07 novembre 2007

Chroniques algéroises (4) - Nadia Roman

Du 12e Salon International d'Alger où elle se trouvait, l'auteure jeunesse Nadia Roman a pris le temps de nous envoyer quelques courriels. Nous l'en remercions.
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Le salon va se terminer pour moi demain. Il finira à la fin de la semaine. Long salon !
Aujourd’hui un temps printanier nous a permis de nous échapper quelques heures pour aller à Tipaza, via le Tombeau de la Chrétienne. Quel choc !
Je rêve de ce lieu depuis que j’ai 15 ans avec mes premières lectures de Camus, Noces
Je n’ignorais pas que c’était un peu comme chez moi, les alentours de Cannes à l’époque, comme « chez moi en plus ». Et voila qu’un de mes rêves se réalise, et que je n’ai pas encore bien mesuré la lumière, les parfums (il a plu pendant trois jours très fort là bas et l’eau est redevenue claire aujourd’hui, nous a dit un garde qui a dû nous trouver sympas, car il nous a suivis et a beaucoup parlé avec nous, histoire, botanique…), les pierres, le calme.

“Nous”, aujourd’hui, c’était Djilali Beskri, vidéaste qui travaille en ce moment à la reconstitution, en partie réelle en partie virtuelle, de la Nymphée de Tipaza, Lazhari Labter dont je vous ai déjà parlé, Rina Sherman dont je vais vous parler, et moi (dont il n’y a pas grand-chose à dire, sauf que j’ai vécu une semaine intense et que je reviendrai pour de nouvelles aventures littéraires et humaines).

Quand Djilali a demandé ce que je faisais, Lazhari lui a dit que j’écrivais des livres pour enfants ; il y a eu, comme d’hab, un blanc, pas désagréable non, mais un moment où la personne se demande ce que c’est que ce truc ! Ensuite les questions pleuvent…


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Rina est une femme de mon âge, la cinquantaine, qui a commencé sa vie Sud Africaine Boer et qui la continue Française, en partie par conséquence de son choix politique en faveur de la détermination des Noirs de son pays. Musicienne, elle est devenue anthropologue, élève de Jean Rouche, travaillant sur les Wahimba (orthographe peu sûre !) chez qui elle a vécu 9 ans je crois. Elle aussi est cinéaste.

A la faveur de son travail de recherche, elle a connu Didier Contant, journaliste qui voulait faire un reportage sur elle ; ils sont tombés amoureux et devaient se retrouver, chacun son travail terminé, elle chez les Wahimba, lui poursuivant une enquête sur la mort des moines de Thibirine. Mais les résultats de son travail en Algérie (une partie avait déjà été publiée en France) ne devaient pas être du goût de certains, de beaucoup, car à Paris, toutes les portes des médias se sont fermées de façon univoque. Elle a appris le suicide de Didier alors qu’elle s’apprêtait à rentrer en France…

Elle se bat depuis pour faire ressortir l’enquête du placard, obtenir un jugement normal, enfin des choses simples en apparence qui pourtant n’avancent pas beaucoup ; Marianne a fait un papier sur Didier, dont la disparition a rendu les journalistes, si prolixes d'habitude, muets, absents de leur bureau, pas au bout de leur portable… Un peu comme les flics et les avocats. Tout ceci est raconté dans un livre, Le 8ème mort de Thibirine, que Lazhari a édité l’an dernier en Algérie (en France ce fut très difficile, elle est éditée je ne sais plus où ; comme pour ses recherches, tout est sur internet). Ce bouquin est le fruit d’un travail pointu et acharné, dans lequel la partie affective est doucement évoquée, dont l’essentiel réside dans son enquête à elle. Elle vient pour la première fois en Algérie, au salon du livre et demain à Blida. Ici les gens accueillent son travail et celui de Didier de manière poignante. Je ne dis pas qui pense quoi, qui a refusé quoi, il faut le lire !

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Pour un blog jeunesse, je suis un peu à côté de la plaque !
C’est que, comme je l’ai déjà écrit, la littérature jeunesse recommence à émerger de façon plus attrayante pour les enfants, plus parlante aussi, mais que tout ceci prend du temps, même si le constat du nombre élevé de non-lecteurs est unanime. Pour l’instant, la cession de droits est le moyen le plus rapide et à coût moindre pour avancer. Les éditeurs du Sud (je me répète mais pour une fois qu’on peut parler de « décentralisation » j’en profite !) ont un savoir faire et une souplesse qui convient bien ; Le Sablier et Ricochet ont ouvert la marche, Rouge Safran va suivre avec des romans pour jeunes lecteurs. J’ai plaisir à les nommer, car ce sont des copains depuis le temps que nous faisons les salons ensemble, sous l’égide de Jedi Paca. Courageux et téméraires : ah mon bon monsieur, il ne fait pas toujours bon vivre « en région » comme ils disent !!!

 

5ad05b5fc939b4fd615f8c0f8e749648.jpg Il y a une belle librairie galerie ici, au doux nom d’Espace Noun, qui offre un lieu aux livres et aux plasticiens (jeunesse, un jour ou l'autre, j'en suis sûre !). Il s’agrandit cet automne et j’en suis ravie pour Nasséra que j'avais connue il y a 2 ans au Sila, alors qu’elle allait inaugurer l’Espace Noun quelques jours après.

De l’espoir plein la valise, avec des livres et un plat en terre pour cuire le pain, je rentre à Nice demain. Mon boulot sur l’imagier n’a pas trouvé de place dans l’emploi du temps, ce qui est normal, ce qui va m’obliger à revenir !

J’ai pris goût à vous écrire. Je n’ai pas pu aller sur le blog, la connexion était déjà difficile pour envoyer mes mails ; je me suis connectée depuis les éditions Alpha, grâce à la patience sans limite de Lazhari, l’Ami.

Je vais écouter Idir pour prolonger le plaisir…

Bises (encore parfumées aux crevettes royales de Tipaza !)

Nadia

Commentaires

Moi, je suis née en 1985. Je ne suis pas issue d’une famille de Pieds-noirs, ou des histoires du « Pays » circulent.
Dans mon livre d’Histoire, en seconde je crois, il y avait un tiers de page, en bas à gauche, consacré à la guerre d’Algérie. Je ne sais pas ce que c’est, pour moi tout est vague, j’ai des bribes qui me reviennent. Je ne sais donc pas.
Nadia, elle, à eut 20 ans en 2007, à Alger.
J’aime les histoires comme celles-là, parce que ce qu’on ne sait pas dire (sans tout mettre en vrac) est souvent plus facile à écrire, parce qu’il y a plein de points d’exclamations, parce qu’elles ont été écrites à chaud, parce que c’est du vécu, des rencontres, ni plus ni moins, des petits riens sans prétention, des histoires de gens.
Parce que ces histoires-là ne seront pas dans un livre d’Histoire, et surtout parce qu’elles existent aussi. En attendant maintenant un Réveil avec la Mer au Nord.
Et d’autres petits rien.
Clémence

Écrit par : Clémence | 12 novembre 2007

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