04 février 2008

À vos risques et périls

À vos risques et périls, de Pascale Maret
  • Pascale Maret
  • Thierry magnier - 8,50 €
ATTENTION, ROMAN QU’ON PEUT ÉVITER DE LIRE.

En règle générale, quand un livre ne me plaît pas, je ne fais pas de critique sur le site. Je me contente de ne pas le conseiller en librairie. Mais je viens de lire des critiques très favorables sur ce roman sur un autre site et je pense que ce livre est consternant. Affligeant. Tous les clichés sont réunis. Le fils à papa catho de droite monarchique qui se découvre homo, la « grosse » qui devient la copine du gars de banlieue, la starlette à qui on mettrait des baffes mais qui se révèle chouette copine quand même et la « noire » qui assure. En plus, pour le même prix, 8,50 €, la dose « réflexion politique » avec une histoire d’enlèvement par de jeunes révolutionnaires opprimés, histoire bouclée en deux temps trois coups de fusils.

Tout cela est grotesque.

J’ai bien peur que les jeunes lecteurs aient du mal à retenir les messages. Je me demande si au contraire ils ne vont pas avoir envie de s’inscrire à un jeu télé réalité pour vivre de pareilles aventures. Leur personnalité profonde va enfin se révéler. C’est mieux qu’un stage de ski en février pour les riches ou de patins à roulettes à la MJC du quartier pour les autres car tout est bien qui finit bien dans ce roman : amour, bons copains et argent. Ah oui, c’est vrai que l’argent, ils l’ont bien mérité nos « héros » et puis ils sont gentils et tout et tout… Ils donnent un peu de sous pour de bonnes œuvres. La morale est sauve.

Je rêve ! Envoyez l’adresse, je m’inscris de suite. Et puis en plus si on peut aider un pauvre étudiant d’une île lointaine à échapper à la dictature, c’est encore mieux. On ne sauve pas tout le monde mais un, c’est déjà ça…

Je manque sans doute d’humour mais ce roman me met en colère car il traite bien à la légère de problèmes importants. La télé-réalité est certes abjecte et les dictatures sont intolérables. Mais, pour les dénoncer, inutile de tomber dans la caricature. Vouloir bien faire pour éduquer les jeunes lecteurs est un exercice avec risques et périls.

Danièle Grolier, La Courte Échelle

Commentaires

Je ne partage pas cet avis. Soit, le roman de Pascale Maret m'a laissé un peu sur ma faim. Je ne le trouve pas suffisamment abouti, et un peu trop "gentil". Cela dit, ce n'est pas à mes yeux un mauvais livre.
Les personnages semblent caricaturaux ? Mais c'est justement pour cette raison qu'ils ont été sélectionnés dans le cadre de cette émission ! Et le dérapage de celle-ci va leur permettre de sortir quelque peu des rôles dans lesquels les concepteurs du jeu voulaient les enfermer. Soit, leur psychologie n'est pas très approfondie. Soit, les héros rentrent chez eux, bien au chaud, après avoir échappé aux représailles militaires contre les révolutionnaires qui les avaient pris en otage. Soit, on peut avoir l'impression qu'ils se donnent bonne conscience à peu de frais. Mais n'est-ce pas ce que nous faisons aussi, la plupart d'entre nous, Occidentaux à l'abri des conflits armés ? "J'y pense et puis j'oublie. C'est la vie, c'est la vie." Ce en quoi le roman de Pascale Maret me semble on ne peut plus réaliste.
En tout cas, la critique de la télé-réalité est on ne peut plus claire. Je n'imagine pas un instant qu'un lecteur adolescent puisse ne pas la percevoir !

Ecrit par : Thomas Savary | 04 février 2008

Je partage l'avis de Danièle et trouve ce texte pour le moins très léger sur des sujets qui auraient mérité ou bien plus de matière ou bien plus d'humour grinçant.
Que la critique de la télé-réalité n'échappe pas aux adolescents, c'est sûr (il faudrait vraiment être bouché), mais qu'elle ne soit que prétexte à un texte de plus pour meubler les étagères ne me le semble pas moins .
Quant à la bonne conscience occidentale, je ne vois vraiment pas en quoi cette histoire pourrait changer quoi que ce soit

Ecrit par : Ronchon pépé | 04 février 2008

je n'ai pas lu le roman de Pascale Maret - et a priori je ne suis pas partie pour le lire - mais j'avais fait lire la critique de Danièle à mon excellente - prodigieuse - représentante et ex-libraire et elle m'avait dit (à peu près) "mais justement, la caricature est forcée, grossière, le trait est forcé, mais c'est vraiment prendre les ados pour des idiots que de croire qu'ils ne comprennent pas ce procédé là de dénonciation". D'après cette excellente - prodigieuse - représentante et amie, ce roman plait beaucoup aux ados. Je ne fais pas de pub pour ce texte, attention, je ne l'ai pas lu, mais on en revient toujours au même ! qui est-ce que ce texte dérange ? les lecteurs ou les "prescripteurs" ?

Ecrit par : madeline | 04 février 2008

« qui est-ce que ce texte dérange ? les lecteurs ou les "prescripteurs" ? »…
Remarque : on pose souvent cette question à propos des critiques "négatives".
On pose étrangement moins souvent la question corollaire à propos des critiques enflammées :
« qui ce texte enthousiasme-t-il ? les lecteurs ou les prescripteurs ? »
Elle est pourtant au moins aussi intéressante, non ?

Jeannne

Ecrit par : Jeanne | 05 février 2008

Je n'ai pas lu moi non plus le roman en question, mais je trouve la critique sévère, tout comme l'avertissement "attention, roman qu'on peut éviter de lire"... qui pourra avoir l'effet inverse (!)
Le point de vue négatif qui est donné là est tout aussi acceptable qu'un autre, seulement, il n'est question que de la thématique et des personnages, ainsi que du "message". Quid de l'écriture, du style, de l'organisation et de la voix narratives ? Et puis, l'auteure souhaitait-elle "éduquer" les adolescents, avait-elle un "message" à transmettre, ou voulait-elle tout simplement leur faire passer un bon moment de lecture tout en dénonçant, en filigrane, la télé-réalité ?

Ecrit par : Blandine | 05 février 2008

ça fait tout de même plus de 6 mois que ce roman est sorti, c'est rigolo de le casser maintenant!!
moi, j'ai bien aimé ce bouquin, il est sans pretention, facile a lire pour un "thierry magnier" , il parle d'un sujet qui interesse "l'ado" x,avec une certaine derision! evidemment il ne revolutionne pas la litterature jeunesse, mais ce n'est pas ce qu'on lui demande...

Ecrit par : laetitia | 05 février 2008

"On pose étrangement moins souvent la question corolaire à propos des critiques enflammées".

Mais je suis d'accord ! entièrement d'accord ! A force de rédiger des critiques enflammées, l'emploi du "je" commence fortement à m'énerver. Or il se trouve que c'est la seule "protection" que j'ai trouvée pour dire justement attention, j'ai adoré ce livre, mais c'est moi, libraire, adulte, qui dit ça. C'est pour cela, Laetitia, que la critique de Sortilège (Chabas) me dérangeait. Parce que, à la fois, on conseille ce livre presque en larmes et à la fois on se demande pour qui il est. Si je ne sais pas pour qui c'est, si je pense que c'est un livre magnifique mais pour moi, adulte, si j'ai un doute sur le fait que ce livre puisse toucher un enfant, je ne le conseille pas aux enfants, et je ne le critique pas. Mais je m'arrange pour glisser son titre dans une chronique, par exemple !

Ecrit par : madeline | 05 février 2008

J'ai lu ce bouquin en septembre je crois, quand j'ai vu tombé la critique, j'lai trouvé sévère,j'avais pas gardé un mauvais souvenir de ce texte. Il ne fait pas partie des romans dont je me dis que je n'en parlerai pas et qu'il retournerait dès le délai légal expiré chez l'éditeur. En gros, pour moi, ce roman il ne casse pas trois pattes à un canard mais bon j'suis assez d'accord avec Blandine et Laetitia, ça mange pas de pain,ça fait pas de mal,c'est pas compliqué, il en faut. Pour moi, les livres c'est comme le fromage : je peux pas que manger le cantal entre deux à tomber par terre de ma fromagère, des fois, y me faut une bête tostinette ou un kiri pour réapprécier à sa juste valeur mon cantal. Les bouquins c'est pareil, je peux pas lire ni vendre que des chefs d'oeuvre. Ce bouquin là, c'est certes pas un chef d'oeuvre mais j'en ai lu des bien plus mauvais.

Ecrit par : Leslie | 05 février 2008

juste un petit mot parce que ce "débat" en a relancé un autre aujourd'hui ! à la librairie, on a reparlé des livres sur lesquels pouvaient s'engager ce type de dialogue (la colère, quand même, de Danièle) et du coup... ! hop ! Le garçon au pyjama rayé.

Et j'ai entendu la lecture d'Yvette sur ce texte, et je voulais la retranscrire ici. Yvette nous a dit "moi j'ai vu un petit garçon qui lève les yeux par-dessus les barrières et cherche à savoir ce que tout le monde lui cache". Pour elle, en ces temps d'obscurantisme où tout le monde semble nier les arrestations des sans-papiers par exemple, où beaucoup font comme s'"ils ne savaient pas", ce livre là lui disait les enfants sont ceux qui peuvent voir par-dessus, ceux qui peuvent ouvrir les yeux quand tout le monde les ferme.
ça m'a fait réfléchir deux minutes.

Ecrit par : madeline | 05 février 2008

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.