29 octobre 2007

Mémoire en friche (chroniques de Madeline Roth)

634290bdea1512f7eb0b98374cdeabe2.jpgJe suis arrivée à L'Eau Vive un jour d’octobre. Sylvie m’a dit « tu peux emmener des livres chez toi, si tu veux ». J’en ai amené. Des piles, chaque soir. Certains sont restés chez moi. A l’époque, il y avait à la librairie six bacs d’albums, sans étagères. L’un des premiers albums que j’ai lu, c’est Madlenka, de Peter Sis. Je le conseillais, souvent. Le dessin me touchait.

Il y a les nouveautés. En ce moment, elles arrivent par palettes entières. Et puis il y a les livres d’avant, qu’on rencontre souvent par des chemins détournés, qu’on découvre par des gens rencontrés. Comme je faisais la fière devant mon fils qui dit poule, canard et dindon, Sophie m’a dit « et rhinocéros ? c’est beaucoup plus dur à dire ! ». Elle m’a parlé de Rhinocéros Arc-en-ciel, de Peter Sis. Je ne le connaissais pas, je l’ai commandé.

Publié aux Etats-Unis en 1987, l’album est arrivé en France en 1995. L’histoire d’un rhinocéros qui avait tout pour être heureux. « De la place pour courir, du soleil pour se chauffer, un vent léger pour se rafraîchir et d’excellents amis : les oiseaux arc-en-ciel ».

J’ai lu hier soir Le Mur, de Peter Sis. « Aussi longtemps qu’il aura des souvenirs, il continuera à dessiner ». Je sais que certains artistes construisent, en littérature jeunesse, une œuvre. Qui ne se mesure pas au nombre de livres. Une œuvre qui s’inscrit dans le temps pour ce qu’elle a d’intemporel et d’universel. Peut-être qu’un livre seul n’est rien sans l’éclairage des autres. Il y a, à L’Eau Vive comme ailleurs, des tables de nouveautés et des bacs de fonds. Le travail de libraire jeunesse, c’est aussi, c’est surtout, peut-être, la connaissance et la défense de ce fonds. Ça ne se fait pas en un jour. Il faut l’envie, la patience, la première grandit dans la seconde, les deux mêlées. J’ai réellement découvert Gabrielle Vincent avec Nabil, publié en 2004 par Rue du Monde. Comme un chercheur, une fourmi, j’ai remonté le temps, pour lire peu à peu tout le reste, Ernest et Célestine, Je voudrais qu’on m’écoute, Désordre au paradis. Je commande de vieux livres comme on fouille dans les armoires d’une mémoire en friche. Dans les bacs, je les mélange aux autres et ça fait l’émotion des vieilles chansons.

Madeline Roth, L’Eau Vive

Publié dans CHRONIQUES DE MADELINE ROTH | Lien permanent | Commentaires (1) | |

Commentaires

;-)
tu dis : "Peut-être qu’un livre seul n’est rien sans l’éclairage des autres."
et moi : c'est un peu pareil pour les gens, non ?...

psst : dire "rhinocéros" c'est sans doute un peu difficile à dire pour un ptit boutd'homme de 2 ans. peut-être il peut commencer par juste "rhino" !

Ecrit par : sophiegda | 29 octobre 2007

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