Accueil - 11 février 2008
Glaise
- David Almond
- Scripto, Gallimard jeunesse - 10,50 €
La quatrième de couverture du dernier roman de David Almond dit : « Un livre puissant et troublant, parfois dérangeant ». Euh… Oui ! Franchement dérangeant, non ? Ou franchement réussi, je crois, tout simplement. À l’heure où j’écris, j’ai toujours en tête ce fameux serpent de mer dont Citrouille s’est également fait l’écho, la supposée « noirceur » de la littérature pour ados, d’accord, on est en plein dedans. Mais quelle noirceur, ici. Superbe. Incroyablement maîtrisée.
Pour qui connaît et conseille les romans de David Almond (Skellig, Le jeu de la mort, Le cracheur de feu), pas vraiment de surprise. Ce dernier texte prend pied de nouveau dans cet univers fantastique, hallucinant, sans cesse aux frontières entre réel et imaginaire. « Il était arrivé à Felling par une matinée radieuse et glaciale de février ». C’est par ces mots qu’Almond commence son récit, et je me dis : voilà, je vais lire une histoire. Une qui va m’emmener loin, je le sais. Stephen Rose vient d’arriver dans ce village dévot et pas franchement réjouissant. Comme chaque inconnu qui vient d’ailleurs, il est précédé d’une rumeur, la folie de ses parents, le renvoi du séminaire qui le destinait à la prêtrise. On parle de culte du diable. D’exorcisme et de messes noires. Ce qui est sûr, c’est que Stephen a un don. Celui de modeler de la glaise. Il va embarquer avec lui deux amis, Davie et Georgie, enfants de chœur, et Davie va se retrouver, en quelques jours, emporté par la folie de Stephen.
On ne lâche pas facilement ce texte. On referme le livre avec soulagement, et certaines visions ne vous quittent pas, les jours qui suivent. Pour Davie, impossible de savoir vraiment si ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, était bien réel. Pour le lecteur, c’est le même ressenti, tenace, un peu indéfinissable, celui d’avoir navigué en eaux troubles, promené par l’intelligence d’un texte de fiction (si, si) qui prend ses racines dans une sorte d’imaginaire collectif où les vivants se mélangent aux morts.
Madeline Roth, L’Eau Vive
09:34 Publié dans DERNIERES LECTURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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