08 février 2008
Elle n'est pas comme les autres (chronique de Madeline Roth)
23e Fête du livre de Jeunesse de St-Paul-Trois-Châteaux. Après une période d’essai, je peux raconter dans le désordre tous les albums d’Où sont les enfants et montrer sans cesse un livre qui sera bientôt en librairie, Rien à voir, édité par Quiquandquoi avec Les Doigts qui rêvent. Jean-Marie Antenen me dit « Ce n’est pas un livre facile ». Ça me fait rire. « T’en as, des livres faciles ? ». « Euh… Je ne les ai pas amenés ».
Février et la librairie est vide. Elle entre et j’aime la voir. Je ne la connais pas mais je la reconnais, je l’ai toujours trouvée belle, on n’a presque jamais parlé parce qu’il y a entre nous, je crois, la pudeur de deux femmes qui se reconnaissent lorsque l’une d’elles regarde les livres que l’autre aime vraiment, vraiment.
Elle regarde longtemps. Je suis à la caisse quand je l’entends prononcer à une stagiaire la phrase magique « Elle n’a peut-être pas encore trouvé le livre qui la fera lire ». Je bondis. J’adore cette phrase. Je relève le défi quand vous voulez. Je bondis mais je me ravise. Je laisse Sabine la conseiller.

Et puis quand même, ça me démange, alors quand elle s’avance pour régler, je lui demande si elle a trouvé. Et hop. On repart dans les rayons. Elle commence la lecture de Je t’écris, j’écris, et je vois bien que ça la touche, je peux arrêter de parler, elle lit.
Alors elle dit, c’est une écriture assez proche de ce que j’aime faire, en fait j’écris. Je ne me suis jamais présentée.
Son dernier livre est arrivé à la librairie le 31 décembre. Je suis sûre de la date parce que j’étais à la caisse et que ce n’est pas moi qui l’ai mis sur la table. Alors voilà, j’ai honte, mais celui-ci, je ne l’ai pas ouvert.
Je ne vais pas lui dire ça.
Quand elle s’en va, je fonce chercher son livre et je le ramène comme un trésor à la caisse. Et forcément, il me plait beaucoup. Plusieurs auteurs m’ont demandé si j’avais leur livre avant de se présenter. Elle n’a jamais fait ça. Alors j’ai pensé je vais parler de cette rencontre sans la nommer vraiment, et j’espère qu’elle lira ces mots. L’humilité et la beauté, c’est ça qui l’habille, c’est ça qui la fait belle, et qu’elle met dans ses textes.
Madeline Roth, L’Eau Vive
Publié dans CHRONIQUES DE MADELINE ROTH | Lien permanent | Commentaires (2) |
|














Commentaires
Toujours la même émotion à la lecture de vos mots. Je me retrouve en vous lisant. Enfin, la libraire que je suis s'y retrouve. Lier. Lier les livres aux gens, mais aussi lier les êtres entre eux. Notre travail relève de l'indicible. C'est cela que je trouve tellement beau, magique, tellement humain.
Votre petite note m'a donné le goût de lire cette auteure et de courir dans mes sections pour trouver son livre. Qui est l'inconnue? Je pars à la chasse aux trésors!
Ecrit par : alice | 08 février 2008
Oh, la, la ! je ne crois pas être à la hauteur de votre chronique. Je suis très heureuse que "notre escargot" vous plaise. J'ai justement lu "J'écris, je t'écris" hier soir. Ce texte m'a beaucoup touché. J'ai hâte maintenant que ma grande fille de presque 7 ans puisse le lire. A bientôt, évidemment...
Anne
Ecrit par : Anne | 08 février 2008
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.