07 février 2008

Quand l’interdisciplinarité est championne

Quand  E.P.S. et livre jeunesse se croisent à l’école, les projets fourmillent dans toutes les disciplines… Anne Helman (librairie Chat Perché, Le Puy en Velay) a rencontré Ludovic Michaud, conseiller pédagogique E.P.S. de circonscription. [Un article du dossier Du sport et des livres, Citrouille n°47]

27d921b3531e38dbc7282a38977dcda5.jpg- Ludovic, pouvez-vous tout d'abord définir votre travail ? Quel est votre statut et quelles sont vos missions?

- Je suis membre d'une équipe de circonscription sous l'autorité d'un inspecteur de l'éducation nationale, et donc rattaché à un secteur géographique. Comme toute circonscription, nous avons la responsabilité de la gestion d’un certain nombre d’écoles. On le sait, il n'est pas toujours facile pour les enseignants de caler l'EPS à côté de certains "domaines disciplinaires" comme la maîtrise de la langue ou les mathématiques ; l'E.P.S.  fait malheureusement  souvent figure de "parent pauvre" ... Mes missions en tant que CPC-EPS sont multiples. Je lance des dynamiques de projets d'activités physiques, sportives et artistiques (comme la danse) dans les écoles par une planification de l’utilisation d’équipements sportifs municipaux (piscines, golfs, boulodromes…) et par l’organisation de rencontres inter-écoles (en athlétisme notamment). J'accompagne par ailleurs les enseignants dans la mise en œuvre de leurs modules d’apprentissage (ensemble de 10 à 12 séances) en leur proposant des ressources pédagogiques ainsi que des aides en terme de formation (animations pédagogiques, aides individualisées…). Enfin je veille au respect des normes d’encadrement  des activités qui nécessitent notamment la suppléance d’intervenants extérieurs.  Je suis également membre du Groupe E.P.S. départemental. C'est un groupe de travail, de recherche et de réflexion qui œuvre pour la mise en commun d’outils, de compétences et qui s’appuie sur les expériences de chacun. Ce groupe a pour objectif de permettre la pratique E.P.S. dans les écoles, de favoriser l’apprentissage (envisager l’éducation physique et sportive comme source d’apprentissages au-delà des apprentissages moteurs) et de donner la possibilité à l’élève de se situer dans ses apprentissages. 

- Comment devient-on conseiller pédagogique en E.P.S.?


- Pendant 10 ans, j'ai été professeur des écoles dans le Val d'Oise dans une école qui développait des pratiques pédagogiques innovantes faisant référence au mouvement d'Education Nouvelle. C'est là que j'ai passé le CAFIPEMF (Certificat d'Aptitude aux Fonctions d'Instituteur ou de Professeur des Ecoles Maître Formateur), diplôme qui me permet d'exercer maintenant comme conseiller pédagogique E.P.S.  au sein d’une circonscription. A côté de mes missions E.P.S., je suis également conseiller pédagogique  généraliste ouvert  aux autres domaines disciplinaires. A ce titre, j'ai donc une étiquette d'interdisciplinarité qui tout naturellement me fait considérer la littérature de jeunesse comme un formidable support de travail. 

- Merci pour la transition ! Ma question suivante était justement celle-ci : en quoi les livres de jeunesse, traitant de sports ou non, peuvent-ils vous aider dans votre démarche professionnelle?

- Bonne question ! Nous sommes justement actuellement en pleine réflexion dans ma circonscription à ce propos. C'est sûrement pour nous une année charnière quant à notre regard sur la littérature de jeunesse en lien avec l’E.P.S. Je définirais deux catégories d'ouvrages parmi ceux qui nous intéressent. D'une part les ouvrages traitant de sports à travers des pratiques populaires ou rituelles de quartier qui me semblent être une bonne accroche pour les jeunes lecteurs. Ces ouvrages, qui véhiculent par ailleurs souvent des valeurs louables telles que l'entraide, la camaraderie et la solidarité, sont souvent choisis par les enfants eux-mêmes pour être lus en lecture-plaisir.  D'autre part, il y a des albums où évoluent de petits personnages en action. Au cycle 1, on peut alors mettre  en E.P.S.  certaines situations-problèmes en parallèle avec ce que font ces personnages. Cela peut passer par une théâtralisation de l'activité E.P.S., avec une optique de pédagogie du modèle. Pour ce faire, je suis toujours en recherche d'albums me permettant d'installer telle ou telle activité. La revue E.P.S. a démarré une collection d'albums spécifiques destinée aux professionnels et conçus pour être utilisée dans cette démarche. Mais je trouve tout aussi bien mes sources dans  Parcours santé de Didier Jean & Zad,  ou L'énorme potiron  de Françoise Bobe et Yann Lovato.  C'est un travail de pédagogie de projet, où des disciplines comme la maîtrise de la langue, les maths et les arts visuels sont aussi sollicitées. Avec ces activités E.P.S. à la maternelle et à l'école  élémentaire, on est toujours dans l'interdisciplinarité ou/et dans la transversalité. Une activité "natation" peut ainsi donner lieu à un projet autour de l’eau, porteur d’activités de maîtrise de la langue (le lire, dire, écrire), d’activités scientifiques (les différents états de l’eau, la poussée d’Archimède…), de création artistiques, etc. Malheureusement les enseignants ne se saisissent pas toujours assez de ces opportunités pédagogiques. C'est dommage.

- Que pensez-vous des représentations sur le sport véhiculées par la littérature de jeunesse?

- Je n'ai malheureusement pas d'avis sur la question, car je n'ai pas eu encore le temps de m'y pencher. Mais c'est un de nos axes de recherche prévus pour l'an prochain. 

- Si vous avez besoin d'un coup de main, ça m'intéresse... Je suis partante ! Une question me taraude. Selon vous, sport et école font-ils bon ménage?

- A la différence du sport, l'école n'est pas un lieu de compétition. D'ailleurs, de moins en moins d'enseignants utilisent un système de notation classique à l'école élémentaire. 

- Hum, hum...

- La pratique d'un sport en dehors de l’école est bénéfique au développement global de l'enfant, qui après avoir été la plupart du temps "couvé" lors de ses jeunes années, a besoin de respirer. Et puis les clubs sportifs prônent des valeurs telles que la rigueur, l'engagement dans la vie associative, le travail et l'entraide qui sont loin d'être antinomiques avec celles inculquées à l'école. Tout ceci aide l'enfant dans son épanouissement et dans la construction de sa personnalité.

- Vous parlez là de la pratique d'un sport extrascolaire. Mais l'E.P.S. à l'école ? N'y a-t-il donc pas de différence entre sport et E.P.S.?

- C'est vous qui m'avez questionné sur la compatibilité entre sport et école… Quand on parle de sport, on parle de pratiques fédérales en clubs. Dans le concept de sport, il y a les notions de performances, de résultats et de compétition ; c’est, au demeurant, l’image véhiculée par les médias. Alors que l'E.P.S., quant à elle,  est présente à l'école pour aider l'enfant à développer des habiletés motrices,  lui permettre une première prise de contact avec les diverses activités physiques, pratiques sociales de référence. Tout ceci avec des panels d'élèves très différents, surtout chez les tout-petits. L'E.P.S. est une discipline enseignée souvent à travers des dispositifs d’ateliers ou de situations de jeux, où le discours pédagogique et les gestes sont moins emprunts d’aspects techniques que dans les pratiques sportives de clubs.

- Et  comment voyez-vous  l'avenir de cette E.P.S. ?

- Ce qui est dans l'air du temps aujourd'hui, c'est d'intégrer l'E.P.S. pour faire d'autres choses (l'éducation à la santé, à l'écologie…) sans pour autant occulter l'activité physique à proprement parler, ni tous les apprentissages qui s’y rattachent. C'est pourquoi je ne puis qu'être en posture de recherche, d’analyse de pratiques pédagogiques et de demande par rapport aux liens entre la littérature de jeunesse et l'E.P.S. Il nous faut passer par des expérimentations diverses…

Propos recueillis par Anne Helman, librairie Chat Perché

Commentaires

Bonjour à vous,
juste un petit témoignage ému...
En lisant votre article, m'est revenu le souvenir d'une de mes toutes premières rencontres avec des collégiens. Ils avaient lus mes "Lettres à une disparue" - un roman témoignant des disparitions et des adoptions forcées pendant la dictature en Argentine, notamment - et les professeurs de français, d'histoire, d'espagnol et (à ma grande surprise, je l'avoue) d'E.P.S. avaient travaillé ensemble. Résultat : pour clore notre rencontre en beauté, les élèves ont dansé le tango pour moi...
J'en ai encore des frissons !

Écrit par : Véronique Massenot | 08 février 2008

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