24 mars 2008
Sélection Nantes Livres Jeunes
Un passé si présent / Sally Warner / Bayard Jeunesse / Millézime / 2007
Dilly est orpheline, sa mère, Elspeth Dillon est morte quand elle avait six ans. Pourtant, elle a le sentiment que, malgré son absence, sa mère continue à diriger sa vie et celle de son père. La jeune fille de treize ans se sent prisonnière, elle ne veut plus déjeuner dans les restaurants favoris de sa mère, ni faire les activités qu'elle aimait. Elle déteste en particulier devoir passer ses étés dans la vieille maison de famille de sa mère. Au fil du temps, elle a développé un ressentiment très fort à l'encontre de celle qu'elle surnomme avec beaucoup d'ironie "maman chérie". Cet été-là, une surprise attend Dilly à la ferme : Libby, la meilleure amie de sa mère, a été chargée par celle-ci de lui remettre une lettre qu'elle a écrite juste avant de mourir. Mais la lettre a disparu. Seule certitude, elle doit être cachée quelque part dans la grande maison, Dilly doit donc la retrouver. Parmi les souvenirs poussiéreux de générations de Dillon, Dilly va trouver des affaires ayant appartenu à sa mère et qui lui racontent des petits morceaux de son histoire. Elle va la découvrir sous un jour nouveau et pas toujours nécessairement flatteur. La jeune fille va réaliser que sa mère a, elle aussi, été une adolescente et une jeune femme avec ses qualités mais aussi de nombreux défauts. Elspeth Dillon n'est plus uniquement un personnage idéalisé par l'absence, elle devient humaine et donc beaucoup plus accessible à sa fille. Cet été-là, Dilly va découvrir qui était sa mère, se trouver des points communs avec elle et soulager ainsi une colère qu'elle portait en elle depuis 6 ans.
Un beau roman qui nous parle du deuil et du souvenir. Dilly doit vivre dans l'ombre de sa mère alors même qu'elle n'en a pour ainsi dire aucun souvenir. On lui demande de se conformer à un schéma de deuil qui ne peut pas lui convenir puisqu'elle n'a pas vraiment connu Elspeth Dillon. Elle ne sait pas exactement ce qu'elle ressent pour cette mère inconnue : de la colère, de la tristesse ou pire, rien de particulier. Elle reproche à son père de l'obliger à vivre une vie calquée sur le souvenir de sa mère. Elle le dit très bien, la moindre remarque faite par sa mère mourante est devenu un commandement dans l'esprit de son père. En présentant à Dilly une mère parfaite, son père a créé, bien malgré lui, un problème d'identification chez sa fille. Dilly ne se sent jamais à la hauteur de ce personnage parfait et froid. Ce livre soulève des questions qui dérangent car il parle de choses taboues : on ne dit pas de mal des morts, on modifie les souvenirs pour rendre les êtres disparus exceptionnels.
Ce roman est servi par une très belle écriture.
Un livre grave mais très beau.
Marion LEGRAND (Fiche propriété de la Ville de Nantes.)
Le soleil meurt dans un brin d’herbe / Jean Rivet / Aude Leonard / Motus / Pommes Pirates Papillons / 2007
Poèmes qu'un grand-père dédie à ses petites filles. En vers libres ou en prose, ces textes reflètent l'affection de l'auteur pour elles. Ce sont des dialogues vivants, des évocations de la nature, de simples réflexions sur un événement ou sur la vie dont il évoque la fragilité et qui se brisera prochainement pour lui.
L'écriture est simple sans afféterie, tendre. Quel beau cadeau, pour Charlotte et Margaux. "Quand tu seras mort tu me donneras un souvenir ?" dit l'une d'elles.
La mise en page, comme pour les autres volumes de cette collection, est superbe. Le papier est épais, mat, gris clair. Le texte est imprimé par courts fragments sur une page. En vis-à-vis se trouve l'illustration. Celle-ci, pleine page, n'est jamais redondante, c'est un prolongement, vrai et riche, du texte. Ces illustrations en noir, gris et blanc sont proches de la photographie. Réalistes au premier regard, elles incluent toujours un élément décalé, ou une superposition étonnante invitant le lecteur au rêve en clin d'œil à l'univers de Tati. A la fois belles et fortes, elles ont des points de vue variés et insolites.
Ce livre est un triple coup de cœur, pour le poète, les illustrations et l'éditeur. Il ne peut laisser personne indifférent.
Anne-Marie BAHU (Fiche propriété de la Ville de Nantes.)
Le gardien des couleurs / Gilles Aufray / Anne Brouillard / Grandir / 2005
Inséré dans un récit-cadre (un peu bateau), le texte se présente comme un conte avec des héros élus, un manque, des épreuves initiatiques et un dénouement qui rétablit l'ordre...
Il s'agit de l'histoire d'un village où les couleurs ont disparu depuis si longtemps que seul un vieil homme en a la mémoire. Comme celle-ci s'affaiblit, le temps est venu d'aller chercher les trois sources des couleurs, que seuls trois frères pourront trouver.
On le voit, l'histoire est traditionnelle et l'auteur l'a un peu actualisée en faisant des trois frères des enfants d'une famille vivant dans une roulotte en marge du village, victime de l'ostracisme des habitants, qu'une petite fille finira par vaincre. Cet apport, assez cliché, m'a paru très artificiel et moralisant. Mais peut-être est-ce l'écho du travail fait avec les écoliers d'un village de Lozère, où, comme nous l'apprend une information finale, auteur et illustratrice étaient en résidence ?
Plus que le texte, bien raconté, il est vrai mais assez long, ce sont les illustrations d'Anne Brouillard qui m'ont retenue. Le format original de l'album, très en hauteur, permet une mise en page très variée : des rabats s'ouvrent sur une grande illustration de quatre volets (beau panorama de la campagne lozérienne sur les pages de garde initiales, gros plan sur les sous-bois lors du parcours initiatique et vision de la grande fête sur les pages de garde finales), des vignettes, des images pleine page, double page au verso des rabatsà pour des vues très évocatrices d'un village de Lozère, des gens, des scènes de genre, des épisodes de l'histoire. D'abord de superbes tons bruns dominent puis, avec le retour des enfants, c'est l'explosion d'un énorme abricot orange. On pourra remarquer que le retour des couleurs primaires dans le village s'exprime, pour Anne Brouillard, dans ses tonalités plus personnelles, à travers une vision plus sourde et plutôt automnale.
Un très bel album qui, à mes yeux, vaut surtout par l'atmosphère créée par les illustrations : évocation du village, des paysages, de la forêt...
Claude DUPONT (Fiche propriété de la Ville de Nantes.)
EncycloDino, les monstres marins / Robert Sabuda / Matthew Reinhart / Seuil Jeunesse / 2006
Réalisé par un grand spécialiste américain du livre animé, Robert Sabuda, ce livre "pop-up" est remarquable. La finesse, la créativité et le nombre d'animations qui se déploient en volume au fil des pages sont exceptionnels. Véritables sculptures de papier, 35 créatures préhistoriques surgissent du fond des mers, sous nos yeux ébahis. Invertébrés, amphibiens, reptiles, dinosaures et premiers mammifères sont présentés par un texte scientifique, précis, riche en dates, chiffres, mesures et détails croustillants comme les aiment les jeunes passionnés de documentaires animaliers
Sophie BEZANÇON (Fiche propriété de la Ville de Nantes.)
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