04 juillet 2007
Débat : le décalogue de Chris Donner
[Chaque jour de juillet, le blog de Citrouille remonte une archive du fin fond de ses entrailles. Ci-dessous, un débat qu'on a pu lire sur le forum du site en novembre 2000]
En 2000, sur le site de Citrouille. des lecteurs s'exprimaient à propos du Décalogue de Chris Donner paru en dix volumes dans Côté Court, une collection pour adolescents d'Hachette. Au bout de quelques jours, l'auteur est intervenu dans le débat…
- Message 1 - le 7/11/00 7:58-EDWIGE MARTIN a écrit :
Le décalogue selon Chris Donner,
10 F x10 = 100 F (50 pages chacun)
A partir de 11/12 ans.
Ces dix petits livres sont plaisants à regarder, comme une mini bibliothèque précieuse, sauf que les pages sont collées et ne résisteront pas à un usage intensif. La première de couverture est illustrée par Marcelino Truong qui va toujours à l’essentiel, ce qui est cohérent avec le propos de ces paraboles, ou dix commandements réinterprétés par l’auteur qui a plusieurs registres à son arc.
En faisant un tour sur le site (www.cotecourt.fr), C. Donner révèle son désir de posséder deux langages, un littéraire, l’autre cinématographique ainsi que son rapport au cinéma. Il hésite entre la réalité et sa représentation (pour en montrer le malheur et la grandeur) . On comprend ce qui le pousse à créer et à écrire un livre comme " Contre l’imagination " paru chez Fayard en 98 : il s’en explique dans le 7ème commandement (p.43).
J’ai beaucoup apprécié ces paraboles, certaines plus que d’autres, mais elles forment un tout comme il l’explique dans la plus vraie et la plus déchirante : " Tu te souviendras " celle qui clôt les quatre paroles sur Dieu, les autres concernant notre prochain. C. Donner fait à la fois œuvre de décryptage, et une œuvre iconoclaste, et avec cet humour qui le caractérise, " une pierre deux coups ", à l’image de ce père requin dans " Tu ne te feras aucune image ". […]
Edwige Martin, Club de Jeunes Lecteurs Critiques, Aulnay sous Bois.
- Message 2 - le 18/11/00 19:06 - gynko a écrit :
Décalogue, Chris Donner, Côté court, Hachette.
Le projet était simple : les Dix Commandements, dix transpositions dans le monde contemporain, dix livres (pour la modique somme de... dix francs chacun, bien sûr). "Il y est question de meurtre, d'adultère, de vol, de parjure... de tous les crimes les plus graves (...)" (p.56). Bon, après avoir avaler un peu de travers la sympathique comparaison entre l'adultère et le meurtre, j'ai pioché au hasard dans cette petite collection.
J'ai donc lu, pour en avoir le cœur net (je suis un peu têtue), "Tu ne commettras pas l'adultère". En fait d'adultère, il y est question de drogue, et plus particulièrement d'une mère toxicomane. Comment le héros, un jeune garçon, peut-il accepter l'attitude infâme de sa mère et donc ne pas se sentir tromper (la sémantique ne fait pas tout, je ne vois pas le rapport avec l'adultère) par elle ? Certainement pas en lisant un livre de Chris Donner sur le sujet, car il pourrait y lire que : "C'est une mauvaise femme, un gangster, c'est tout. Elle vit avec des gangsters et elle crèvera comme eux, une balle dans la tête, c'est la loi du milieu qu'elle a choisi." (p.7), et apprendre un peu plus loin que "pour arrêter (de se droguer), il n'y a qu'une seule façon : il suffit d'arrêter." Ce sont les paroles du père complètement dégoûté par le comportement de son ancienne compagne, certes, mais rien ne vient temporiser ces paroles dans la suite du livre. Vraiment pas claire cette histoire.
"Tu n'auras pas d'autres dieux" descend en flèche la psychanalyse. Pourtant ça commence très bien, avec une description très impressionnante du symptôme du jeune héros qui souffre chaque nuit d'un engourdissement de la main, ce qui va l'amener jusqu'au divan d'un analyste. Suit une présentation assez bien ficelée de cette pratique, de ses principaux concepts, et de son fondateur, Freud. Enfin, un roman qui traite clairement de ce sujet peu fréquenté dans la littérature pour adolescents. Dommage, on tombe bien vite dans la caricature de l'analyse comme prise de tête stérile, mise en place par un analyste des plus caricatural, qui a vraiment tout faux puisque le jeune garçon souffre en fait d'une très ancienne blessure mal refermée. Alors vraiment n'importe quoi Freud et ses disciples ? On pourrait le croire à en lire ce livre. Et pourtant, ce qui passe là est assez drôle : l'auteur se fait rattraper par son sujet. Parce que justement, ça pose question cette douleur récurrente du héros, et il faut vraiment ne pas avoir compris le processus de l'analyse, pour régler si vite le problème. Quand à la loi biblique que ce texte est censé illustrer...
Et pour finir, très mauvaise pioche avec "Tu ne tueras point". Un petit village d'Amérique centrale est dévasté par l'ouragan Mitch, parmi les survivants, une femme qui apprend qu'elle est enceinte. C'est un médecin qui va venir ternir ce bonheur en lui diagnostiquant une possible malformation du bébé due au choc subi durant l'ouragan. Il propose très vite à mots couverts un avortement. La future mère et sa famille s'y opposent fermement, choisissant (si on suit bien l'auteur) la vie, après les trop nombreuses images de mort imposées par le cataclysme. Ce choix serait des plus respectables s'il ne s'illustrait pas par des réflexions et des prises de position des protagonistes des plus édifiantes. Ainsi le narrateur : "(...) j'ai eu l'impression de comprendre ce que c'était qu'un meurtre, je l'ai senti tout près de moi, comme une chose possible que n'importe qui peut faire à tout moment. Tuer, ça dépend vraiment de nous de ne pas le faire." (p.37). L'ensemble du livre est traversé de phrases équivalentes qui laissent franchement mal à l'aise. La femme est du côté de la raison, elle est toute auréolée de sa persévérance; le médecin, mégalo, et alcoolique, est un danger ambulant que tout le village est heureux de voir partir. Je vous livre la fin ? L'enfant est normal bien sûr, CQFD. J'aimerais franchement être convaincue que Chris Donner a fait preuve de maladresse pour ce récit, ainsi que pour les deux autres d'ailleurs, parce que l'analogie avortement-meurtre fait carrément frémir, pour ne pas dire plus.
Il faut enfin rappeler que cette collection est destinée aux adolescent(e)s, alors souhaitons très vivement que parmi ses lecteurs ne se trouvent pas des jeunes confrontés à la drogue, à la psychanalyse ou à l'avortement, sous peine de les voir endurer une tendance judéo-chrétienne des plus tenaces : la culpabilité.
Nathalie Morel
- Message 3 - le 20/11/00 2:40 - Dida a écrit :
En premier lieu, je suis d'accord sur le fait que la collection est intéressante, pas chère, et que la parution d'écrits de Donner est toujours attendue. Néanmoins (bien que je n'ai pas tout lu), je dois dire que je ne suis pas d'accord avec votre analyse du 5ème commandement, plutôt qu'une farce sur la filiation, j'y ai vu une tragédie. En ce qui concerne le 6ème commandement, c'est un texte qui interroge : C'est bien d'avortement dont il s'agit mais le dénouement est ambigu : la femme aurait donc bien fait de ne pas avorter. Je pense que c'est un récit qui exige un accompagnement et une réflexion avec les ados.
A suivre...
- Message 4 - le 20/11/00 2:40 - Dida a écrit :
Je viens d'entreprendre la lecture du "Décalogue" de Chris Donner, paru en 10 volumes dans la nouvelle collection de chez Hachette, (Côté Court), (36 volumes déjà sortis, dont 20 titres sont des classiques ) collection en petit format, cartonnée, à la couverture colorée illustrée ici par Marcellino Truong. Cette collection à 10 F est destinée aux ados à partir de 12 ans (C'est sur la quatrième de couverture !)
Des 10 "Commandements" que C. Donner adapte pour les ados à la société du 20ème siècle j'ai lu :
- "Tu ne jureras pas"
- "Tu te souviendras"
- "Tu respecteras tes parents"
- "Tu ne tueras pas"
- "Tu ne voleras pas"
"TU NE JURERAS PAS"
Henri, enfant unique, n'a jamais eu de prix à l'école et le vit très mal, surtout que celui qui rafle tout les prix n'aime pas, contrairement au narrateur la poésie, la littérature… L'injustice est trop criante et Henri s'invente un prix… "spécial", comme il le dit à ses parents dont le père a toujours vu dans les honneurs en général "une insulte à la dignité humaine". Le jour de la remise des prix arrive, bien sûr l'enfant ne reçoit rien et s'enfuit honteux ; finalement, ses parents le récupèrent et le père réaffirme son dégoût pour les prix et fait promettre à son fils de dire non une fois pour toutes aux honneurs. Le récit s'achève par : "Je le jure, papa."
Ce texte bien écrit dénonce l'humiliation, la bêtise de certains maîtres, l'attitude des parents qui pour ne pas blesser ou par insouciance adoptent des attitudes incohérentes.
Le titre, "tu ne jureras pas" et la dernière phrase du texte sont intéressants car ils se renvoient ; il me semble que c'est aux parents de ne pas jurer sous peine de blesser, l'enfant lui au contraire peut jurer car il n'est pas encore (ici tout au moins) dans le compromis.
"TU TE SOUVIENDRAS"
Le narrateur, adulte, devenu écrivain, se rend à Neuengamme, en Allemagne pour visiter le camp dans lequel a été interné son grand-père pendant la seconde guerre mondiale. C'est une nécessité puisqu'à la parution d'un de ses livres, qu'il avait écrit sur lui en pensant qu'il écrivait sur son grand-père (transfert freudien ?), la critique est féroce.
C'est en voyant écrit le nom du disparu sur le monument au mort que l'écrivain "maudit" a la révélation que son aïeul bien que non-juif est mort comme les juifs…Et lui aussi se sent juif.
C'est à ce moment que selon moi, le récit, bien mené, dérape et l'anamnèse sur l'histoire des Hébreux m'a assoupie. En effet, il me semble que si nous voulons donner aux jeunes le goût de la lecture tout en les faisant réfléchir sur TOUS les sujets, nous ne devons pas les assommer de didactisme stérile ! L'école suffit ! De plus les deux dernières pages sont moralisatrices voire "simplistes : "Si les hommes se mettaient à vivre à l'écart les uns des autres, il n'y aurait bientôt plus d'hommes sur terre. Dès lors, sous une apparence de paix, la violence aurait atteint son but : la destruction de l'humanité."
En revanche, j'ai vu dans le dernier paragraphe une explication (c'est une supposition de ma part) de l'intention de C. Donner en ce qui concerne le rapport titres/récit de l'adaptation contemporaine du Deutéronome : "remplacer la négation "tu ne convoiteras pas" par l'affirmation correspondante : "tu aimeras" ; en effet, cette question adéquation titres/récit ne me paraît pas toujours évidente.
"TU RESPECTERAS TES PARENTS"
Le narrateur raconte l'histoire de Vincent, son ami de toujours. Adolescent déjà, c'était un garçon "contre tout". Il a l'impression de ne pas être aimé, que ses parents n'ont d'amour que pour son frère. Le père épicier va faire faillite, sa femme va le quitter et lui part aussi de la maison.
Plus tard, sa mère qu'il voit rarement lui dit que son "père" n'est pas son père ! Vincent va, le soir de Noël, alors qu'il est invité chez sa mère, aller chercher son "père" malade, clochardisé et l'amener au réveillon. A partir de ce jour, il prend son père en charge, obtient des allocations pour lui et l'amène voir la mer.
Le père est mort et la dernière page du récit s'achève sur l'épandage de ses cendres dans la Seine, alors que le père souhaitait qu'elles soient jetées dans la mer… Mais Vincent dit : "La Seine se jette dans la mer. Je ne lui désobéis pas complètement, je ne fais pas non plus exactement ce qu'il m'a demandé."
J'ai lu sur le site une critique (à laquelle j'ai d'ailleurs répondu) qui voyait dans cette histoire une farce sur la filiation, en ce qui me concerne j'y ai plutôt vu une tragédie peut-être pas exactement au sens racinien du terme, cependant il y a mort spirituelle des parents à un moment de la vie du héros, déchirement dû à la lâcheté de la mère, conflit intérieur éprouvant de Vincent.
C'est jusque là le récit que je trouve le meilleur et puis le titre correspond bien au titre.
"TU NE TUERAS PAS"
Un ouragan détruit un village d'Amérique centrale. L'aide humanitaire arrive de Cuba pour aider les survivants ; parmi eux la famille de l'instituteur dont l'épouse est enceinte. Le médecin cubain, qui prétend que l'ouragan peut avoir des effets néfastes sur le fœtus, fait faire des analyses à la femme. Les résultats sont positifs : l'enfant, s'il naît, sera un monstre, le médecin propose alors un avortement thérapeutique qu'elle refuse. La femme arrive à terme, l'accouchement se passe mal mais grâce au médecin elle est sauvée et … l'enfant est normal !
Ce récit est ambigu (et l'analyse de gynko le corrobore) pour plusieurs raisons :
1. Pour un tel titre "Tu ne tueras pas", l'avortement était-il l'objet à traiter ? En effet, il y a une assimilation avortement = meurtre qui se fait très vite et qui va en satisfaire plus d'un (Cf. page 37). Est-ce de la "maladresse" , de la provocation ou une volonté délibérée de la part de C. Donner, la question se pose … Mais j'aimerais qu'il y réponde.
2. Le médecin est présenté comme un individu violent, alcoolique et de plus "étranger" ; il est donc difficile de se fier à lui et en ce sens la femme ne peut l'écouter. Le lecteur jeune et naïf peut alors se dire qu'elle a bien raison !
3. La médecine est mise en cause dans sa fiabilité, ce qui n'est pas tout à fait erroné mais cet argument avait-il sa place ici, pour un sujet aussi grave. C'est un parti pris de l'écrivain, sur lequel je ne me permettrai pas d'intervenir ; cependant ce que je me permets de dire c'est que la série s'appelle quand même le "Décalogue" et il y a une connotation judéo-chrétienne qui sent le soufre !
Le sujet m'interroge tellement que je ne soulignerai même pas ce qui m'a paru intéressant dans ce court roman et pourtant il y a des aspects positifs mais que l'on n'a plus envie d'exploiter. Enseignante, je le ferai cependant lire à mes élèves mais en les accompagnant au plus près que jamais. En fait c'est un sujet d'argumentation tout trouvé !
"TU NE VOLERAS PAS"
L'Amérique centrale, les bidonvilles, la misère. Le fils du chef du syndicat des trieurs de décharge, Salvador, offre à sa petite amie, la narratrice, une broche ornée d'une véritable émeraude trouvée dans la décharge. Or, il s'avère qu'une fille des beaux quartiers reconnaît la broche de sa mère. Une bagarre éclate à l'école entre les bandes rivales à ce propos. Convoqué par le directeur, Salvador dit qu'il a trouvé cette broche et refuse de rendre la bague à sa propriétaire, femme arrogante, jusqu'au moment où arrive le père de Salvador, "un géant des bois" qui remet la broche à la femme, sans vouloir accepter quoi que ce soit de sa part.
La morale est sauve. La situation en Amérique centrale est exposée sans concession même si parfois les traits des personnages sont un peu outranciers.
- Message 5 - le 22/11/00 0:32- Dida a écrit :
Le Décalogue (suite)
"TU N'AURAS PAS D'AUTRES DIEUX"
Nouvelle poussée de boutons avec le 1er commandement ! C. Donner y va fort. Paul, le narrateur, a des hallucinations, la nuit : les doigts d'une main s'engourdissent... La mère inquiète le confie à un psychanalyste...En fait l'analyse echoue et c'est un médecin (plus compétent que celui de "tu ne tueras pas"!!! Pas alcoolo, ni étranger ) qui va lever le mystère. Le récit débute bien, l'intérêt dure jusqu'à l'épisode de la cure. Là, C. Donner se moque du lecteur ado ! Informer sur la psychanalyse est fort louable mais l'écrivain doit savoir dans quel champ il se situe : écrit-il un article sur le fondateur de la psychanalyse et là il s'est vraiment informé et n'en donne pas une version simpliste (c'est méprisant pour les ados !) ; ou il écrit un roman et l'intérêt est ailleurs. En fait Donner m'a déçu une fois de plus. Son projet est grandiloquent ; en versant à nouveau dans le didactisme à la petite semaine, il donne aux pourfendeurs de la littérature de jeunesse l'occasion de marquer des points.Et puis quel rapport entre ce commandement et le récit ? Quels sont les autres dieux abhorrés? La psychanalyse? Les hallucinations? Quel est le Sauveur que l'on doit révérer ? Le médecin (cette fois) ? Le Père (Notre Père? )? Bref ou je suis complètement idiote et je ne sais pas entrer en lecture ou C. Donner nous (lecteurs ados et adultes, puisque le bouquin va sortir chez Stock mais sous quelle forme?) nous prend pour des gogos.
Veuillez m'excuser de vous envoyer mes analyses par petits bouts, je vais essayer de terminer la série pour la fin de la semaine…
- Message 6 - le 22/11/00 0:32- Dida a écrit :
Le Décalogue (suite)
"TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI MEME."
Nastassia est la "star" du Bolchoï. Dimitri, un danseur du corps de ballet en tombe amoureux, il la présente à ses parents et à sa sœur, Marina, qui a le même âge que l'étoile. Immédiatement elles deviennent inséparables à tel point que Marina qui déteste la danse accompagne Nastassia à ses cours de danse.
Lors d'une répétition, la jeune danseuse se fracture le gros orteil, toutes ses compagnes, qui sont plus ou moins jalouses (bien sûr !) de son talent sont soupçonnées… Coup de théâtre, marina est dénoncée par l'une d'entre elles a été vue pendant la pause avec les chaussons entre les mains. Elle avoue… Mais c'est là que le récit se corse ! En fait, elle est innocente, mais amoureuse de Nastassia –elle caressait juste les chaussons- et pour lui sauver la mise ( et par amour), celle-ci était déjà blessée mais ne voulait pas le dire, elle se sacrifie, "elle préférait passer pour une criminelle plutôt que pour une vicieuse, une fille amoureuse d'une autre fille".
Le sujet, l'homosexualité qui n'est désormais plus un sujet tabou dans la littérature de jeunesse, méritait mieux tant sur le plan de l'écriture que sur le plan de la fiction. En effet, Donner semble à court d'imagination (Rien à voir avec "Les lettres de mon petit frère"), on est en plein "Cœur grenadine". Il verse dans le mercantilisme et méprise ses lecteurs. De plus, le regard qu'il porte sur la Russie est ambigu, il veut faire "simple" et finalement on est dans la caricature. A cela s'ajoute un flou sur l'époque dans laquelle se situe le roman.
Enfin, la façon dont il parle de la danse classique ne va certainement pas donner aux jeunes l'envie de s'y adonner ; C. Donner a le droit de ne pas tout connaître sur le plan artistique, mais lorsqu'on est écrivain, que l'on traite un sujet, quel qu'il soit; la déontologie du métier veut que les informations données ne date pas du siècle dernier!
Un ratage de plus !
"TU NE TE FERAS AUCUNE IMAGE"
Enfin ! un récit sur lequel je ne vais pas déverser ma bile.
Apollinaire, jeune garçon mauvais élève, "gros", est le souffre-douleur de son père qui ne supporte pas son apathie. Alors, un jour qu'ils passent leurs vacances aux Caraïbes, "Polo" –nom que lui donne le père et qu'il déteste- fugue. Il est "adopté" par une famille de pêcheurs ; le père est au courant et ne cherche pas à le récupérer (sic!). Là, Apollinaire "grandit" et inconsciemment veut prouver à son père qu'il a une fausse image de lui : il devient pêcheur de requins, métier dangereux.
La fin est émouvante : le jeune garçon amputé d'une jambe, désormais mendiant, rencontre son père à l'aéroport ; ce dernier lui propose de l'emmener voir des spécialistes… "Il suffit de mettre le prix. J'ai de l'argent… Alors qu'il aurait suffi qu'il me prenne dans ses bras, je l'aurais suivi…"
Cette fois, la cohérence titre/fiction est assurée.
TU NE COMMETTRAS PAS L'ADULTERE.
Donner dénonce ici la drogue qui est la cause de la déchéance de la mère du héros, Garuda, mais pas de celle du père qui lui en a bien vécu (il a même eu un appartement sur les Champs et a fourni le show-biz…et même des hommes politiques ! Soit). Le jeune garçon dans ce milieu pervers et perverti va rejoindre sa mère en Colombie qui a besoin de lui ; bien sûr c'est pour l'utiliser en tant que passeur vers l'Europe car elle est sous le joug du cartel de la drogue et a besoin d'argent pour se "lifter" afin de quitter le pays. Le garçon accepte mais… à l'aéroport, il rencontre une jeune fille dont il tombe amoureux. Arrivé en Europe, il abandonne sur le tapis roulant de l'aéroport son sac à double fond rempli de drogue et suit son coup de foudre. L'enfant trahit donc sa mère mais comme c'est une mauvaise femme, qui plus est mère (une "putain", une "infidèle"), c'est bien fait ! Le père en sort grandi puisque c'est lui qui a sauvé Garuda à la naissance par une piqûre dans le cœur, des prières, des incantations et des dessins magiques autour de son berceau. Merci à Dieu, Bouddha, Krishna et les autres.
CONCLUSION…
Je crois que la fonction essentielle de la littérature de jeunesse c'est d'aider l'enfant, l'adolescent à se construire, or ce décalogue me semble t-il va tout à l'encontre de ce souci, pour plusieurs raisons :
- la moralité est souvent ambiguë
- les personnages sont taillés à l'emporte-pièce
- il n'y a pas d'émotion ou elle est rare ; or tous les sujets traités sont graves et méritaient un traitement plus subtile, plus humain
- les histoires manquent de cohérence
- enfin, si la littérature est en partie une affaire entre le lecteur, le livre et l'écrivain, ces textes ne sont pas littéraires car l'écriture est bâclée.
En conclusion, je dirai que C. Donner n' a pas joué le rôle d'un écrivain soucieux du respect de ses lecteurs, lui pourtant si soucieux de la vérité comme il l'écrit dans son essai "Contre l'imagination". "C'est tellement facile devant les enfants de jouer au professionnel de l'imagination et tellement plus cruel de leur tenir un langage de vérité". Si c'est cela son langage de vérité, il est malhonnête et dangereux car l'écrivain utilise à plusieurs reprises dans le Décalogue un artifice littéraire pour faire passer ses idées trop souvent ambiguës voire réactionnaires.
Pour clôturer l'affaire, il importe de dire qu'Hachette a envoyé dans tous les CDI de collèges "Tu ne tueras pas". Campagne publicitaire oblige ! Mais pourquoi ce titre ? Ce serait intéressant de lui poser la question.
- Message 7 - Réponse de CHRIS DONNER à gynko (message 2) - le 29/11/00 18:04- Donner a écrit :
Si vous ne voyez pas le rapport entre la tromperie et l'adultère il faut prendre un dictionnaire. Une Bible ne vous ferait pas de mal non plus avant de lancer (pour l'éducation de vos chères têtes blondes) les inepties du genre "une tendance judéo-chrétienne les plus tenaces : la culpabilité." La culpabilité n'est pas une tendance, c'est un fondement.
Vous en savez quoi, vous, du "processus de l'analyse"? Qui vous êtes ?
Je conchie la psychanalyse pour y être passé quand j'étais petit, moyen et grand. Je raconte une histoire vraie, et votre "processus" que vous avez en bouche comme un molard, avalez-le.
- Message 8 - Réponse de CHRIS DONNER à Dida (messages 2,3,4,5) - le 29/11/00 18:04- Donner a écrit :
Qui vous êtes, vous ?
- Message 9 - Réponse de Dida au message 8 de Chris Donner - le 29/11/00 22:59 - Dida a écrit :
Qui je suis pour me permettre de porter un jugement sur un écrivain?
Je suis prof de collège et fais de la formation continue et initiale à l'IUFM de Saint brieuc ; entre autre j'ai un module de littérature de jeunesse. Je ne prétends pas être spécialiste mais ça m'intéresse, surtout depuis que l'éducation nationale a introduit dans les programmes du collège des oeuvres dites pour la jeunessse. Mon identité déclinée et sans chercher à me justifier en ce qui concerne la critique que j'ai faite de vos livres, je dirai que je me suis autorisée à le faire pour plusieurs raisons :
1)la lecture est un de mes champs préférés
2)mon métier exige que je donne aux élèves le goût de la LECTURE ET DE LA LITTERATURE (même si le concept n'est pas facile à définir)
3)Il n'est pas dans mes habitudes de "descendre" les gens pour le plaisir ni de les mépriser. Est-ce si blessant d'entendre des voix qui ne vont pas dans notre sens ? Ne rien dire m'aurait paru malhonnête.
4)comme tout écrivain, votre objectif est d'être lu, me semble t-il,donc fatalement vous serez soumis à la critique...et c'est le droit fondamental de tout lecteur, ado ou adulte de porter un jugement.je ne comprends alors pas pourquoi vous êtes si virulent ; si ma critique est erronée,injuste, si je n'ai pas su saisir peut-être l'ironie de vos récits voire l'humour, ni leur sens, j'accepte de faire amende honorable.
5) enfin, la littérature de jeunesse est un terrain encore tellement délicat et dévalorisé par beaucoup qu'il me semble important et honnête d'avoir des débats le plus ouverts possibles.
En aucun cas je n'ai voulu m'instituer en censeur...Je me suis mise dans la posture de lecteur adulte dont le rôle est de DONNER LE GOUT DE LIRE, DE FAIRE LIRE, DE DEVELOPPER L'ESPRIT CRITIQUE DES ADOS que j'ai en charge. Tels sont mes commandements.
- Message 10 - Réponse de gynko au message 7 de Chris Donner - le 18/11/00 19:06 - gynko a écrit :
Vraiment trop naïve, moi, je retourne hier sur le site de Citrouille où j'apprend avec joie que Chris Donner nous livre sa "contribution" au sujet de son Décalogue. Et bêtement, je m'en réjouis d'avance! On va pouvoir discuter, connaître son point de vue, obtenir des éclaircissements sur ce qui, pour les gens que je connais qui ont lu ses livres et moi-même, est resté trop ambigu : échanger quoi.
Autant dire qu'on est tombé de très haut. Je suis donc sommée, comme une autre internaute, de décliner mon identité : pour obtenir quoi ? Le droit d'écrire ce que je pense?
Je suis libraire, responsable du rayon poche jeunesse chez un grossiste en contact avec des enseignants, des bibliothécaires et des libraires, ça va?
J'ai le grand malheur d'annoncer à l'auteur que, parmi les professionnels que je côtoie, tous n'ont pas aimé ses livres. Il me semblait que, jusqu'à présent, c'était assez fréquent dans le monde de la lecture que les avis soient partagés, et là aussi, grand scoop, je crois que cette situation n'est pas en passe de changer. Ca peut révolter certains, j'ai la bêtise de trouver ça plutôt bon signe. Quand à la réaction de l'auteur en elle-même, j'espère qu'il nous permettra tout de même à tous d'en penser ce que l'on veut (mais à vrai dire personne n'attend son autorisation). Pour ma part, c'est tout simplement, mais alors vraiment sincèrement, parce que là on atteint des sommets : NO COMMENT.
PS : je précise au mystérieux CD que le "débat" se passe sur le site de Citrouille, pas sur mon e-mail perso.
- Message 11 - Nouvelle réponse de CHRIS DONNER au message 2 de gynko - le 13/12/00 0:52 -Donner a écrit :
à Nathalie Morel
Madame,
Je vais essayer de vous répondre point par point, et que ceci serve d’exemple aux farfelus du net.
Vous écrivez : " Comment le héros, un jeune garçon, peut-il accepter l'attitude infâme de sa mère et donc ne pas se sentir tromper (la sémantique ne fait pas tout, je ne vois pas le rapport avec l'adultère) par elle ? "
Mais le livre raconte précisément qu’il n’a pas à l’accepter, parce qu’elle est inacceptable. Car sa mère est une mauvaise femme, jusqu’au bout inexcusable. C’est ainsi. C’est inimaginable, irréaliste que ce genre de personne existe ? Vous savez bien qu’il y en a des gens comme ça, condamnées, en prison, reconnues coupables, malfaisantes. Pourquoi faudrait-il " accepter " ? Parce que ce sont des femmes, des mères ? Tiens donc.
Vous écrivez :
" Certainement pas en lisant un livre de Chris Donner sur le sujet, car il pourrait y lire que : "C'est une mauvaise femme, un gangster, c'est tout. Elle vit avec des gangsters et elle crèvera comme eux, une balle dans la tête, c'est la loi du milieu qu'elle a choisi." (p.7), et apprendre un peu plus loin que "pour arrêter (de se droguer), il n'y a qu'une seule façon : il suffit d'arrêter." Ce sont les paroles du père complètement dégoûté par le comportement de son ancienne compagne, certes, mais rien ne vient temporiser ces paroles dans la suite du livre. Vraiment pas claire cette histoire "
Non, en effet, rien ne vient " temporiser ". Vous chercher un monde où tout est justifiable, excusable, " temporisable ", " relativisable ". Mais ce monde là n’est pas dans la vie, et pas dans mes livres. Allez plutôt chercher du côté du Club des 5, et encore, je crois qu’il y avait, là aussi, des bons et des mauvais. Ça ne vous semble vraiment pas clair ? C’est au contraire manichéen. Blanc et noir. Bon et mauvais. Oui. La morale est faite de ça, pouvoir repérer ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Car ce sont des livres moraux, sinon je ne les aurais pas intitulés " décalogue " en référence à la Bible, vous savez, ce truc très lourd qui ne cesse de dire ce qui est bien et ce qui est mal.
Vous écrivez : "…l'auteur se fait rattraper par son sujet. Parce que justement, ça pose question cette douleur récurrente du héros, et il faut vraiment ne pas avoir compris le processus de l'analyse, pour régler si vite le problème."
Où est-ce que je me fais rattraper, s'il vous plaît ? Et est-ce que c'est mal de se faire rattraper ? En quoi ça consiste, se faire rattraper ?
" Ça pose question "
Laquelle ?
Qu’est-ce que vous avez compris, vous, que je n’ai pas compris, du "processus de l'analyse" ?
D'où vous sortez que je "règle le problème". De quoi parlez-vous ?
De rien , en fait. Vous vous laissez aller à des clichés rhétoriques dont vous ne savez pas le sens, et pour cause, ils n’en ont jamais eu, de sens, sinon celui du mépris, de l’insulte, de l’arrogance intellectuelle.
Vous écrivez :
" Quand à la loi biblique que ce texte est censé illustrer.. "
Et bien quoi ? Encore du soupçon, du haussement d'épaules de fille pimbêche . Vous avez réfléchi à ce commandement? La déification de Freud, le mythe du héros freudien, vous n’y avez jamais pensé. La religion freudienne, lacanienne, ça ne vous rappelle rien? Les incantations théoriques, cette théorie fumeuse du mal universel, du péché originel, le meurtre du père comme fondation de l’homme, ce n’est pas un dogme.
Vous savez ça très bien, je suppose, j’espère, mais vous mettez des petits points, coquette et blessante personne.
Vous écrivez :
"Ce choix serait des plus respectables s'il ne s'illustrait pas par des réflexions et des prises de position des protagonistes des plus édifiantes. Ainsi le narrateur : "(...) j'ai eu l'impression de comprendre ce que c'était qu'un meurtre, je l'ai senti tout près de moi, comme une chose possible que n'importe qui peut faire à tout moment. Tuer, ça dépend vraiment de nous de ne pas le faire." (p.37). L'ensemble du livre est traversé de phrases équivalentes qui laissent franchement mal à l'aise. "
Expliquez-moi, s'il vous plaît le malaise que peut susciter en vous une telle phrase. Vous ne pensez pas qu’en dernier ressort, en effet "il ne dépend que de nous de ne pas tuer"? De qui d’autre alors ? Dieu ? Le chef du Parti communiste cambodgien ? Le chef du camp d’extermination de Neuengamme ? Non. En dernier ressort, il ne dépend que de nous de ne pas tuer. Cette phrase est édifiante, oui, mais ce que vous voulez dire par édifiant (car vous ne connaissez pas la signification du mot édifiant, ou plus exactement, comme beaucoup, vous avez pris l’habitude d’utiliser ce mot de façon péjorative, comme s’il "montrait bien le dégueulasse que c’est", alors qu’édifiant est un terme hautement positif, édification morale, tout ce qui porte à la vertu, une vie édifiante est une belle vie, riche et généreuse) mais ce que vous voulez dire, cracher, c’est encore une formule toute faite qui vous plaît, qui vous fait sentir haute en culture : "des plus édifiantes ". on aime bien dire ça, ça vous pose dans une discussion, "des plus édifiants", et toc. Et du coup, le mot "édifiant" devient laid. L’édifice est une saleté, bâtir est un crime. J’édifie, oui, j’essaie d’être édifiant, madame. Pour les enfants, et les autres. Et quand je vous lis, je vois le chemin qui reste à faire. Si ce n’est pas décourageant, c’est parce que je n’ai pas le vertige littéraire.
Vous écrivez :
"La femme est du côté de la raison, elle est toute auréolée de sa persévérance; le médecin, mégalo, et alcoolique, est un danger ambulant que tout le village est heureux de voir partir."
Maintenant ça vous gêne que le femme soit du "bon côté"et le médecin du mauvais ? Ce qui vous gêne encore c’est qu’il y ait un bon et un mauvais côté. Vous préférez la bouillie où tout le monde est beau et gentil. C’est une manie.
Vous écrivez :
"Je vous livre la fin ? L'enfant est normal bien sûr, CQFD."
Pourquoi ce "bien sûr" ? Vous le sentiez venir ? Il était dans la suite logique du cours abject de ce récit ? Alors quelle jubilation fade avez-vous du ressentir à "livrer" la fin. Après avoir tant hésité à le faire, vous êtes demandé si vous deviez le faire, après avoir écrit ce point d’interrogation qui marque toute la saveur de votre hésitation.
CQFD, écrivez-vous. Qu'est-ce que j’ai voulu démontrer, d’après vous ? Je serais curieux de savoir.
Vous écrivez :
"J'aimerais franchement être convaincue que Chris Donner a fait preuve de maladresse pour ce récit, ainsi que pour les deux autres d'ailleurs, parce que l'analogie avortement-meurtre fait carrément frémir, pour ne pas dire plus."
C’est tellement simple de traiter les gens d’avorteurs, ou d’anti-avortement. Allez-y, défilez dans la rue en criant vive l’avortement, et que tout les femmes avortent quand elles veulent, où elles veulent. Comme si les femmes aimaient ça, avorter. Comme si toutes les femmes, tous les médecins, tous les pères penauds, comme si d’un bout à l’autre de la chaîne humaine nous n’étions pas tous contre l’avortement. Qu’il soit légal, clandestin, thérapeutique, à trois semaines, à trois mois, tout le monde ne souhaite au fond qu’une seule chose: s’en passer. Seulement voilà, il se trouve que la question se pose, et que c’est une des plus graves, sinon la plus profonde qui soit parce que c’est l’idée qu’on se fait de notre existence qui est en jeu. C’est aussi la question de Dieu. Vous résumez mon livre à une analogie entre le meurtre et l’avortement, c’est, je suppose, tellement plus satisfaisant de simplifier les choses, de traiter les uns d'assassins, et les autres de fascistes, c’est, je suppose, tellement plus confortable, moralement, de n’entendre rien ni personne, mais d’avoir la sécurité de se dire : je suis dans le camp de ceci, je suis dans le camp de cela, bien au chaud, bien ignorant de ce qui est chez vous, chez votre voisin, se passe réellement. La mort et la vie, cette question entre les mains des "partisans" de ceci, de cela, ça oui ça fait peur. Tous les partisans sont ici responsables du désastre qu’on découvre à l’abord de cette question : il n’y a plus de parole, il n’y a que des pour et des contre, des sauvages prêts à se foutre sur la gueule, car ils n’ont que ça: de la gueule. Vous en avez aussi.
Est-ce que mon livre donne envie d’avorter? Est-ce qu’il donne envie de ne pas le faire?
Evidemment ni l’un ni l’autre. Ce qui vous fait frémir, c’est l’histoire vraie qu’il raconte. Car si la réalité recèle sa morale, nous mettons du temps, les humains à discerner cette morale. C’est un travail, pas une guerre d’opinion.
Vous écrivez pour finir :
"Il faut enfin rappeler que cette collection est destinée aux adolescent(e)s, alors souhaitons très vivement que parmi ses lecteurs ne se trouvent pas des jeunes confrontés à la drogue, à la psychanalyse ou à l'avortement, sous peine de les voir endurer une tendance judéo-chrétienne des plus tenaces : la culpabilité."
Et c’est moi le censeur. Ha ! Protégeons "nos" jeunes de ces livres où il est question de drogue, etc. Ils risqueraient de se sentir coupables. Il ne faut surtout pas qu’un enfant se sente coupable, ça c’est très mal.
Malheureusement, les notions de bien et de mal, et d’une manière général toute la morale est garantie par la culpabilité. Et heureusement que cette "tendance" est "tenace", sinon vous verriez la civilisation entière s’effondrer dans l’impunité primitive, la tuerie générale admise de toutes parts, nous serions à nouveau ce que la culpabilité nous empêche de redevenir: des bêtes.
Vous en êtes une petite, domestiquée aux lieux communs, oubliez-les et commencez pour de bon à vous cultiver.
Christophe Donner
- Message 12 - Réponse de Dida au message 11 de Chris Donner - le 15/12/00 23:34 - Dida a écrit :
De Francine Gentilhomme, "la méchante personne ! Pouha!" - Je précise qui je suis pour ne pas que l'intouchable écrivain m'accuse de jouer masquée (dans la cour des petits, évidemment !)-
Il écrit en exergue,dans la réponse à gynko : "Que ceci serve d'exemple à tous les farfelus du Net"
Je dirai : "Qui se sent morveux qu'il se mouche" et je ne suis pas enrhumée malgré le temps pourri en Bretagne en ce moment.
L'adjuration est "nette", mais comme je n'ai ni Dieu ni maître je ne me sens pas concernée par la parabole logorrhéïque de C.D.
Attention danger ! A vouloir trop prouver, le risque est grand de se discréditer.
Adieu
Je resigne : Francine gentilhomme.
- Message 13 - le 16/12/00 17:00- carretce a écrit :
Comme Gynco, je me réjouissais de lire le forum traitant des petits livres de C. Donner: ceux-ci ont été proposés lors d'une exposition-vente de livres organisée dans l'école élémentaire où je travaille comme aide-éducatrice, à cause de leur prix modique; et en effet plusieurs enfants (de CM2) n'ont acheté qu'un de ces livres-là, n'ayant que 10F en poche. Je précise que je n'ai pas choisi personnellement les livres de l'exposition, que je n'aurais pas choisi ceux-là dont la connotation a priori religieuse me dérange dans une école laïque et parce qu'ils me semblaient un peu difficiles à vue de nez pour des élèves d'école primaire. J'étais curieuse néanmoins, justement, d'en savoir un peu plus sur ces petits livres et les aurais achetés volontiers à mon tour si les propos de l'auteur m'avaient intéressée et convaincue de l'intérêt que pouvait représenter un point de vue sur la vie différent a priori du mien. Or je suis effarée et regrette de n'avoir pas pris le temps de lire ces petits livres colorés et attrayants avant de les disposer sur les tables de "ma" BCD !!!
La façon dont vous répondez, Monsieur, à des personnes intelligentes (qui ont pris le temps de lire et d'analyser vos textes, qui soumettent avec honnêteté et de clairs arguments leur point de vue), avec tant d'agressivité, d'intolérance et de goujaterie (à la limite de l'insulte grossière!), je n'ai plus aucune envie de lire vos bouquins! La tolérance et le respect de l'autre, de son altérité, font pourtant partie du comportement chrétien, non?
Mme Carret
- Message 14 - le 18/12/00 11:32 - nicole.mounier a écrit :
Un débat, vraiment ??
N'ayant pas lu, et à vrai dire n'ayant désormais moi non plus aucune envie de ce genre, les livres de Ch. Donner, je n'aurai évidemment aucun avis sur le fond de ce "débat". Mais seulement sur la forme qu'il a soudain pris. Si je m'en rapporte au dictionnaire (et j'en profite pour y renvoyer aussi M. Donner qui confond apparemment tromperie et adultère, ce dernier terme ne se rapportant qu'aux relations sexuelles... Pour le reste, voir la maison Oedipe & Co), un débat suppose une discussion, éventuellement "organisée et dirigée". Discuter suppose d'échanger des arguments et des opinions.
Proférer des insultes et manier l'invective adolescente (t'es qui, toi ? etc.) ne relèvent pas, à mon avis, de la discussion, ni, donc, du débat. Monsieur Donner n'a pas d'arguments, il n'a qu'une certitude ("j'ai raison et toi t'es nul(le) !"); Monsieur Donner n'a pas d'opinion, il n'a qu'une mauvaise excuse ("c'est une histoire vraie", comme si cela avait un quelconque intérêt s'il s'agit de littérature). Je répète que je n'interviens là que sur la FORME des messages que j'ai lus.
Et si les bons sentiments ne font pas de bonne littérature, la haine et le mépris non plus, s'ils ne sont pas servis par une langue, un langage, un style, quelque chose qui justifie la lecture même si ce qui est dit est désagréable... Or, si j'en juge par ses messages électroniques, le style est tout à fait absent du clavier de Chris Donner.
Je suppose que si, chez Citrouille, on a, pour le moment, choisi de laisser faire, c'est pour mieux laisser les véritables natures s'exprimer, et le cas échéant, scier la branche sur laquelle elles écrivent.
N'empêche, je ne crois pas que le fait d'être écrivain donne tous les droits quand il s'agit d'expression publique.
Je pense aussi qu'une espèce de "charte du savoir-vivre minimum" serait bienvenue pour que ces échanges restent ce qu'ils devraient être : utiles, éclairants, enrichissants
Nicole Mounier, conservateur de bibliothèque
- Message 15 - le 6/02/01 13:30- acaquais a écrit :
Chris Donner (Suite)
Votre forum aura eu le mérite de faire lire ce roman... Et en ce qui me concerne, je l'ai vraiment beaucoup aimé ! Une mention particulière pour "Tu te souviendras" : vraiment superbe ...
Bref lisez-le !
Caquais Anne, bibliothécaire
- Message 16 - le 26/02/01 17:33- Redeler Geneviève a écrit :
J'ai lu tout le "décalogue" après avoir lu le débat sur le site et les réponses, si on peut appeler cela ainsi - je voulais me faire une idée par moi-même. J'en garde un certain malaise. Les opposants farouches à la psychanalyse et à l'avortement me semblent marqués à l'"extrême" politiquement. L'idée générale de cet ensemble, c'est quand même "toutes des salopes sauf maman" et "j'ai le droit de dire tout et n'importe quoi si je veux". En tous les cas, étant particulièrement bouchée, je n'ai pas compris le lien entre les titres et les histoires qui nous étaient racontées. Quant à "tu te souviendras" que certains trouvent intéressant, j'y ai vu une bouillie sans intérêt : passer du grand-père mort à Neuengamme au peuple juif, puis à la Bible, puis à Moïse, puis au Christ, bref l'analyse personnelle de la Bible par l'auteur, ça ne m'intéresse pas, mais c'est personnel. Bravo pour ce site.
G. Redeler
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Commentaires
Après 3 jours à me régaler des stimulantes et rafraichissantes chroniques "rétro" (lisez-les si ce n'est pas encore fait, vous ne pouvez pas être déçus ;-), j'ai une impression curieuse après celle-ci. Je la trouve plus passionnelle que passionnante, disons. Cela fait surtout réfléchir à la possibilité ou l'impossibilité d'un débat critique et contradictoire entre lecteurs et auteurs. Ou encore : n'est-ce pas une illustration frappante des insuffisances (pour ne pas dire pire) du médium "internet" lorsqu'il s'agit d'accueillir de tels échanges ?
En ce qui me concerne, s'il m'arrive encore de participer à tel ou tel forum, je n'y débats plus jamais dès que cela devient (ou risque de devenir) polémique. Ce que je fais encore volontiers en face à face, en revanche, même si je me "préfère" irénique plutôt que vindicatif.
Ecrit par : Olivier ANSELM | 04 juillet 2007
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