16 février 2008

Being

Being - Kevin Brooks
  • Kevin Brooks
  • doAdo Noir, Le Rouergue - 15,00 €

En raison d’un mal de ventre persistant, Robert Smith, orphelin de seize ans au trajet erratique, se rend à l’hôpital pour une endoscopie. L’anesthésique fait perdre conscience à l’adolescent qui se réveille soudain en plein cauchemar. En présence de mystérieux agents armés, le chirurgien commente les images de l’endoscopie : le tube digestif de Robert n’est pas celui d’un être humain. Extraterrestre ? machine ? Alors que le garçon commence à reprendre contrôle de son corps, on entreprend de lui ouvrir le ventre. Mais Robert réussit à s’enfuir, en emportant les radios et la cassette vidéo de son examen. Sa vie a basculé, sans retour possible. Traqué par des agents qui, il le sent, n’abandonneront jamais, l’adolescent a conscience qu’il passera le restant de ses jours à fuir. Il lui faut d’abord changer d’identité. Peut-il encore se fier à quelqu’un ? … A-t-il rêvé ? est-il fou ? Lorsqu’il lui arrive de douter de sa santé mentale, Robert visionne la vidéo de son endoscopie et s’abîme dans ce spectacle fascinant d’images indéchiffrables : même s’il respire, mange, boit, urine, défèque, même s’il ressent la douleur comme le plaisir, même s’il éprouve des émotions, emmagasine des souvenirs, l’adolescent n’est indubitablement pas humain. Qui est-il ? Qu’est-il donc ? Existe-t-il d’autres êtres comme lui, vivant dans l’ignorance de leur nature réelle ? Ces questions sur l’identité et la nature humaine ont souvent été abordées par la science-fiction. Ce ne sont pas elles qui font l’originalité de Being, mais la manière dont elles sont traitées : avec réalisme, sans aucune péripétie ni retournement invraisemblables. Robert n’a aucun moyen de répondre à ses interrogations. Il n’est en outre pas certain que ses poursuivants eux-mêmes le puissent. Alors hors de question de se rendre sans connaître précisément leurs intentions ! Le garçon apprendra-t-il donc jamais rien sur le mystère de ses origines ? Finalement, l’essentiel n’est-il pas de vivre ?


Dans sa première partie, le récit, à la première personne et à l’écriture minimaliste, se déroule quasiment en temps réel, avec comme corollaire beaucoup de redites dues à la situation et à la focalisation interne, sans parler d’un certain piétinement de l’action malgré, paradoxalement, nombre de rebondissements. Un roman inutile de plus ? Non, grâce notamment à l’absence de dénouement et de véritables réponses (forcément rassurantes, quelles qu’elles eussent été). Le récit s’arrête donc brusquement et cette fin qui n’en est pas une, cohérente avec l’ensemble du livre, justifie rétrospectivement ce qui m’était d’abord apparu comme des défauts. Elle fait que, quatre jours après en avoir achevé la lecture, je continue à penser à Being et me décide à le présenter pour Citrouille. L’entretien avec l’auteur proposé dans l’édition anglaise confirme que Robert Brooks n’a pas l’intention d’écrire de suite. Ouf ! Qu’il ne s’avise pas de le faire sous la pression de l’éditeur : ce serait sans doute, ni plus ni moins, détruire son œuvre.

Thomas Savary, Voyelles

Commentaires

je suis en train de le lire et j'attendais le denouement final...merci de m'avoir prévenue!!je conseille vivement ce livre car il est vraiment trés prenant et bourré de suspens!tiens d'ailleurs,j'y retourne!!

Ecrit par : marie | 01 mars 2008

Désolé, Marie, d'avoir quelque peu gâché votre plaisir de lecture en dévoilant un pan de la fin de ce roman. La revue Citrouille est lue par beaucoup de "prescripteurs" (enseignants, documentalistes, bibliothécaires) : c'est principalement en fonction de ce public que pour ma part je rédige mes critiques, un public qui n'a pas forcément le temps de tout lire voire qui abandonne une lecture en cours de route si le livre n'éveille pas suffisamment vite leur intérêt. Moi-même, j'ai failli, ô combien à tort, laisser en plan cet excellent roman. À mon sens, c'est la fin de Being qui donne au livre une grande part de son intérêt. Afin d'éviter que trop de prescripteurs passent à côté du roman, il m'a paru important d'évoquer cette fin. Elle devrait tout de même vous surprendre et vous laisser pantoise, je le pense. Bonne lecture !

Ecrit par : Thomas Savary | 03 mars 2008

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