11 avril 2008

Vente de droits

Célia Vila est agent free-lance et représente à l'étranger les droits des catalogues des éditions de l'Atelier du Poisson Soluble et de Quiquandquoi. Anne Helman (librairie Chat Perché, au Puy-en-Velay) l'a rencontrée. [Un article paru dans le dossier D'UNE LANGUE À L'AUTRE, Citrouille n°48].

1893026969.jpg- Bonjour Célia. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre activité ?

- Je suis prestataire de service chargée de mettre en relation les deux parties qui souhaitent "faire affaire". Il faut être au bon endroit au bon moment et proposer le juste prix…  C'est une tractation financière où les acheteurs, éditeurs et groupes éditoriaux paient d'une part un tarif à la page et d'autre part le prix du CD du livre où figure la maquette. On voit appliquer un tarif de 15€ par page, bien qu'il n'y ait aucune règle dans ce domaine. A cela s'ajoutera un pourcentage de 7% environ de droits sur les ventes escomptées par l'éditeur étranger, dont une partie sera reversée par l'éditeur français à l'auteur. Si le livre est réimprimé, le pourcentage des droits reversé augmente lors du second tirage... Ce qui me prend le plus de temps, c'est l'aspect commercial. Il peut se passer un an pour concrétiser le projet de vente…

- La Foire de Bologne, "Bologna Children's Book Fair", se tient chaque année au mois d'avril. Peut-on parler de "plaque tournante" de la vente de droits pour la littérature de jeunesse ?

- C'est bien à Bologne que l'on fait le plus de rencontres… et que l'on obtient le plus d'attention ! La foire de Francfort, qui a lieu en octobre, n'est pas spécialisée jeunesse.  Sans parler du fait que sur place la vie y est bien plus chère ! Bologne est incontournable. Quatre jours et demi à cinq jours non-stop…  Au préalable, chaque agent indépendant, ou chaque vendeur de droits attaché à une grosse structure (et possédant un gros carnet d'adresses !) contactent tous les éditeurs qui lui semblent proches des lignes éditoriales de ses clients. Il faut vraiment rameuter son carnet d'adresses ! Le mien s'est constitué au fur et à mesure de mes expériences. On envoie des fiches en anglais sur les nouveautés, et des dossiers de presse sur les publications.  L'agenda se remplit peu à peu… Sur place, les rendez-vous durent une demi-heure et s'enchaînent tout au long des journées. Je me garde toutefois une demi-journée pour pouvoir fouiller et fouiner sur les autres stands... C'est indispensable. Lors de la rencontre j'offre les catalogues en anglais à l'acheteur potentiel. Puis je lui  présente les nouveautés, comme un représentant le fait en librairie - et comme lui, en amont, j'ai travaillé mon argumentaire ! Après la Foire, quand je lui ai remis mon compte-rendu, mon client envoie alors à l'éditeur étranger les livres qu'il a sélectionnés. Un peu plus tard, je relance mes contacts et m'informe de la suite qu'ils donnent ou pas au dossier. Si un éditeur se décide à acheter les droits, on entre alors dans la phase de négociation. Le contrat prêt, concocté par mes soins, nous procédons enfin à l'envoi du CD contre transfert d'argent. L'éditeur acheteur a alors la plupart du temps un délai d'un an pour publier le livre.


1024094071.jpg- Comment réagissent les éditeurs étrangers aux catalogues que vous représentez ? 

- Les éditeurs étrangers sont souvent frileux et ne prennent pas de risques. Les ouvrages de l'Atelier du Poisson Soluble ne sont pas toujours faciles à exporter. Ils dérangent par leurs formats parfois atypiques et par leurs contenus originaux. Les éditeurs étrangers n'osent pas. « C'est pas pour les enfants », me dit-on.

- Tiens, tiens…  J'ai déjà entendu ça quelque part, et pas hors de nos frontières !

- Oui… Mais n'oublions pas, pour des albums plus atypiques, c'est l'offre qui crée la demande ! Mon travail avec Jean-Marie Antenen pour les éditions Quiquandquoi est sensiblement différent. Jean-Marie me pré-sélèctionne les titres les plus "internationaux" de son catalogue, et je ne suis agent ni pour l'intégralité de ses publications ni dans tous les pays.

- Que se passe-t-il pour les droits des CD audio qui accompagnent deux des ouvrages des Editions Quiquandquoi,  le magnifique La chèvre de Monsieur Seguin et l'étonnant Robin des Bois ?

- Le CD peut faire l'objet d'une vente à part, pour les droits musicaux uniquement, puisqu'il faudra bien sûr changer les récitants.

- Dommage pour la voix si chaude de Jacques Probst ! Les enfants des pays étrangers ne savent pas ce qu'ils perdent… Mais revenons à nos moutons... Qui sont vos contacts à l'étranger, d'où sont-ils ? 

- Ils sont partout ! En Europe, en Asie, en Amérique. Nous avons par exemple tout récemment vu Le peuple des sardines (1) publié au Brésil chez Cosac Naify. Le tyran, le luthier et le temps (1) est, lui, paru en Espagne chez Barbara Fiore... Ceux là sont des clients. Ils sont prioritaires. Puis viennent les "prospects actifs", comme les deux éditeurs allemands, Carlsen-Verlag et Peter Hammler -Verlag. Ils apprécient beaucoup le travail de Valérie Dayre et sont tous deux intéressés par le rachat des droits de Tous les hommes qui sont ici (1). D'ailleurs Carlsen a déjà publié C'est la vie, Lili (2) en langue allemande. Précisons que Valérie Dayre était déjà connue du marché allemand avec L'ogresse en pleurs (3), illustré par une de leurs stars, le grand Wolf Erlbruch. Les prospects actifs, qui ont une ligne éditoriale comparable à celle du Poisson Soluble ou de Quiquandquoi, sont des gens avec lesquels je dois garder un lien commercial continu. Enfin viennent les "prospects inactifs" qui, je l'espère bien deviendront actifs un jour ! Ils sont dans ma base de données et je les garde sous le coude.  Le travail avec la Corée, la Chine et le Japon, bref l'Asie, est un peu différent. A cause des fortes différences culturelles, on passe par un agent qui est mon interlocuteur pour les négociations et qui est bi-culturel. Cet agent pré-sélectionne et trie des titres pour ses clients.  

- Cela fait donc un intermédiaire de plus... Ça commence à faire beaucoup ! Que font alors les éditeurs clients de ces agents ? Se bornent-ils à être des financeurs ? 

- Non, au final, c'est l'éditeur qui a le pouvoir de décision. L'agent n'est qu'un exécutant.

- Parlez-moi du cas de OQO, éditeur espagnol qu'on a vu récemment débarquer en France sous la même marque et qui est diffusé ici par Vilo. Et encore des marques de l'Ecole des Loisirs comme Corimbo. L'Ecole des Loisirs a fait le choix de publier eux-mêmes leurs ouvrages à l'étranger…

- L'un et l'autre ont passé l'étape de vente de droits et éditent en direct. Le coût du tirage est alors diminué. Ils doublent ainsi leur surface de vente et leur rayonnement. Encore faut-il bien connaître le marché du pays où l'on s'implante et assumer les frais, car il faut alors être sur place. C'est lourd et plus risqué que d'acheter un CD. C'est toute la question d'internaliser ou au contraire d'externaliser…

Propos recueillis par Anne Helman, librairie Chat Perché

(1) Edité à L'Atelier du Poisson Soluble

(2) Edité à l'Ecole des Loisirs

(3) Edité chez Milan

Écrire un commentaire

Vos commentaires seront publiés après validation par le modérateur, merci d'être patient !