28 août 2007

sauvetages littéraires (chronique d'été n°24)

f07ff7470d4ff74b4c0198fba431387c.jpgSophie, hier soir, écrit ça : "la SSLM : Société de Sauvetages Littéraires en Mer.
On dit "tu as lu ce livre ?", mais peut-on dire : "tu as bu ce livre ?"

J'ai bu Lise., de Corinne Lovera Vitali, un texte sans ponctuation qui ne peut que se boire, d'une seule gorgée, en apnée, sans reprendre son souffle. A l'opposé, les textes bus en trempant les lèvres, en attendant, en prenant le temps, peut-être en gardant dans sa bouche des mots, avant qu'ils ne passent dans le ventre et y restent. Les textes de Jean-François Chabas font ça. J'aime y revenir, souvent.

Lorsque l'on a repensé les rayons de la librairie, Marie-Georges m'a dit "tu devrais mettre un rayon coups de coeur". Dans ce rayon, je sais que ce sont des livres "difficiles". Les mettre ici, c'est dire aux gens je peux vous en parler, si vous voulez. Ce sont des albums que j'aime. De ceux qui accompagnent les vies. De ceux qui bouleversent, qui ne peuvent se ranger nulle part, ces fameux livres inclassables dont on vendra peut-être un ou deux exemplaires par an, mais qui sont là, à portée de main pour qui veut les recevoir. L'étoile jaune, chez Mijade. Lola-placard, chez Magnier. Entre fleuve et canal, chez Points de Suspension. Le rêve de Léon, toujours. Alors oui, j'adorerais faire partie d'une société de sauvetages littéraires, être là pour ces livres là. Etre là pour dire la littérature, c'est ça. Sinon ça sert à rien. 

Madeline Roth, L'Eau vive 

Publié dans CHRONIQUES DE MADELINE ROTH | Lien permanent | Commentaires (2) | |

Commentaires

tu viens d'inventer l'oenologie littéraire !
Baudelaire a dit : "il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trève."
dans l'ivresse, il y a le mot livre, presque... alors ivre de mots, oui ! et de rien d'autre. les mots d'Olivier Adam, de Jean-François Chabas, de Wadji Mouawad, de Sébastien Joanniez (et les tiens au milieu, qui parlent d'eux) pour un peu, on s'y noierait.

Ecrit par : sophiegda | 28 août 2007

J'ai l'impression que c'est mon quotidien que tu décris là et c'est qui fait la force de ce métier.

Il n'empêche que dans les chaînes, c'est un combat encore plus serré, lutter contre la facilité, les pressions et les demandes formatées. Un vrai challenge, usant...

Ecrit par : Vanessa(eliabar) | 29 août 2007

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