22 décembre 2007

Pour toi, Raymond

 (Un hommage à Raymond Rener, paru dans Citrouille en mars 95)

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Il se faisait tard, nous venions de changer de jour, les assiettes et les verres témoignaient encore de la chaleur animée de la soirée. Raymond nous quittait alors pour rejoindre son hôtel à quelques pas de chez nous.
Une heure du matin, téléphone… Nous émergeons d’un lourd sommeil. Inquiet je reconnais sa voix ; est-il égaré, ou plus grave encore ?... Denis, j’ai perdu mes lunettes de soleil !…L’amitié n’a pas d’heure, ni de petites raisons pour l’exprimer ( les lunettes seront retrouvées dans la cour par un voisin au lever du jour…).
Amitié et gentillesse débordent de partout chez Raymond, de ses poches où s’entassent, soigneusement rangées en vrac, toutes sortes de petits messages dont lui seul connaît le sens.
Pour lui nulle hiérarchie entre petits et grands services, la fidélité en amitié était le point d’ancrage de sa vie. Son sourire quelquefois songeur, comme ailleurs, était toujours prêt à se rallumer.
Autre « brève de comptoir » presque aussi réelle relatée par Thierry Lenain : debout deux hommes discutent dans une fraternité complice, ils se retournent vers leur camarade assis derrière eux et plongé dans un livre. Ils l’invitent à les rejoindre pour trinquer. Ses yeux se lèvent, il semble ailleurs comme perdu dans un désert lointain, il réagit enfin : «Laissez moi une minute, je termine de lire Le chameau Abos», et son regard s’évanouit à nouveau dans les sables, un sourire étrange aux lèvres.
Veillons à ce que dans notre profession il y ait encore place pour des gens comme toi, Raymond, fragile et généreux , pour lesquels les mots humanitéet enthousiasme passent avant ceux de rentabilitéet de rigueur.

Denis Hooge, Librairie des Enfants, Versailles

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