26 janvier 2008
La reine des heures
- Jean-François Chabas
- Médium, L’école des loisirs - 8,50 €
« J’avais honte. J’aurais voulu conserver ma colère contre l’Indien, las, dans le secret de mon ventre, j’allais toujours à lui ».
Nieves vient d’un village de l’Equateur nommé Esmeraldas et, dans son jardin, il y a la Reine des heures, une tortue de 185 ans amenée un jour de Pinson, une île des Galapagos, afin de distraire une enfant malade. A seize ans, Nieves vit dans un internat de Quito tenu par des Sœurs. Elle tombe amoureuse de Jaime, un indien Guequetari avec un prénom de blanc, un indien « qui est l’amour de sa mère en même temps que sa faute », parce qu’il est né d’un homme blanc trop vite reparti, en lui laissant juste un prénom, et la honte.
Nieves est blanche, et Jaime méprise les blancs. Un amour impossible, comme on n’en vit qu’à seize ans, aussi court que les quelques pages du roman, aussi douloureux que la cicatrice qui reste à Nieves et qui la fait, bien des années plus tard, nous raconter cette histoire.
Jean-François Chabas – et je le sais depuis quelques livres déjà – écrit une œuvre à part dans la littérature jeunesse. Les histoires qu’il raconte ne se passent jamais au même endroit, jamais au même moment, mais au fond, c’est toujours la même histoire. Celle qui fait que des gens avancent dans la vie sur le chemin qu’ils ont choisi. La Reine des heures apprend beaucoup de choses sur le massacre du peuple indien, sur le racisme, universel, sur les blessures humaines enracinées dans des générations d’exilés. « J’imagine qu’on est toujours le mal blanchi de quelqu’un, et que, consciemment ou pas, on se trouve toujours un mal blanchi à juger ».
Et la tortue, la reine des heures ? C’est le temps qui passe sur le monde, sur les gens, le temps, seul roi, le témoin impuissant qui est le temps de l’Histoire, celui qui semble sans cesse tourner en rond, dans le même tourbillon qui fait se croiser les destins.
Madeline Roth, L'Eau Vive
Publié dans DERNIERES LECTURES | Lien permanent | Commentaires (2) |
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Commentaires
alors ça y'est, il est paru ce livre !
Ecrit par : sophiegda | 26 janvier 2008
Les thèmes et la façon de les aborder par JF Chabas semblent bien intéressants. Je confirme qu'Esmeraldas est une ville de la côte équatorienne où vivent beaucoup de noirs, descendant des esclaves qui réussirent à s'échapper lors des naufrages des bateaux qui les transportaient vers le nouveau Monde. Ceux qui réussirent à s'échapper s'installèrent sur ces côtes, dont le climat est proche de celui de l'Afrique. Aujourd'hui malheureusement, le racisme est toujours très présent en Equateur et le taux de chômage parmi les noirs élevé et beaucoup plus important que dans le reste de la population.
Ecrit par : Manu | 28 janvier 2008
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