12 février 2008
Après le gong, le combat continue
Poings dressés devant les yeux, un contre un dans une danse parfois effrayante, la boxe est un sport intime. Mais les poings deviennent aussi parfois symbole de lutte, de protestation ultime pour dire la dignité humaine - [Un article Morgane Vasta, Librairie des Enfants (Versailles), paru dans le dossier DU SPORT DANS LES LIVRES, Citrouille n°47]
Champion, Le ring de la mort, La voleuse de livres… Trois ouvrages à travers les moments culminants desquels le sport rencontre l’Histoire…
Dans Champion, hommage au dernier combat du boxeur juif Young Perez au camp d’Auschwitz. Le voici, les ongles enfoncés dans la paume de ses mains à l’intérieur de ses gants de cuir, qui défend dans un dernier effort ce qu’il lui reste : sa vie. L’homme a les bras contractés, les os saillants, les lèvres serrées, et sa peau d’une pâleur extrême présage de son devenir. Dans l’autre coin du ring se dresse un géant, un poids lourd, représentant d’un pouvoir qui a condamné le plus faible. Hier encore Young se battait pour la gloire, aujourd’hui il tend les poings pour la justice, pour la survie et contre une force qui veut imposer sa vision du monde. Pour dépeindre ce combat insensé, les traits de l’illustrateur se font coups et ses couleurs deviennent blessures…
Là où Young n’a d’autre choix que de cogner, Moshé, dans Le ring de la mort, lui aussi déporté, refuse le round imposé. On veut l’humilier, lui qui tient encore debout et le priver de sa dignité humaine. On lui ordonne de frapper un être affaibli, dans un simulacre de combat pour participer, comme s'il était au cirque, au jeu macabre du nazisme. Lui qui a choisi la boxe pour répondre à la violence de l’univers qui l’entoure, mesure que le sport ne se limite pas à porter des coups. Son choix sera esquive, silence et refus de combattre…
Est-il enfin vision plus forte que celle offerte par Max Vandenburg dans La voleuse de livres, lorsque dans un songe il se retrouve sur un ring face au Führer, frappant de toutes ses forces, sous les huées d’une foule survoltée par les cris haineux du moustachu hystérique ?… Ces poings levés ont parfois des sens diamétralement opposés : pathétiques marionnettes manipulées par les soiffards d’un pouvoir abject, mais aussi puissant symbole de la dignité humaine.
Morgane Vasta, Librairie des Enfants
Champion, Gilles Rapaport – Circonflexe ; La voleuse de livres, Markus Zusak - Pocket Jeunesse ; Le ring de la mort, Jean-Jacques Greif - Medium, Ecole des Loisirs
«La boxe ne m’intéresse pas en tant que sport. Ce qui m’intéresse, dans la boxe, c’est l’usage que je peux en faire, c’est son potentiel métaphorique. Formellement, la boxe, c’est l’affrontement basique, celui d’ un homme contre un homme, avec l’usage de la violence, jusqu’à la destruction symbolique, et même parfois pas seulement symbolique, de l’autre. C’est vachement puissant d’un point de vue dramaturgique. Aussi quand j’utilise la boxe dans mon travail, c’est toujours pour signifier un autre affrontement. Dans Le Chemin de l’Amérique comme dans l’Enragé un individu se bat contre son environnement et tente d’y échapper, seul. J’y mets en scène la trajectoire de quelqu’un qui veut s’en sortir par ses propres moyens et qui accepte d’en payer le prix, à savoir la souffrance. Aujourd’hui la boxe reste, avec le vélo, le dernier sport populaire, celui où des gens qui n’ont rien, qui n’ont pas d’autre outil que leur propre corps l’utilisent pour tenter d’échapper à la souffrance sociale due à leur condition de dominés. C’est pour ça que d’un point de vue dramatique, la boxe est un vecteur extraordinaire. En plus pour un dessinateur, la boxe c’est une véritable chorégraphie…» Baru (lire son interview dans le dossier DU SPORT DANS LES LIVRES)
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