16 mai 2007

A propos de Babel J, Exprim’, Photoroman, D’une seule voix, Nouvelles, doAdo Noir et doAdo monde

medium_adieu.jpgÇa a commencé il y a un an, avec l’arrivée des Babel J. J’étais plutôt sceptique sur l’idée. Pocket avait essayé d’intégrer au fonds jeunesse des titres initialement publiés en secteur adulte, et ça avait donné Pocket jeunes adultes, qui mélangeait sans scrupule Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis, à la trilogie du Juge d’Egypte, de Christian Jacq. Mais les premiers titres de Babel J ont chassé plutôt loin mes préjugés. A côté de textes que je connaissais (Loin, très loin de tout, d’Ursula K. Le Guin, ou Sous le règne de Bone, de Russel Banks), j’ai découvert des romans qui me seraient sinon sans doute restés inconnus (comme Jeu de massacre, de Henri-Frédéric Blanc) et que je conseille avec plaisir aux adolescents.

Et puis Sarbacane, qui n’éditait jusque là que des albums et quelques documentaires, s’est lancé dans les romans, et ce fut l’une des meilleures nouvelles éditoriales de ces derniers mois. Les trois premiers titres de la collection Exprim’, parus en novembre 2006, ont donné un nouveau souffle à un secteur qui tournait un peu en rond. Si l’on était fâché avec l’étiquette de littérature « pour adolescents », on ne gardait que la littérature. Ces trois premiers titres voulaient imprimer l’idée d’une écriture hybride, inspirée peut-être par la chanson, une écriture poème, qui tour à tour pouvait se lire, se chuchoter, se crier. Dans Adieu la Chair, paru en mars dernier, Julia Kino fait complètement s’effacer le propos devant une écriture somptueuse, qui renvoie indiscutablement à des références musicales telles que Jim Morrison ou Marianne Faithfull. Sur le site dédié à la collection, la toute jeune écrivaine lit des extraits de son texte, et il suffit de quelques phrases pour saisir ce lien incroyable entre la musique et les mots.



Et tandis l’on se désolait du peu de présence en littérature jeunesse de la photographie sont arrivés les premiers titres d’une nouvelle collection, Photoroman, dirigée par Jeanne Benameur et Francis Jolly, et publiée chez Thierry Magnier,. La collection est née de la rencontre « entre une femme qui écrit et un photographe ». Si l’idée d’associer le texte et la photo est plus que bienvenue, je regrette néanmoins deux choses. D’abord la maquette, qui ne donne pas, me semble-t-il, toute leur place aux photos. Ensuite la consigne d’écriture, qui enferme a priori l’auteur. Est-ce qu’il n’était pas plus simple de lui confier simplement une série de photos ? Pourquoi avoir tenu à lui demander que ces photos « croisent la vie du héros pour la transformer » ? Lorsqu’on lit successivement les trois titres, il ressort de l’ensemble comme un goût, dommageable, de commande et de factice. Même si pris individuellement, deux des trois textes publiés sont de très bons textes (Naufragée, de Sylvain Estibal, sur des photos de Yannick Vigouroux, qui dit « Selon moi, le document ment toujours, l’imaginaire jamais », et surtout Les Giètes, de Fabrice Vigne, qui dit, très sobrement, la vieillesse).

Les toutes dernières nées des collections ados font la part belle aux textes courts. Jeanne Benameur et Claire David dirigent D’une seule voix, chez Actes sud junior. En mars sont donc apparues quatre nouveautés dans cette collection dont l’on attendait beaucoup. « Des textes d’un seul souffle (…) à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde ». Quatre textes forts, dont l’on retient surtout Kaïna-Marseille, de Catherine Zambon. Quatre textes qui disent en tout cas une adolescence qui se crie, se montre, se hurle. Ou trois textes plus un, puisque Quand les trains passent, de la dramaturge suédoise Malin Lindroth, n’est pas du tout, selon moi, un texte destiné aux adolescents.

Textes courts également pour la collection Nouvelles, dirigée par Mikaël Ollivier et publiée chez Thierry Magnier. Selon l’auteur, il n’y a qu’à observer les ados, au CDI de leur collège, se jeter sur les livres les plus minces. L’idée est donc de proposer « des livres plein d’histoires qui se lisent vite et sans douleur », une « littérature de l’essentiel, du mot juste, du chemin le plus court vers le plaisir de lire ». Quatre recueils de nouvelles sont parus en mars dernier. Le plus beau est incontestablement celui de Mathis, Faire et défaire, dont les textes disent avec humilité le travail manuel et la relation entre un père et son fils. Le recueil de nouvelles fantastiques signé par Jean Molla, La revanche de l’ombre rouge, laisse des sueurs froides. Les deux autres recueils étonnent moins, mais il faut souligner la diversité des genres pour ces premières parutions. Et comme pour les autres collections naissantes, attendre de voir la suite…

Pour qui connaît l’exigence qui préside en général aux textes publiés par la collection doAdo des éditions du Rouergue, la naissance, en janvier 2006, de sa petite sœur, doAdo Noir, avait de quoi réjouir. Le premier titre de la collection, Je mourrai pas gibier, de Guillaume Guéraud, a obtenu le prix Sorcières du roman ado en 2007, après avoir remué… et divisé. Quatre textes ont alors suivi, quatre textes eux aussi très forts, avec néanmoins quelques nuances dans le noir…

Le printemps 2007 voit naître une deuxième petite sœur, doAdo monde. « Explorer les évènements politiques contemporains (…) en procédant à un travail de mémoire » : la collection  veut mettre en perspective les deux histoires, celle du monde et celle des gens. La grande histoire ce sont de petits hommes qui la font. Les deux premiers textes se ressemblent, chacun replace la guerre, habituellement lointaine, au cœur des jours des adolescents d’aujourd’hui, en résonance avec le passé et l’histoire familiale. Marita de Sterck parle de la guerre en Irak dans Avaler tout cru, et Rachel Corenblit de celle entre Israël et la Palestine dans Shalom Salam maintenant. L’ambition de doAdo monde est ainsi de proposer « des textes forts qui aborderont l’histoire contemporaine, ses thématiques politiques et exploreront la mémoire du siècle dernier. »


Au total, c’est donc sept nouvelles collections de romans pour adolescents qui ont été lancées en quelques mois. Avec peut-être pour dénominatif commun le souci d’exigence, celui de proposer des textes très écrits, qui prennent souvent appui sur la réalité. Des textes forts, parfois très courts, pour les plus grands ados. Des textes qui assureront peut-être la transition avec le secteur adulte.

Madeline Roth, L’eau vive 

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