01 octobre 2007
l'épicerie
"La vie c'est : tu te bats".
Cette phrase (de Jean-François Chabas, dans un texte à paraître prochainement) ne m'a pas quittée de la journée. Je pensais que le goût des citations s'en irait dans mes cartables d'écolière. Il est toujours là, comme un morceau d'enfance préservé quelque part.
Ce soir j'ai le dos cassé par ce samedi de septembre, avant-goût de Noël à courir partout sans souffler.
Je trouve dans Livres Hebdo de nouveaux livres - adultes - à commander, comme si les piles au pied du lit ne me découragaient pas.
Non, je ne peux pas écrire, écrire viendra comme un besoin, quand le besoin de lire se fera moins fort.
Je t'ai dit, "Avignon, c'est comme un village, et L'Eau Vive, l'épicerie".
Hier, j'ai demandé à une maman des nouvelles de Jules. "Vous le connaissez ?" Elle m'a regardée, interloquée. Comment lui dire ? Oui, je le connais, je l'ai vu tout petit, je sais les livres mis pour lui sous la poussette, oui, je connais Jules, et Louis, et Violette, et Nina. Mardi débutent les trente ans de L'Eau Vive. Et je rêve d'un jour où Jules, Louis, Violette et Nina me demanderont des livres pour leurs enfants.
Non, je ne peux pas écrire, pour l'instant je vis, en regardant l'enfance grandir, avec les livres pour échelles, et les mots des autres à la place de ceux qu'on ne dit pas.
Madeline Roth, L'eau vive
(l'image est d'Emmanuelle Houdart)
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Commentaires
"Lire, c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas." (VICTOR HUGO)
alors oui, une épicerie, bien sûr...
Écrit par : sophiegda | 01 octobre 2007
Une citation ? D'accord, une citation. Vivent les citations.
"Dans le cas d’une conjonction heureuse, on peut dire que le lecteur colle à l’œuvre, vient combler de seconde en seconde la capacité exacte du moule d’air creusé par sa rapidité vorace, forme avec elle au vent égal des pages tournées ce bloc de vitesse huilée et sans défaillance dont le souvenir, lorsque la dernière page est venue brutalement «couper les gaz», nous laisse étourdis, un peu vacillants sur notre lancée, comme en proie à un début de nausée et à cette sensation si particulière des «jambes de coton». Quiconque a lu un livre de cette manière y tient par un lien fort, une sorte d’adhérence, et quelque chose comme le vague sentiment d’avoir été miraculé: au cours d’une conversation chacun saura reconnaître chez l’autre, ne fût-ce qu’à une inflexion de voix particulière, ce sentiment lorsqu’il s’exprime, avec parfois les mêmes détours et la même pudeur que l’amour: si une certaine résonance se rencontre, on dirait que se touchent deux fils électrisés. C’est ce sentiment, et lui seul, qui transforme le lecteur en prosélyte fanatique, n’ayant de cesse (et c’est peut-être le sentiment le plus désintéressé qui soit) qu’il n’ait fait partager à la ronde son émoi singulier; nous connaissons tous ces livres qui nous brûlent les mains et qu’on sème comme par enchantement – nous les avons rachetés une demi-douzaine de fois, toujours contents de ne point les voir revenir. Cinquante lecteurs de ce genre, sans cesse vibrionnant à la ronde, sont autant de porteurs de virus filtrants qui suffisent à contaminer un vaste public."
Julien Gracq, La littérature à l'estomac
Écrit par : Raoul | 03 octobre 2007
elle est un peu longue, cette citation ! mais elle est très belle, oui. j'espère que les libraires sont ça. les porteurs d'un beau, très beau virus.
Écrit par : madeline | 04 octobre 2007
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