Accueil - 26 février 2008
Barlo… ou la chance de la connaître
[ Leslie Vega (Rêv'En Pages, à Limoges), inaugure ici une série de portraits de clients de sa librairie… ]

Elle est arrivée avec un petit sac en tulle vert où était écrit : ECRIRE. Il contenait deux livres et un pot de confiture - «de Noël », a-t-elle précisé, « confiture maison !». Elle a rigolé en ajoutant : « mais ce n’est pas moi qui l’ai faite ! ». Je l’avais appelée la veille pour lui proposer mon projet de portrait dans Citrouille. J’avais été toute étonnée qu’elle soit libre si rapidement. Elle a un emploi du temps de ministre, "Barlo", elle fait toujours plein de trucs. Avec ses 3 filles, avec son mari, avec ses élèves. Mais bon, c'est que ça devait l'intriguer, cette idée de portrait !
Je savais que c’était risqué de l’inviter à la maison. Et j’avais raison. La première fois, quand elle est repartie à 13h30, elle reprenait à 45 et on n'avait pas abordé le portrait, ça nous a fait rigoler. On avait parlé de tout, sauf de ça. Des bouquins, bien-sûr, mais aussi de projets professionnels et personnels, des enfants, de la famille. De la vie quoi. On s'est donc revues quelques jours plus tard pour travailler sérieusement, en essayant de ne pas s'éparpiller. Croyez-moi, avec Barlo et moi, ce n'est pas facile…
«Je me souviens quand je suis entrée à Rêv'En Pages pour la première fois. C'était en 2003. Je me souviens avec beaucoup d'émotion de ton accueil, de ta disponibilité et de ta présentation alléchante de romans jeunesse que je ne connaissais absolument pas. J'étais en lycée avant !… Le premier roman que tu m'as présenté et qui m'a donné envie, c'était L'enfant océan, de Mourlevat ». Ca me revient maintenant, à moi aussi. Je la revois débouler la première fois, un peu affolée. Elle sortait d'un congé maternité, elle allait débarquer en plein milieu d'année dans un collège qu'elle ne connaissait pas, dans une ville dont elle ignorait tout. Pourquoi a-t-elle alors eu le "réflexe librairie" ? Un souvenir d'enfance, peut-être ? « C'est sûr, enfant, je lisais ! Et les librairies étaient LE magasin où je pouvais réclamer quelque chose. Ma mère cédait forcément, désireuse de favoriser mon ouverture et mon épanouissement culturels... Mais je crois qu'en réalité - un point commun avec Sartre mais ce n'est pas le plus glorieux !- je lisais surtout pour faire plaisir à mes parents, pour correspondre à l'image qu'ils se faisaient de moi, une petite fille scolaire bien comme il faut… »
Une lectrice depuis toujours, donc… Mais pas vraiment de livres pour enfants. En tout cas aucun souvenir d'un titre marquant dans la bibliothèque de sa mémoire. Comme finalement pas mal d'enseignants, c'est adulte que Barlo a découvert la littérature jeunesse. Par sa fille Marion ? «Ah non, pas vraiment ! Marion s'est attachée au même livre pendant une durée désespérément longue. Un livre de blagues Carambar ! Et puis elle a enchaîné avec Harry Potter… Et là encore, elle n'en est pas sortie tout de suite... Et moi, respectueuse des bons principes de Pennac, je m'étais jurée de la laisser tranquille… Même si ça me démangeait de lui proposer autre chose ! Non, j'ai commencé à découvrir les livres pour enfants avec Sabine, ma copine bibliothécaire de Besançon. Et la littérature pour ados avec toi, Leslie !» Ah, les grands petits plaisirs de libraire !… La fréquentation de la librairie serait-elle allée jusqu'à lui faire abandonner les "classiques" en classe ? «Non, mais depuis, j'essaie de ne pas les aborder brutalement, je préfère utiliser la littérature jeunesse ou d'autres supports comme passerelle pour aller à la rencontre de textes plus classiques. Ou alors, je fais des détournements, des réécritures théâtrales... Bref, des trucs pour que les élèves n'aient pas le sentiment que la littérature, c'est ennuyeux…»
Se rappelant subitement qu'elle devait recupérer une de ses filles quelque part, Barlo est repartie en courant. J'ai juste eu le temps de lui glisser sous le bras un exemplaire que je lui avais réservé de Quand les trains passent. Je sais qu'après l'avoir lu, elle reviendra pour me dire merci… Je sais qu'au prochain salon du livre, quand Mourlevat retournera sur le stand en disant qu’il vient de vivre une rencontre exceptionnelle dans un collège, ce sera sa classe qu’il aura rencontrée. Je sais que lorsque je lui mettrai entre les mains le prochain livre "invendable" parce que trop dur ou dérangeant, le prochain livre qui aura besoin d’être porté et aimé pour s’épanouir, elle le portera et l'aimera. Pétard, ses élèves ont bien de la chance !
Moi aussi.
Leslie Vega, librairie Rêv'En Pages
Accueil 11:54 Publié dans CHRONIQUES DE LESLIE VEGA | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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