’un imaginaire d’enfant. »). J'avais entendu Christophe Honoré tenir des propos semblables à une classe, et c'est une assertion que je discute ailleurs sur mon blog : http://www.fonddutiroir.com/blog/?page_id=19

Écrit par : Fabrice Vigne | 13 juin 2008

à Vincent il me semble avoir écrit -varié- et pas que -roman-! sinon il y a certainement d'autres manières de faire, marcher sur la plage ou boire un coup avec les copains, ceci participe aussi de la vie et quand la vie va...
"quant à moi, par angélisme peut-être, je ne méprise personne qui écrit, parce que je sais que, même si ce n'est pas toujours bon, c'est toujours difficile et engageant, et personne qui lit, à peu près pour les mêmes raisons."
ne pas vouloir tomber dans l'angélisme, ne veut pas dire mépriser, oh non! simplement le droit du lecteur de pouvoir s'exprimer sur ce qu'on a lu donc dire "bon" ou "mauvais" sans pour autant juger l'auteur mais son écrit. je suis d'accord avec vous Fabrice que tout ceci est beaucoup du aux raccourcis de langage imposés par la correspondance électronique, qui nous fait dire vite mais une fois que c'est écrit ça ne reflète pas toujours totalement notre pensée et puis il manque et les gestes et les regards...
ce blog est intéressant, il part de loin, il chemine, allez je continue à vous lire!

Écrit par : nadia roman | 13 juin 2008

c'est drôle, ce débat partait, au départ, des 9-12 ans, non ? pourquoi j'y retrouve presque exactement les mêmes propos que les débats qui se sont tenus, ici et ailleurs, et se tiendront encore, sur les livres pour ados ?

"Pourquoi a t-on autant de mal à définir notre profession: moi j'appelle ça des atermoiements de jouvencelle... "
- moi je vote pour Vincent. ça résume tout.


il y a peut-être un autre clivage encore plus bête que celui que propose Honoré. La différence entre les auteurs qui écrivent juste pour les enfants et ceux qui publient aussi en littérature générale. Merci Fabrice pour les preuves contraires apportées sur ton blog. Auteurs jeunesse ou auteurs tout court ? des gens qui écrivent, quoi.

Je sais - trop bien - que pour les enfants, il faut "raconter des histoires". A la librairie, on ne me demande jamais si c'est bien écrit. On me demande l'histoire. Je comprends, il me semble, le billet de Livralire. Depuis la rédaction du citrouille sur les ados, qui parait dans quelques jours, je me "force" à lire des livres pour les 9-12. Des histoires, oui, j'en ai lues. Et oublié la moitié. Je ne cherche peut-être pas très bien, mais je ne trouve pas assez, pour cette tranche d'âge, des histoires qui transportent, sans dragons-elfes-royaumes parallèles et machins. Je continue de chercher. Je m'autorise un livre pour ados de temps en temps, quand même. Le dernier livre de Morpurgo est très beau.

Écrit par : madeline | 13 juin 2008

@ Madeline

> «il y a peut-être un autre clivage encore plus bête que celui que propose Honoré. La différence entre les auteurs qui écrivent juste pour les enfants et ceux qui publient aussi en littérature générale.»

Et que fais-tu alors de ces auteurs qui n'écrivent pas pour les enfants mais qui se retrouvent en édition jeunesse par le seul choix d'un éditeur ? :-))))

En réalité, comme l'écrit Blandine, les "catégories" sont multiples - aussi nombreuses que les raisons d'écrire. Cela ne pose pas problème si on ne cherche pas à les opposer.

Et il me semble tout aussi essentiel de garder en tête qu'il existe également de multiples plaisirs de lecture. Il y a les lecteurs enfants qui seront touchés par ces textes littéraires qui émeuvent tant certains adultes, et d'autres qui feront leur miel des documentaires ou des mangas. Tout en respectant les particularités de toutes les "branches" du livre jeunesse, prenons garde à ne pas les hiérarchiser. D'autant plus que le «bien écrit» d'aujourd'hui n'est pas forcément celui de demain. Le temps s'occupe de l'affaire, lui aussi, et à sa manière....

Écrit par : Thierry Lenain | 14 juin 2008

madeline dit:"Je sais - trop bien - que pour les enfants, il faut "raconter des histoires". A la librairie, on ne me demande jamais si c'est bien écrit. On me demande l'histoire. "

ah oui? c'est justement la manière d'écrire qui fait toute la différence: donnez la même histoire à deux auteurs, vous verrez la différence! bien sur qu'un gamin ne va pas demander un bouquin pour son style... n'empêche, c'est ce style qui va l'embarquer ou non...
perso, j'essaie d'écrire des histoires les plus ténues possibles, donyt le résumé tient en quelques lignes. c'est la manière d'écrire qui les différencie des autres.
Et franchement, j'ai déjà eu des gamins qui m'ont parlé non pas de mes histoires, mais de leur style, de la manière dont elles sont écrites...
Au contraire, c'est quelque chose d'important, notre style, c'est ce qui fait que sur le même sujet , je ne vais pas écrire comme Thierry Lenain ou Maryvonne Rippert ou d'autres... c'est notre personnalité qui s'exprime... je n'aime pas justement ces livres qui se ressemblent tous, qui sont tous écrit pareil...
Une belle histoire, mais écrite avec les pieds, excusez moi, mais c'est pas très excitant!
Voilà notre capital à nous, les écrivains: notre style! c'est ça qui fait qu'on est embarqués ou pas dans le récit!
voilà peut être ce dont souffre cette tranche d'age (berk j'aime pas trop ces tranches...): trop soumise encore à l'avis des adultes, elle peine à trouver son ton... ah, si les enfants de 10 ans choisissaient eux mêmes leurs bouquins, on aurait des surprises...
je m'explique: beaucoup d'adultes ont des craintes quant à un ton soit trop libre, soit trop littéraire... on se retrouve donc souvent avec des bouquins tous écrits pareils: un ton enfantin, mais pas trop.
Moi, je pense qu'il faut prendre de vrais partis pris littéraires, comme dans n'importe quel genre de bouquins...
Je pense, que le style doit primer sur le sujet, pour être le meilleur véhicule possible du sujet!
Et sinon, je pense aussi que je viens de parler beaucoup, que j'ai donc la gorge sèche et que je vais donc donc aller boire un coup!
salut!

Écrit par : vincent cuvellier | 14 juin 2008

à la tienne, vincent !
tout ça est très vrai et bien dit.
je souscris et men vais boire aussi (de l'eau - vive - ah ah ah)

Écrit par : anne percin | 14 juin 2008

@ Vincent

Sur le principe, je te suis à 100%. Et je crois aussi que si on laissait les enfants choisir leurs livres, on aurait des surprises. Mais pas forcément toujours celles auxquelles on pense et qu'on espère ! Et il nous faudrait alors respecter la règle du jeu, et accepter leurs choix...


Thierry

Écrit par : Thierry Lenain | 14 juin 2008

@ Vincent :

aie aie aie ! mais j'ai jamais dit ça ! les aléas des débats via internet... évidemment qu'un livre doit être bien écrit, ça me ferait mal de dire qu'il suffit d'une histoire. Un bon livre c'est une bonne histoire bien écrite. Pas l'un sans l'autre. Mais voilà, peut-être que pour cette tranche d'âge là, les écritures sont moins fortes, les paris moins osés, je ne sais pas ? j'ai souvent conseillé pour les 7-12 on va dire des livres que je jugeais très forts, dans l'histoire ET l'écriture, pour m'entendre répondre quelque temps plus tard que l'enfant n'avait pas compris ou n'avait pas accroché. et ça c'est violent pour un libraire !

Écrit par : madeline | 15 juin 2008

finalement le problème c'est toujours celui posé par les adultes. je ne sais pas si les enfants "comprennent" tout ce qu'ils lisent, si on doit d'ailleurs toujours s'en assurer, si justement cette transmission "réussie" doit être controlée sous peine de casser la belle aventure de l'imaginaire. je pense au "à quoi tu penses?" qui est vraiment la question castratrice par excellence. nous sommes là sur le fil, les enfants lisent au travers, grace, par, pour ou contre... les adultes. ce sont des adultes qui écrivent, même avec le talent qu'ils ont à être vieux sans être adulte comme dirait Brel. et si on continuait à faire comme on sent, penser à eux et penser à nous, un peu comme boire un coup quand on a soif (ou envie de boire un coup!).
j'ai lu ce matin l'article de Claude Poissenot ( http://tinyurl.com/67ypqj )et les commentaires qui ont suivi. il cite Jeanne Benameur à qui je pense depuis le début de ces échanges. son livre "Présent?" (est-il pour adulte ou pour ado, pour les prof ou les élèves ou les parents d'élèves ou...) me revient souvent en tête, le prof qui pète un boulon et qui décide de lire ce qu'il aime en classe sous peine de ne plus pouvoir y aller, en classe. et la réaction des élèves qui se sentent concernés, surtout les plus largués du système et qui vont ensuite au CDI "l'air de rien". je sais bien que c'est une histoire dans un livre, mais elle est tellement vraie (pour la difficulté à continuer le métier comme pour les moyens trouvés pour pouvoir le continuer) que je la prends comme de la réalité aussi vraie que nature! et il leur lit Kafka pas renommé pour sa littérature ado!
à mon niveau, avec des élèves plus jeunes et pas bons lecteurs, je ne vérifie pas ce qu'ils font des livres qu'ils empruntent dans ma bibli de classe. je vois seulement et entends la queue qui s'organise pour avoir Le Livre dont un parle et que tous veulent. ils sont aussi autorisés implicitement à lire des "albums de bébé" et des romans sans images, puisque je m'adresse à des enfants de 5 à 10 ans et que je n'ai qu'un meuble pour ranger les bouquins! souvent les très mauvais lecteurs se servent de leur fratrie comme caution, je le prends pour le lire à mon petit frère, juste parce qu'ils savent que celui là ils vont arriver à le lire. moi je me régale de voir ça, de voir qu'ils veulent lire, qu'ils attendent un bouquin, qu'ils ralent quand le copain l'a oublié (il se fait engueuler avec des mots pas littéraires!). alors quand j'écris à mon tour, je ne m'interdis pas grand chose, ni dans le choix des mots, du style, ni dans celui des images, je crois qu'ils vont comprendre parce que pour dire, je n'ai rien trouvé d'autre que les mots.
confession du dimanche...!
à cette heure-ci je vais boire un café à votre santé!

Écrit par : nadia roman | 15 juin 2008

@ nadia :
Quelle belle expérience, ça me rappelle des tas de choses vécues avec la "bibliothèque de classe", en collège ZEP... Le "retour sur lecture", c'est un peu castrateur. Le "laisser faire, laisser dire", m'a toujours semblé plus naturel.
Tu écris :
> je crois qu'ils vont comprendre parce que pour dire, je n'ai rien trouvé d'autre que les mots.
On est au coeur de l'acte d'écrire, là. Tout le reste, c'est emballage et baratin, du strict point de vue de l'écrivain, non ? Cela dit sans vouloir offenser personne encore !

Écrit par : anne percin | 15 juin 2008

@ nadia, qui écrit :
" je ne sais pas si les enfants "comprennent" tout ce qu'ils lisent, si on doit d'ailleurs toujours s'en assurer, si justement cette transmission "réussie" doit être contrôlée sous peine de casser la belle aventure de l'imaginaire. "

C'est justement là que les ouvrages polysémiques, comportant plusieurs niveaux de lecture (qu'ils soient publiés en jeunesse ou non !) peuvent parler à de nombreux lecteurs car chacun pourra y trouver son compte, à n'importe quel âge. Et tout ne sera pas "compris" ou perçu de la même façon selon la maturité du lecteur, mais qu'importe si des choses échappent ? J'ai souvenir d'avoir lu certains romans "vieillesse" très tôt (comme Anne et plusieurs d'entre nous peut-être) et de les avoir aimés. Puis de les relire quelques années plus tard, et d'y trouver d'autres plaisirs.
A titre d'exemple : les enfants "comprennent"-ils consciemment tous les réseaux de significations et de symboles associés aux contes, par exemple ? Certainement pas. Ce qui ne les empêche pas de pouvoir apprécier certaines histoires, qui "parlent" à leur imagination et à leur intelligence.

Écrit par : B. Longre | 15 juin 2008

à Anne, "Tout le reste, c'est emballage et baratin, du strict point de vue de l'écrivain, non ? "comme j'aime bien rigoler aussi... je dirais volontiers que tout le reste n'est que littérature!!! mais je ne suis pas sûre que ce soit bienvenu!
à Blandine, oui les contes sont plein de choses pour les enfants mais à un degré qu'il ne serait peut-être même pas bon qu'ils puissent le verbaliser.
je pense à René Diatkine quand il raconte l'anecdote du gamin qui vient chaque soir au centre de soins et qui se fait lire chaque soir Barbe bleue. il est si mal qu'on ne sait pas trop ce qu'il a, sauf qu'il n'apprend rien, il est grand et ne sait pas lire. un soir, après la lecture rituelle il demande "qu'avait fait la première femme de Barbe bleue?". il lui fallait -simplement- le temps et la répétition et le lieu pour pouvoir enfin exprimer sa pensée. et en arriver à ce degré de questionnement ne peut pas toujours se faire dans l'urgence et la pression qu'on met dans cette sacrosainte obligation de lecture. sans l'épreuve, au sens -d'éprouver- du plaisir, nous pouvons continuer à ramer...
c'est en somme pour cela que comme le dit Thierry, tous les supports sont bons!

Écrit par : nadia roman | 16 juin 2008

bon, je ne dois pas être très douée pour m'exprimer (par écrit ?) puisque, encore une fois, loin de moi l'envie de dire qu'il FAUT comprendre tout ce qu'on lit.
J'essayais juste d'apporter les doutes de libraire quant au fait (insoutenable !) que l'on conseille malheureusement beaucoup plus d'adultes que d'enfants, et qu'il m'arrive assez souvent de me demander si un gamin ne va pas se pointer un jour dans la librairie en me disant "mais madame, j'ai rien compris". J'ai énormément conseillé L'histoire de Pi, de Yann Martel, chez Gallimard, en me demandant sans cesse (le livre avait eu une première vie en littérature générale, et Folio junior indiquait en 4e de couv "à partir de onze ans", pour l'anecdote) si je ne me trompais pas.

Bon, depuis deux ans, aucun gamin à l'horizon qui n'aurait pas compris. Ouf.

Écrit par : madeline | 17 juin 2008

Écrire un commentaire

Vos commentaires seront publiés après validation par le modérateur, merci d'être patient !