01 septembre 2007

Nos 25 dernières lectures…

3281351f9f2a54fa88e33f3895c2d472.jpgVenise n’est pas trop loin
  • Christian Bruel
  • Illustrations Anne Bozellec
  • Editions Etre - 14 €

« J’ai voulu parler de l’adolescence dans sa complexité ».

Christian Bruel vient de rééditer, aux éditions Etre, un album paru au Sourire qui mord en 1986. Un album étrange, inquiétant peut-être, qui mêle le carnet de voyage au journal intime. Venise n’est pas trop loin est un enchevêtrement de croquis de la ville, de tickets d’entrée, de photographies d’Anne Galland, colorisées, retouchées, et d’images d’Anne Bozellec. Christian Bruel a écrit un texte troublant, dans l’ellipse, le non-dit. L’un des rares textes illustrés sur l’adolescence et la découverte de la sexualité. Le texte de la quatrième de couverture s’ouvre et se ferme sur l’idée très belle qu’à cet âge-là on voudrait grandir mais pas tout le temps (« à treize ans, presque quinze (…) et à treize ans, presque onze »).

Christian Bruel raconte la naïveté, l’entêtement d’une toute jeune fille qui va perdre à un jeu d’adultes et se rendre compte, un peu tard, qu’elle doit une heure de son temps au gagnant. Christian Bruel, s’il a modifié la mise en page de la première édition, a aussi réécrit le texte, et enlevé quelques lignes pourtant passionnantes. « Elle doit lui parler d’urgence. Elle peut l’éblouir. L’ensorceler. » ou « Demain, elle sera au rendez-vous. Pour ne pas se mépriser ».

Il y a, dans cet album, quelque chose qui dort, qui n’est pas dit, quelque chose de complexe qui tient du jeu entre toutes ces images et d’un texte haché, saccadé. C’est l’un des rares albums (le seul ?) qui explore ainsi les rapports d’une fille à sa mère et l’émotion des interdits.

Madeline Roth, L'Eau Vive

02b68fea0e0be4e02d9e7375e93570df.jpgUglies

  • Scott Westerfeld
  • Pocket jeunesse - 13,50 €

Tally attend avec impatience ses 16 ans, qui lui permettront de subir « l’opération chirurgicale » pour passer de Ugly à Pretty. Grâce à cette opération, elle pourra rejoindre Peris, son ami d’enfance à New Pretty Town et profiter des plaisirs et des fêtes incessantes de la ville. Mais quelques semaines avant l’opération, elle rencontre Shay. Entre elles se noue une amitié très forte et Shay entraîne Tally à l’extérieur de Uglyville pour lui fait découvrir la Fumée, un lieu où vit un groupe de rebelles qui ont refusé l’opération. Tous vont tenter de lui faire prendre conscience des dangers de cette opération, qui déforme le corps et endommage le cerveau.

A leur contact, Tally va évoluer sur ses clichés de la beauté mais aussi devoir faire des choix : vivre libre et Ugly ou faire ce que les Autorités attendent d’elle et devenir une Pretty ?

Un nouveau roman de Scott Westerfeld qui traite des dangers de la beauté extrême et du contrôle de la personnalité par des gouvernements autoritaires. Il dénonce les méfaits d’un monde où tout le monde se ressemble et où tout est trop parfait.

Heureusement les rebelles de la Fumée veillent et on hâte de les retrouver au prochain tome.

Nadia Maudet, La Luciole


0f6ec1adc9d60882de9268b6e87bea5d.jpgLa revanche de l’ombre rouge
  • Jean Molla
  • Nouvelles, Thierry Magnier - 9,5 €

A la sortie de Felicidad, Jean Molla avait dédié son roman a Philip K. Dick et à Ridley Scott pour leur vision respective de Blade Runner.

J’aime à penser que pour ce recueil de nouvelles, c’est à la série « la Quatrième Dimension » que l’auteur rend hommage !

Cette série culte de la fin des années cinquante réussissait en vingt minutes dans un décor souvent familier et rassurant, à faire basculer le quotidien banal en situation où se mélait l’étrange, le fantastique et l’insolite ! De plus cela se terminait rarement par un « happy end » ! C’est cette ambiance particulière qui règne dans ces nouvelles ; dans la première par exemple, Pauline, une jeune ado, trouve un magnifique téléphone portable, en parfait état de marche. Elle s’en sert et se rend rapidement compte que toutes les personnes qu’elle a pu joindre grace à lui sont décédées ! Une fois l’horreur de la situation digérée elle décide en toute connaissance de cause, d’appeler sa pire ennemie ! Evidemment le destin et ce maudit téléphone vont se jouer de la jeune fille et elle deviendra, elle aussi, une de leur victime !

Il y a huit nouvelles dans ce recueil ; certaines font appel à nos angoisses d’enfant (le monstre sous le lit, ou « nos parents sont-ils vraiment nos parents » ?!) d’autres utilisent des peurs classiques (tel que le diable ou les vampires) mais toutes sont formidables, originales et passionnantes. Le seul « hic » : il n’y en a que huit !!!

Lætitia , Le Préau

96f4051bee4905235b7277779bd23830.jpgSidonie Quenouille

  • Annelise Heurtier
  • Illustrations Aurore Petit
  • ZigZag, Editions du Rouergue - 6 €

Certains enfants traînent des pieds pour se rendre à l’école. Avant, Adrien faisait partie des ces enfants là. Mais depuis son entrée au CM1, Adrien adore l’école. La perspective même des grandes vacances lui donne le cafard. Il va bientôt falloir dire au revoir à Sidonie Quenouille, la maîtresse qui a des bulles de champagne dans les yeux et qui se coiffe avec les pattes du réveil. Les adultes la regardent d’un drôle d’œil et ne sont pas tous d’accord avec ses méthodes qui plaisent tant aux enfants. Finies donc les leçons de grammaire mises en scène, finies les sorties dans la forêt à la découverte des champignons car ce soir, les grandes vacanes commencent.

Certains titres résonnent agréablement à nos oreilles et sont annonciateurs de bons moments. Sidonie Quenouille fait partie de ceux-là. Ce roman d’Annelise Heurtier, certes un peu utopiste, ne mettra pas tous les adultes d’accord car il dresse le portrait d’une enseignante hors du commun aux méthodes peu conventionnelles. On peut trouver le personnage caricatural mais il relève de la fantaisie et de l’humour par ailleurs très présents dans le texte et habilement soulignés par les illustrations d’Aurore Petit.

Rêver ne fait pas de mal, alors plongez-vous dans ce roman drôle et pétillant et vivez une année scolaire détonnante en compagnie d’Adrien.

Caroline Hayot, Librairie Larcelet

556d90a0de183a4c87c96b86040c471c.jpgEdmond

  • Juliette Binet
  • Illustrations Juliette Binet
  • Histoire sans paroles, Autrement - 12 €

Edmond est un album troublant. On est tout d’abord frappé par le silence. Silence lié bien sûr à l’absence de texte mais surtout au calme de ces enfants si lisses et si sages. Puis ces beaux visages de poupées font doucement naître chez le lecteur un sentiment de rêverie mêlé à de l’inquiétude, et, lorsque les masques tombent, quel soulagement de voir des enfants, des vrais, avec leurs différences et leurs défauts ! Les regards, enfin, troublent et fixent le lecteur au fil des pages comme pour l’obliger lui aussi à laisser tomber son masque…
Les illustrations de Juliette Binet portent les doutes et les appréhensions des petits comme des grands tout au long de ce bel album, et dénoncent le conformisme auquel on nous habitue dès le plus jeune âge.

Julie Even, Le Préau

0bbb4e4ffea3472da82f8e4ba1956517.jpgL’Oiseau et la bille

  • Jean-Daniel Lainé
  • Illustrations Régis Lejonc
  • L’Édune - 12,80 €

Ce magnifique album au titre si peu évocateur nous surprend de la première à la dernière page. La bille, c’est la tumeur cancéreuse. Elle grossit et détruit tout de l’enfance et de l’insouciance. Elle ne laisse que des parents en pleurs et un enfant qui a grandi trop vite. L’oiseau, c’est la vie, qui réussit à s’envoler malgré le chat qui guette. Qui de l’oiseau ou de la bille va gagner, on ne le sait pas vraiment mais Jean-Daniel Lainé nous émeut grâce à un texte aussi beau que difficile. Les illustrations de Régis Lejonc accentuent les émotions de ce petit garçon malade et frappent le lecteur qui referme ce livre avec une petite boule au fond de la gorge.

Julie Even, Le Préau


f2c0151e0a478cd19b263ae6a0217634.jpgFrisson de fille

  • Edward Van de Vendel
  • Illustrations Isabelle Vandenabeele
  • Rouergue - 18 €

Fille fleur bleue ou frisson de fille : Barbe-bleue les menace toutes deux ! sauf que notre Frisson de fille s’en sort mieux : elle cherche toujours des réponses à ses questions !

Avant Louise aimait marcher sur « le moindre muret de traviolle » quand ses copines rêvaient au prince charmant.

« Etre grande, c’est rasoir »

« J’étais un frisson de fille, le suis-je encore ? » Et de s’aventurer dans la forêt de Pétoche alors que le loup rôde… bien vite trucidé par Badblueboy qui joue le chevalier servant… invitant la belle en son manoir ! Laissée seule en la demeure, elle explore toutes les pièces et découvre… les têtes de ses copines de classe !!

Voilà un album pour les grands qui décoiffe : 

- gravure sur bois et couleurs élémentaires rouge bleu, noir blanc, accentuant les contrastes

- texte épuré évocant Barbe-bleue, en version moderne.

Merci aux auteurs pour cet album salvateur.

Brigitte , La Luciole


c798004a0cc0c71fdf23b1433d8c9f31.jpgLes sœurs grimm détectives de contes de fées

  • Michael Buckley
  • Illustrations Peter Ferguson
  • Pocket jeunesse - 14 €

Daphné et Sabrina Grimm sont orphelines. Elles sont baladées d’institutions en familles d’accueil sans jamais trouver chaussure à leur pied. Jusqu’au jour où elles arrivent chez leur vraie grand-mère qu’elles croyaient morte ! Mamie Relda s’avère avoir une personnalité étonnante et les prend immédiatement sous son aile. Plus surprenant encore, elle leur révèle qu’elles sont les arrières-petites-filles des célèbres frères Grimm et qu’une mission spéciale incombe à leur famille : garder un œil sur tous les personnages de contes de fées afin d’éviter des problèmes avec les humains !

Une excellent roman qui, au détour d’une enquête bien menée, nous fait redécouvrir, pêle-mêle, ces êtres féeriques qui peuplent l’univers des contes pour enfants avec un œil incisif ! Ainsi le Prince Charmant, maire de Port-Ferries, est un homme très beau mais présomptueux et parfaitement insupportable de fatuité, Jacques (du haricot magique) est nostalgique de l’époque où son « nom était synonyme de bravoure et d’audace » et pour cela fait quelques bêtises…

Bref, un régal d’humour et d’aventures à partir de 10 ans.

Amélie Raud, La Courte Échelle

bd02f0b6d23510b4560a98f16f8086ec.jpgDes princesses et des hommes

  • Emmanuelle DELAFRAYE
  • doAdo, Rouergue - 8,50 €

Je ne m’aime pas particulièrement, je n’apprécie pas la vie que je mène mais c’est la seule que j’ai ; je ne veux pas la transformer en une vie d’allumée qui plane en permanence parce qu’elle s’est éparpillée dans l’éther. Des pensées comme celles-ci, Lucille en a mille qui s’entrechoquent dans sa tête. Elle vit une période très difficile, ne trouve pas sa place, ne se connait pas… Lucille est une adolescente tumultueuse, originale avec une grande richesse en elle mais aussi un tel vide qu’elle fait n’importe quoi et s’évade loin, loin, loin auprès de son acteur fétiche de cinéma. Lucille mais aussi sa mère, ses amis Natacha et Vincent et même la « mémé d’au-dessus », chapitre après chapitre nous livrent à leur tour leur voix. C’est simple et juste, … touchant.

Ce roman destiné plus particulièrement aux jeunes porte en lui les questions existentielles de l’adolescence et indique un chemin parmi d’autres entre tourments et douceur.

Amélie Bardin, Tiers-Temps


Homère à l’école des oiseaux

  • Jennifer Dalrymple
  • Ecole des Loisirs - 11,50 €

Suite à un grand coup de vent, un petit garçon nommé Homère atterrit au beau milieu d’une école d’oiseaux, en haut d’un arbre. Il va y apprendre bien entendu à voler, à émettre des « cui-cui » et des « piou-piou ». Il va manger des chenilles, et bien sûr se faire des amis. Tous ces apprentissages lui seront nécessaires pour échapper aux dangers.

Jennifer Dalrymple nous offre une histoire toute fraîche qui fera plaisir particulièrement aux mamans et aux papas parfois préoccupés et soucieux par la première rentrée de leurs enfants, et angoissés par l’adaptation de leurs bambins. A ne pas manquer aussi pour les détails de la « classe ». Tous les élèves oiseux sont irrésistibles dans leurs mimiques et leurs personnalités.

Julia Giraud, Au fil des pages

c45097207e4b1be35df0c97bd8bf13b9.jpgIl était deux fois le Baron Lambert

  • Gianni Rodari
  • Récits, La Joie de Lire - 9,20 €

Quelle bonne idée que les éditions la Joie de Lire réédite ce titre paru en 2000. Une nouvelle occasion de retrouver dans ce roman toute la fantaisie et l’humour farfelu de Gianni Rodari. Le baron Lambert est très vieux mais très riche. Ses moyens financiers lui ont permis de mettre à exécution un élixir de jeunesse. En effet, les cheveux repoussent, la forme et la force physique reviennent… Oui, mais voilà, rien n’est simple dans cette histoire. Gianni Rodari nous offre des personnages très attachants : Alfred, son majordome fidèle et discipliné, six employés rémunérés pour répéter inlassablement son nom, quarante-deux banquiers et leurs secrétaires, un neveu Eugène avide d’argent, et des kidnappeurs d’une logique implacable… Nous avons aimé également la satire de cette société caractérisée ici par la rigidité du « système ». A lire absolument. Le sourire aux lèvres est garanti.

Julia Giraud, Au fil des pages


78213090ed3113f80b8d7d52d35e499d.jpgLa maison de Léonie

  • Klaas Verplancke
  • Illustrations Klass Verplancke
  • Milan - 11,90 €

Dans « le géant de verre » du même auteur illustrateur, on nous conviait à aller dans la maison de la petite Léonie. Nous y voici.

Léonie a consruit une maison sans fenêtre. La mésange qui lui rend visite ne désire pas y passer la nuit car elle ne voit pas la forêt. Léonie retire donc un des murs de sa maison. Mais l’ours qui lui rend visite se plaint de ne pas voir la montagne. Qu’à cela ne tienne, Léonie retire un deuxième mur. Seulement le canard et la vache trouveront aussi que la maison manque d’étang et de prairie. Léonie après réflexion et verre de limonade ne conservera que le toit de celle ci. Pour que tout soit parfait il faut des amis à qui raconter des histoires. Et pourquoi pas d’ailleurs celle du géant. Comme dans le premier album, tout finit par un bon sommeil après une bonne histoire près d’un bon feu.

Il ne faut surtout pas hésiter à placer les deux couvertures des deux albums l’une à côté de l’autre. Elles se complètent comme les deux histoires qui même si elles sont indépendantes, renvoient l’une à l’autre. Le papier peint de la maison de Léonie rappellera certainement quelque chose aux lecteurs du « géant et du vent ».

La maison de Léonie est comme un conte ritournelle, plus facile d’accès pour les plus jeunes (3/4 ans) que le « géant et le vent ». Beaucoup d’humour et de tendresse dans les illustrations comme dans le texte. Des perspectives qui font paraître l’héroine toute petite alors que le géant a bien du mal à tenir dans les pages de son album.

Voilà deux excellents albums qui ouvrent des portes et des fenêtres pour l’imagination et le plaisir de yeux.

Danièle Grolier, La Courte Échelle

779c4ac0720c9568184fefe49e9eb14a.jpgLe géant et le vent

  • Klaas Verplancke
  • Illustrations Klass Verplancke
  • Milan - 11,90 €

Un géant bien sympathique veille sur le monde. Il l’éclaire si l’on en croit la première illustration. Mais quand le vent du nord souffle en véritable tempête, le géant n’a plus de toit. Il doit courir plus vite que l’ouragan. Sans toit donc sans maison, le pauvre géant peine à trouver un abri dans le monde des hommes où un lit pour lui n’est pas plus grand qu’une boîte d’allumettes. Heureusement, la fille du vent chante dans la nuit, elle l’appelle et lui offre d’entrer dans sa surprenante maison. À son grand étonnement il découvre qu’un livre, c’est une maison où il y a toujours assez de place même pour un géant. « Un livre, c’est un toit, le début de l’histoire est au grenier, et son dénouement est à la cave. Entre les deux, il y a la moitié du monde sur un millier de feuilles de papier : voilà ma maison » dit la fille du vent qui commence à raconter des histoires au géant blotti contre elle.

Le texte se lit comme une poésie, se dit comme une chanson. Le grand géant maigre et vouté dans sa longue tunique à fleurs, en pleine page sur la presque totalité des illustrations, est touchant dans sa bienveillance comme dans sa détresse. Cet album nous invite à aller dans la maison de Léonie, autre album du même auteur illustrateur. Allons y sans hésiter.

Danièle Grolier, La Courte Échelle

132df07848e92b769c827ba59f3aa017.jpgUn cochon pour la vie

  • Elke Heidenreich
  • Illustrations Michael Sowa
  • Sarbacane - 9,50 €

En tout premier lieu, c’est la couverture et le format qui nous attirent dans ce petit roman illustré. Nous retrouvons avec douceur les illustrations si particulières de Michael Sowa qui nous avait livré il y a déjà un moment son incomparable Bestiaire. C’est comme une douce nostalgie qui s’empare du lecteur en découvrant ce livre. Et ce n’est pas le parcours de Betty, notre héroïne qui démentira cette impression, au contraire… Betty c’est la silhouette noire appelant un taxi avec un énorme cochon rose dans les bras au milieu d’une rue berlinoise à la tombée de la nuit. Ça c’était la seconde chose qui nous intriguait dès le premier coup d’œil sur la couverture. Ainsi que son titre de couleur rose également : Un cochon pour la vie. Est-ce une farce ? Non, c’est un court roman pour « les grands » qui recèle humour, surprise et fantaisie. Ne désirant pas trop vous en dévoiler, je vous livrerai juste deux, trois éléments sur la vie de Betty lorsque nous faisons sa connaissance : à quelques jours des fêtes de Noël, elle n’est pas loin de sombrer dans une morosité teintée de déprime et se lance dans un voyage en train à travers l’Europe pour rejoindre un ancien compagnon. Ce trajet est emprunt de tendresse et d’attention grâce à la présence d’Erika. Cette dernière ayant le don d’attirer la sympathie des gens, petits et grands et même des plus récalcitrants ! A ce stade, il convient quand même de préciser qu’Erika est une incroyable peluche, une cochonne envoûtante… Ce voyage en sa compagnie déclenchera sensations nouvelles et réflexions chez Betty, qui pourrait bien ne pas se rendre là où elle avait initialement prévu…

Amélie Bardin, Tiers-Temps

93cbf31cfc3b48aac07dc8f5354dc2cb.jpgL’atelier de Jojo et Yvan
  • Jean-Yves Duhoo
  • L’association - 19 €

La géniale revue de bande dessinée jeunesse Capsule cosmique est morte en juin dernier. C’est vraiment triste et injuste puisqu’elle était, dans la presse pour enfants, l’un des seuls lieux de création originale en terme de BD jeunesse. Hormis les titres qui sont encore disponibles chez Milan BD (mais le seront-ils toujours après ce beau gachis ?), il ne restera pas grand chose, bientôt, de ces deux années de publication intense.

Pour pallier à cela, l’éditeur indépendant L’association vient d’avoir la bonne idée de rééditer dans un album complet l’intégrale des aventures de Jojo et Yvan créées par Jean-Yves Duhoo. Pendant les 21 numéros de Capsule Cosmique, nous avons pu suivre les conseils de ces deux personnages qui nous ont initiés aux fondamentaux de la bande dessinée. A la fois technique et éducative, c’est surtout par son côté délirant que cette « vrai-fausse » méthode se démarque. Cette série est également un bon moyen pour retrouver l’esprit de la revue. C’est imprévisible, drôle et pertinent. On y rit autant qu’on y apprend et c’est un vrai plaisir d’apprendre la bande dessinée par ce biais.

Simon Roguet, M'Lire

a6ced9dceacf25950d8e900e69b8e155.jpgL’autre côté

  • Elodie Pasgrimaud
  • Le Textuaire - 12 €

Les éditions Le Textuaire sont en train de devenir, en peu de temps, une référence pour ses livres d’images. Dès le début de leur aventure, ils ont pris le parti – osé – de ne faire presque que des livres sans texte, en mettant en avant des univers de jeunes artistes peu connus. Les premiers albums sont plutôt une réussite, avec de vrais découvertes (comme Chloé Rémiat, Vincent Lévêque ou Julien Martinière… )

Un album a particulièrement retenu notre attention néanmoins : L’autre côté d’Elodie Pasgrimaud. Jouant sur l’opposition campagne / ville, l’auteure s’amuse à décliner ces deux univers de manière graphique et poétique. Un enfant se promène sur les double-page de l’album dans ce qui paraît être la campagne d’une part et la ville d’autre part. Ces éléments ne sont pas dessinés dans le détail mais suggérés graphiquement par des symboles forts. S’ils sont au début bien distincts, avec des caractéristiques propres et des oppositions, tout s’entremêle peu à peu dans l’illustration et dans l’imaginaire. Le jeu graphique (formes géométriques répétées, textures multiples, séquences d’images et utilisation de pictogrammes) rend l’illustration ludique. L’absence de texte renforce également cet aspect puisque c’est au lecteur de créer sa propre narration.

Au final, Elodie Pasgrimaud nous propose un très bel album pour s’amuser, rêver et inventer. A découvrir !

Simon Roguet, M'Lire

 

7a0ad096b436b1edc03493376262f7d3.jpgSans un cri

  • Siobhan Dowd
  • Scripto, Gallimard jeunesse - 13 €

Sur la couverture, la route balayée par les vents et par une pluie cinglante mène le lecteur à Coolbar, petit village perdu en Irlande. C’est là que vit Shell, une adolescente partagée entre l’insouciance des jeunes de son âge et les lourdes responsabilités qui lui incombent suite au décès de sa mère. Shell devient la mère de substitution de son jeune frère, Jimmy, et de sa petite sœur, Trix. Elle doit veiller sur eux et les protéger des colères de plus en plus violentes de leur père, qui dans un premier temps verse dans le fanatisme religieux puis sonmbre complètement dans l’alcoolisme. Mais Shell tient bon, se débrouille comme elle peut – parfois contrainte de voler un cadeau ou un soutien-gorge – , et trouve le réconfort dans la foi grâce au Père Rose, fraîchement débarqué. Les choses se compliquent pour la jeune fille lorsque son ami Declan part brusquement. Enceinte, elle est confrontée aux regards impitoyables des villageois. Quelques mois ont passé lorsque la police fait une découverte macabre : un nourrisson est retrouvé mort-né dans une grotte. Les regards se tournent alors vers Shell…

Siobhan Dowd nous livre un roman à la fois dur et intense. A travers le parcours de Shell, elle nous parle du manque d’éducation des jeunes en matière de sexualité – afin de confirmer ses soupçons sur son éventuelle grossesse, Shell volera une encyclopédie sur la vie sexuelle dans le bibliobus – mais aussi d’alcoolisme et d’infanticide. L’ambiance à Coolbar est lourde, on y vit en vase-clos, tout se sait mais personne n’agit. L’auteure nous donne à voir le reflet de l’Irlande rurale des années quatre-vingt, où la religion est plus qu’omniprésente et où le rêve de fuir une certaine misère et de partir en Amérique hante les nuits des adolescents – on a parfois l’impression d’être en plein milieu du dix-neuvième siècle. Dans ce contexte à la limite du sordide, le lecteur tombe sous le charme de Shell, jeune femme grâcieuse malgré tout, malgré ce tourbillon qui lorsqu’il s’arrêtera laissera l’adolescente et sa famille dévastées.

L’apparition de l’intrigue policière dans la dernière partie du roman dynamise cette histoire, pique la curiosité et tient le lecteur en haleine, évitant ainsi de sombrer dans le misérabilisme.

Servi par une écriture limpide, sobre, Sans un cri est un roman réaliste, l’auteure décrit précisément les paysages, les personnes ; on sent la pluie, on court à travers champs juste derrière Shell. Elle jalonne son texte de citations bibliques, de comptines et de berceuses, textes qui permettent à Shell d’aller toujours de l’avant.

Malgré l’ambiance lourde et la noirceur des évènements, Sans un cri est un roman émouvant, magnifiquement servi par une écriture sobre et limpide.

Caroline Hayot, Librairie Larcelet


ff8f861328c2a7d7d1bc0a6e12ed0316.jpgLydia et l’aquarelliste

  • Jo Hoestlandt
  • Illustrations Gwen Keraval
  • Nathanpoche 8-10 ans, Nathan - 4,50 €

Une fois de plus, Lydia part en vacances à Lorient, chez son grand-père qu’elle adore. Elle va retrouver avec bonheur les odeurs, le bruit de la mer et surtout, les habitués de « Chez Jules » le café de son grand-père.

Mais cette année, il y a du changement, un nouveau venu sur le port, un « naquoireliste ». Ce ne sera pas d’ailleurs le seul changement.

Une petite fille qui parle trop, un vieux monsieur qui ne dit pas un mot et pourtant, la magie va opérer tout en finesse et en non-dits

Leslie Vega, Rêv'en Pages


f07e45ba1f1a379d32a43ba3358f39e9.jpgQuand les trains passent...

  • Malin Lindroth
  • D’une seule voix, Actes Sud - 7,80 €

Ce texte nous attrape comme un inconnu peut le faire dans un compartiment de train en nous racontant tout d’un coup sa vie. Nous sommes comme otage de ses paroles qu’il déverse sur nous en pensant que c’est sans conséquence, nous ne nous reverrons probablement jamais.

C’est donc vraiment « d’une seule voix », avec des hésitations, des soupirs, des silences qu’une jeune femme d’une trentaine d’années raconte l’humiliation, le calvaire qu’elle a fait subir, il y a 17 ans, à un élève de son lycée. C’est une histoire extrêmement violente, glauque, qui laisse un goût amer. Mais qui pose des questions sur la culpabilité, l’impunité, la justice, l’amour, la « moral » et également sur la littérature ado… Un livre à lire à deux pour pouvoir en parler.

Leslie Vega, Rêv'en Pages


f8b6f26afc3a3f27a610ac849a716397.jpgMon album photos à dessiner et à colorier

  • Pascale ESTELLON
  • éditions du Panama - 10 €

Avis aux artistes en mal d’inspiration ! Déjà auteur de Mon premier livre d’activités aux éditions du Panama, Pascale Estellon persiste et signe. Son nouvel opus, intitulé Mon album photos, est un cahier d’activités plastiques abondant d’objets, de légumes et de personnages photographiés. Soumis aux crayons et à la créativité des enfants, ces éléments seront coloriés, complétés voire complètement transformés. Grâce aux consignes jalonnant les images et les pages, les créateurs en herbe pourront transformer une éponge en chien, reproduire une moitié de visage manquante ou encore insérer soucoupes volantes et autres nuages moutonneux dans un beau ciel bleu.

Le principe de cet ouvrage n’est pas nouveau – on se souvient notamment des albums de gribouillage de Taro Gomi – mais Pascale Estellon le modernise en intégrant les supports photographiques. Les différentes activités permettent aux enfants d’exercer leur sens de l’observation et surtout de donner libre cours à leur imagination, principal matériau nécessaire avant de se lancer ! Cet album séduira les enfants adeptes de jeux anticonformistes – on a rarement l’occasion de déguiser une crevette… – et permettra de faire passer plus vite les vacances et après-midi pluvieux.

Caroline Hayot, Librairie Larcelet

c3385d3e1fafbec488b17865a99cbf45.jpgLe garcon de toutes les couleurs

  • Page Martin
  • Neuf, Ecole des Loisirs - 8 €

Des parents (gentleman-woman) cambrioleurs toujours par monts et par vaux. Un tuteur, son seul ami, fantôme et ambassadeur du Gröenland en France. Sa demeure : un vieux manoir, rempli de livres et d’antiquités, territoire diplomatique sur les hauts de Montmartre…

Elle est assez étrange, Clémence, et ses condisciples collégiens la tiennent un peu à l’écart, ce qui lui sied tout à fait.

A la rentrée, un nouveau, Simon, attire toutes les attentions : son corps se couvre sans cesse de taches de toutes les couleurs, changeantes et chatoyantes. Clémence, intriguée, ménera son enquête et découvrira la vérité.

Humour et tragédie, « douleur et beauté », l’enfant battu n’est pas le centre d’un livre à théme de plus mais le propos d’une idée fort originale servie par une écriture incisive.

On pourrait regretter le peu d’éclairage porté sur les parents, mais, surtout dans la première partie, nous cotôyons l’ellipse, très loin du film hollywoodien.

L'Herbe Rouge

e2ea82958492fd13372b1781930812ba.jpgJango
  • William Nicholson
  • Gallimard Jeunesse - 16,00 €

C’est avec impatience que j’attendais la sortie du deuxième volume de la trilogie des Nobles Guerriers. Et dire qu’à cause de la couverture française, propre à décourager toute lecture, j’avais failli bêtement passer à côté du premier, Seeker !

Après le rejet de leur candidature, les trois jeunes gens, Seeker, Étoile de l’Aube et Sauvage, pour avoir réussi à déjouer le complot tramé contre le Tout et l’Unique, ont donc finalement été admis au sein des Nomanas, ces nobles guerriers aux mystérieux pouvoirs chargés de protéger la divinité résidant dans le Jardin, au cœur de l’île d’Anacréa. En quelques mois, ils ont réalisé de rapides progrès dans la maîtrise des techniques de combat des Nobles Guerriers. Pourtant, chacun se sent gagner, pour des raisons différentes, par un sentiment croissant d’insatisfaction : aucun n’a le sentiment d’être à sa place, sans savoir comment en faire part aux deux autres. Après un échec paradoxal à une épreuve qui l’a mené au bord de la folie, Seeker accède à un état second qui lui permet d’acquérir des pouvoirs supérieurs à ceux de tous les Nobles Guerriers. Manipulé par un Nomana aux motivations obscures, il accepte la mission d’aller tuer les Savantaires, ces êtres mystérieux qui déjà dans le volume précédent œuvraient à la destruction du dieu d’Anacréa. Les trois amis fuient la forteresse du Nome et se séparent. Seeker va rencontrer un étrange vieil homme, Jango, qui a tout d’un autre lui-même… Si dans ce volume le garçon ne sait plus qui il est ni pourquoi il dispose de ces pouvoirs qui lui pèsent, il accepte d’y recourir dans l’unique but de sauvegarder son dieu. Mais si celui-ci venait à ne pas exister ou bien à disparaître ?

Au-delà des péripéties d’un récit habilement ficelé, la trilogie de Nicholson se distingue de tant d’autres par le rôle central joué par les religions. Le Tout et l’Unique des Nomanas est en fait une triade (l’Enfant Perdu, le Soldat Blessé et la Mère Aimante), qui n’est pas sans rappeler les triades égyptiennes ou babyloniennes, sans oublier bien sûr la Trinité chrétienne. Les Nomanas croient en l’existence physique du dieu, puisqu’il est supposé vivre dans le Jardin, au cœur du Nome. Le culte solaire pratiqué dans la cité de Radiance, dont le nouveau prêtre-roi, au service des mystérieux Savantaires, continue à préparer la destruction d’Anacréa, repose quant à lui sur le sacrifice humain, dont la fonction essentielle de ciment social apparaît clairement aux yeux des prêtres. La psychologie des personnages, leur vision du monde, dépendent très largement de leurs croyances et de leur religion. Sur son site Internet, William Nicholson explique qu’il a voulu placer la quête religieuse au cœur de son œuvre. Dans l’attente impatiente du troisième et dernier volume, je ne saurais trop recommander la lecture des deux premiers, fascinants.

Thomas Savary, Voyelles

6a9fbd1f22a70ace5388ab32a9ababb9.jpgShalom salam maintenant

  • Rachel Corenblit
  • doAdo monde, Le Rouergue - 9 €

Leah, Oumaïna, David, Yashin,

1948, 1947, 1943, 1957

Jérusalem, frontière cisjordanienne, Vercors

Camille, Chaïma

2006

Toulouse

Mettre en scène six adolescents pour raconter soixante ans d’histoire, soixante ans de déchirures entre Israéliens et Palestiniens, telle est l’ambition le Rachel Corenblit dans ce premier roman : un coup d’essai qui est un coup de maître.

Les courts chapitres s’enchaînent en bousculant la chronologie et font s’entremêler tous ces récits de vies difficiles, empêchées. Le style est abrupt, parfois cru et c’est de manière très frontale que l’auteur dit la violence et la douleur.

Et puis vient la rencontre entre les deux adolescentes d’aujourd’hui… tout fait sens avec ce dénouement qui est un beau pied de nez à la violence avec laquelle continuent de se déchirer Israéliens et Palestiniens.

Claude , L'Autre Rive

Commentaires

je cherche un album jeunesse qui traite de la vie en famille d'accueil ou de placement, de grandir ailleurs qu'avec ses parents, pour un garçon de 9 ans qui ne lit pas encore très bien.
qui pense à un titre à me conseiller ?

Écrit par : bonnet | 17 septembre 2010

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