16 juillet 2007

Quelques instants auprès de Gennadij Spirin...

[Chaque jour de juillet, le blog de Citrouille remonte une archive du fin fond de ses entrailles. Ci-dessous, un article de Nous Voulons Lire ! initialement mis en ligne en octobre 2001] 

3e996a40e9fd39f6e1c4de525b098cf3.jpgA l'occasion de la VIIe Biennale Internationale de l’Illustration du Livre de Jeunesse de Catalogne qui s’est tenue à Barcelone du 19 au 23 janvier 1997, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de ce personnage plutôt insaisissable, un peu «sauvage», qu’est Gennadij Spirin. Par Denise Escarpit

Né à Moscou en 1948, Gennadij Spirin, par le hasard d’une rencontre, est parti en janvier 1991 aux Etats-Unis. Il réside avec sa famille à Princeton. Il parle beaucoup de ses trois enfants, trois garçons dont le dernier - 4 ans - est né aux Etats-Unis, de son goût pour la cuisine ; il prend même plaisir à expliquer dans le détail comment il prépare certains plats.

Sur le plan professionnel, il ne croit pas subir jusqu’ici l’influence des Etats-Unis. En effet il connaissait déjà l’édition occcidentale pour laquelle il avait travaillé. Il avait d’ailleurs reçu de nombreux prix - entre autres, la Pomme d’or de Bratislava en 1983 et le Prix de la Foire de Bologne en 1991. Il dit avoir été marqué par l’architecture européenne, celle des pays slaves et d’Europe occidentale en particulier. Simplement, il se sent mieux pour travailler outre-Atlantique. Mais il y a chez lui un certain refus de la communication et il fréquente peu les autres illustrateurs ; il travaille seul, un peu comme un ermite.



e9bf997393b3e1d1453b9c732fbb4b9c.jpg Après des études à l’Ecole d’Arts de Moscou, puis à l’Institut universitaire Stroganov dans lequel l’Histoire de l’art était une matière obligatoire, il se met à dessiner et peindre à l’aquarelle qu’il aimait dès sa petite enfance alors qu’il était allergique à la peinture à l’huile, sans jamais penser devenir illustrateur. Son maître fut Mihailich Schwartzman (orthographe non garantie) dans l’atelier duquel il travailla. Ses admirations vont à la peinture flamande et le nom de Brueghel revient souvent dans sa conversation.

Il dit n’être pas conservateur, être ouvert à tous les arts. Il a même été artiste abstrait pendant une dizaine d’années. Pour lui, l’art abstrait manifeste une grande liberté d’expression et nécessite une concentration de la pensée qui va de pair avec la sponta-néité.

Il ne fait pas de projets, ni d’esquisses ; il travaille directement l’image définitive, ce qui pose souvent des problèmes auprès des maisons d’édition. Et, en même temps que l’illustration elle-même, il fait le décor de la page, car c’est un tout. Il ne laisse pas ce soin au «designer».


A la question «proposez-vous à l’éditeur des textes à illustrer ou est-ce l’éditeur qui vous donne un texte ?», il répond : «Lorsque je propose un texte, j’ai déjà l’illustration dans la tête». Mais il regrette le conformisme, le manque d’audace des éditeurs américains.

Au cours des discussions à bâtons rompus sur les oeuvres présentées à la Biennale, Gennadij Spirin avait des positions très tranchées, qui parfois semblaient provocatrices. Quand on parlait de techniques, il réagissait fortement : peu importe la technique pourvu que l’on soit possédé de l’amour de l’art ! Même à des étudiants qui, au cours du Symposium, lui demandaient conseil, il tenait le même type de propos ! Et, face aux problèmes de marketing qui se posent aux jeunes illustrateurs et artistes aujourd’hui, il répond : il ne faut pas penser à la vente ; si l’on a l’amour de l‘art et que l’on travaille, cela viendra tout seul ! Il y eut quelques réactions dans la salle.

A des questions posées sur son imaginaire, il répond que tout n’est que fantaisie et imagination, sans aucune base dans la réalité. Mais, à un autre moment, lorsqu’on parlait d’illustrations qui semblaient basées sur des photos, il dit qu’il utilisait les photos comme source documentaire.

Devant son élitisme un peu agressif, son attitude mystique devant l’art - les termes «vocation», «sphère spirituelle», «intime» reviennent souvent dans son discours et, en outre, il se dit très religieux -, on lui fit remarquer que ses choix de textes à illustrer n’étaient que des textes de grands écrivains, ce qui pouvait laisser supposer qu’il se considérait comme illustrateur de grands textes, mais pas comme illustrateur de livres pour la jeunesse. Il esquiva la question du choix des textes, en répondant qu’il n’y a pas d’illustrateur pour enfants ou pour adultes. Et, ailleurs, il précise que le travail est le même, que, peut-être, pour les enfants, il faut être plus exigeant. Parlant de ses illustrations de Kachtanka (texte de Tolstoï qu’il avoue aimer depuis sa jeunesse), il y voit un style totalement nouveau.

Lorqu’on parlait des illustrateurs américains, selon les moments, il disait qu’il y en avait beaucoup de bons comme en Europe ; mais il disait aussi qu’il y en avait à peine une dizaine !

Etrange personnage, haut en couleurs avec sa barbe et son embonpoint, tantôt s’opposant de façon brève, tantôt se confiant comme un enfant.

Denise Escarpit



Ouvrages illustrés par Gennadij Spirin

Shepard (A.). La fille du roi de la mer. Casterman, 1999 (Les albums Duculot)
Bodkin (O.). La femme oiseau. Casterman, 1998 (Les albums Duculot)
Lewis (J.P.). La princesse grenouille. Casterman, 1997 (Les albums Duculot)
Gräfin Schöfeld (S.). Contes du samovar. Le Sorbier, 1996 (Légendes)
Preussler (O.). La légende de la licorne. Le Sorbier, 1996 (Légendes)
Mac Gill-Callahan (S.). Les enfants de Lir. Casterman, 1995 (Les albums Duculot)
La princesse qui ne riait jamais. Le Sorbier, 1995 (Légendes)
Ershow (P.P.). Le petit cheval bossu. Calligram, 1993
Gogol (N.). Le nez. Le Sorbier, 1992
Sand (G.). Histoire véritable de Gribouille. Albin Michel, 1988
Romanova (N.). Notre ami l’arbre. Le Sorbier, 1986

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