29 mai 2008
Pas raccord
- Stephen Chbosky
- Traduction Blandine Longre
- Exprim’, Sarbacane - 10,50 €
« Tout ce que j’aimerais, c’est que Dieu ou mes parents ou Sam ou ma sœur ou n’importe qui d’autre me disent simplement pourquoi je suis pas « raccord ». Qu’ils m’expliquent ce qui tourne pas rond chez moi. Qu’on me dise juste comment être différent d’une façon qui soit logique. Comment faire partir tout ça. Le faire disparaître. Je sais que c’est pas une bonne idée : c’est mon problème à moi et je sais qu’avant d’aller mieux, les choses sont toujours pires (comme dit mon psy), mais là c’est trop de pire à supporter ».
Je m’étais pourtant dit que je ne rédigerais plus de critiques à la première personne. Mais impossible. Pas raccord traîne depuis des semaines sur la table, tout corné, et j’ai beau chercher les mots, je pense qu’il n’y en a sans doute pas de plus forts que ceux-là : j’ai fini le livre en larmes, en vraies larmes.
Charlie vient d’entrer au lycée. Le texte s’ouvre sur une lettre qu’il écrit à quelqu’un qu’il ne connaît pas. Prétexte à un journal intime, mais adressé. La première page, déjà, je l’ai cornée : « Il faut d’abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j’ai toujours pas compris comment ça se fait ». On suit Charlie pendant un an. Au début, je ne comprenais pas vraiment. Et puis – je ne sais pas où – un déclic se fait et le livre devient impossible à quitter. Pas raccord est un « roman d’apprentissage » : en vrai ça veut dire que Charlie grandit. Il apprend l’amitié, l’amour – et la différence entre les deux – , il découvre la sexualité, les fêtes, la drogue, la musique, les livres et… la violence. La violence inouïe qu’il y a à se retrouver seul avec soi.
L’épilogue dénoue beaucoup de choses. Je pensais – évidemment – à L’Attrape-cœurs, de Salinger, mais aussi au Bizarre incident du chien pendant la nuit, de Haddon, pour cette écriture verbale, heurtée. Cette naïveté propre à l’adolescence, cette innocence qui « ouvre » Charlie à la vie en même temps qu’elle l’enferme dans des choses inavouables. Pas raccord est le premier roman de Stephen Chbosky, écrivain, éditeur, scénariste et réalisateur new-yorkais qui milite activement pour la défense des droits des homosexuels. Livre culte aux Etats-Unis, il est l’un de ces textes rares qui donnent – je l’espère – la vie comme elle est : la morsure du vent à la sortie du tunnel. « J’ai décidé d’être la personne que je suis vraiment. Et je vais essayer de trouver cette personne ».
Madeline Roth, L’Eau Vive
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Commentaires
je suis "raccord" avec cette critique !
Écrit par : catherine | 29 mai 2008
Pour ma part, j'aime bien les critiques avec du "Je" dedans. Parce que c'est éclairant. Je préfère lire:"ce livre m'a fait pleurer" que : "ce livre est émouvant". Tout est question de lecture personnelle, qu'on a envie ou non de partager. Là, votre critique m'a vraiment donné envie de lire ce roman. Merci !
Écrit par : Cathy | 30 mai 2008
Que dire de plus, Madeline ?... MERCI, merci non seulement pour ton soutien, mais aussi pour ton énergie, ton envie, ton implication constante. Pour ton "JE", en fait !
J'ai hâte de lire le nouveau Citrouille.
Tibo
Écrit par : tibo | 02 juin 2008
savoir aligner des mots après qu'on ait dit "je" n'est pas si simple.
le "je", de madeline, il fait "vrai", humble et juste. il est une sensibilité qui ne triche pas. c'est un "je" qu'on voudrait serrer dans ses bras...
Écrit par : sophie | 03 juin 2008
Je viens de finir à l'instant le bouquin, et j'ai des doutes sur ce que j'ai pu comprendre. Qu'est ce qui c vraiment passé avec sa tante Helen?
Keals
Écrit par : Keals | 05 juin 2008
J'ai réfléchi toute la journée à ce que l'on pouvait répondre à cette question.
Pour Charlie, puisque c'est lui qui parle dans le livre, ce qui s'est passé est trop difficile à dire. Stephen Chbosky a choisi de ne pas "raconter" dans les détails, mais je crois que c'est justement dans ces silences (et ces doutes que vous exprimez) que ce texte est le plus fort. Je n'écrirai pas ici, pour ceux qui n'auraient pas encore lu le livre, la "réponse" à votre question. Mais elle est évidente. Il faut lire dans les silences. Page 288, tout en haut.
Écrit par : m. | 06 juin 2008
Sophie,
sa tante Helen est morte dans un accident de voiture le 24 décembre le jour d'anniversaire de charlie, pour lui acheter son cadeau d'anniversaire.
étant petite son père maltraité elle et sa famille.
plus tard tante Helen se faisait battre par son copain, jusqu'au point de fuir.
elle est tombée dans la drogue l'alcool, la déprétion.
puis elle est allée habiter chez charli.
très bon livre
Écrit par : aline | 30 août 2008
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