05 novembre 2007
Chroniques algéroises (3) - Nadia Roman

Aujourd’hui dimanche c’est mardi !
Le soleil se décidera-t-il à revenir ?
Idir chante dans mon ordi « pourquoi cette pluie… »
Il y a un monde fou.
Nos bouquins, malgré les réductions consenties par les éditeurs restent chers, surtout la jeunesse qui n’est pas encore vraiment considérée « d’utilité publique » ! La demande reste assez pédagogique - demande des parents qui cherchent ce qui sera utile pour l’enfant et la sempiternelle, non l’universelle question « c’est pour quel âge ? ». Et là j’ai toujours du mal à répondre…
On rencontre aussi des gens formidables, curieux, très informés, dans une demande pointue, avec un regard toujours aussi enthousiaste sur la culture française ; il m’arrive de penser « les pauvres, s’ils savaient », mais je n’en dis rien !
Depuis cette année, les stands sont donc mélangés, éditeurs arabophones et internationaux dans deux pavillons. Ici une certaine catégorie de livres est emballée dans des cartons de cigarettes. Des montagnes de bouquins à but prosélyte sont écoulées en face de nous ; des amis algériens s’inquiètent, d’autres trouvent qu’il vaut mieux des livres que des actes.

Hier a eu lieu une table ronde sur la coédition franco-algérienne. Les éditeurs algériens, Sédia, Barzakh et Chibah, ont dit la complicité à coproduire avec les éditeurs du sud regroupés au sein d’Editeurs Sans Frontières, complicité permise par la proximité géorgraphique, par le nombre réduit d’interlocuteurs et l’implication personnelle équivalente des deux côtés de la Méditerranée. Ils ont souligné en revanche leur difficulté à travailler avec les éditeurs des grandes maisons françaises.
Radia Abed, l’éditrice de Sédia, pourtant filiale d’Hachette, raconte que pour la cession de droits la transaction se fait dans un bureau pour le français et, rebelote, dans un autre bureau pour l’arabe. Elle a créée une collection « Mosaïque » dans laquelle elle édite les textes des auteurs algériens publiés en France (coût de fabrication moindre en Algérie donc livre moins cher sur le marché algérien). Ce sont les auteurs qui lui ont facilité la procédure !…
Sofiane Hadjadj, de Barzakh, précise que la coédition est souvent plus longue et plus coûteuse en énergie, mais que la richesse des échanges en vaut le coup.
La France intervient dans des formations de libraires et éditeurs. Le bureau du livre aide financièrement les éditeurs algériens pour les achats de droits, aide à la traduction, résidence d’auteur. Je suis concernée par ce plan d’action, pour le projet de la coédition (co-écriture, co-illustration) d’un imagier avec Lazahri Labter Editions ainsi que la cession de droits français et traduction en arabe du Réveil, mon dernier album. En tant que « marchande », je viens de réaliser une vente de droits d’albums des Editions du Ricochet à Sédia jeunesse.
Outre l’intérêt d’enrichir la production jeunesse ici, la traduction nous permettra de faire revenir vers la France des bouquins en version bilingue, ce qui fait actuellement réellement défaut chez nous (l’utilité en est pourtant réelle et fera l’objet d’un développement ultérieur ! Je suis aussi intarissable sur ce sujet !!!)
Avant de clore pour aujourd’hui, un peu d’info de terrain, ce qui permettra de se faire une idée de cette fameuse différence de pouvoir d’achat face au livres (pour ce qui nous concerne en tout cas) ; le SMIC est à 120 00 DA (120 €), un salaire moyen 50 000 DA, un cadre environ (très fluctuant) 100 000 DA.
Un roman dans la collection Mosaïque coûte 600 DA.
Un album jeunesse, couverture souple format 25/25 cm vaut 400 DA, et 550 DA avec un CD de musique.
Je finirai avec un poème d’Anouar Benmalek, extrait du recueil « Ma planète me monte à la tête » qui vient d’être édité par Apic au prix de 400 DA…
A deux
à deux
bâtir notre silence
et là
un peu aux aguets
décider
décider lentement
que quelque chose
va y chanter
J’aime découvrir les autres.
J’aime les bouquins.
J’aime raconter des histoires, des vraies surtout !
Merci de cette opportunité unique…
J’espère que mes mots vous font balader.
Amitié
Nadia







Commentaires
J'y suis allé à ce salon du livre et j'ai franchement été déçu : Le thème du SILA était "Libertés et Imaginaire"
Or il n'y avait aucune place ni pour l'un (monopole des livres religieux) ni pour l'autre (pas même de création littéraire en arabe)
Mais je ne vous ai pas rencontrée : dommage !
Écrit par : GéLamBre | 20 novembre 2007
bonjour, j'ai bien lu votre commentaire et votre déception. je vous prépare une réponse que je souhaite étayer de pistes d'informations demandées à des amis algériens. pour ma part, je vous dirai le pourquoi de mon enthousiasme! je manque un peu de temps en ce moment; je pars à Montreuil pour la semaine, et serai plus disponible à mon retour pour échanger avec vous sur nos impressions de voyage!
cordialement Nadia Roman
Écrit par : nadia roman | 25 novembre 2007
merci Nadia pour ton message,ton travail et tes textes dont les mots font écho à mes références géographiques, affectives puisque les mots c'est le lien par excellence (et aussi ce qui délie,qui libère bien sûr)et culturelles;
je t'embrasse
jo
Écrit par : jo | 16 juin 2008
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