28 mars 2007

compromis (chronique n°24 de Madeline Roth)

medium_trains.2.jpgJe suis très heureuse que le livre de Guéraud ait eu le prix sorcières. Et lorsqu’on me dira « c’est trop violent », je pourrai répondre « tu as lu Quand les trains passent ? »
J’attendais beaucoup de cette nouvelle collection, D’une seule voix. Peut-être parce que Jeanne Benameur la dirige. J’ai commencé par Kaïna-Marseille, et c’est un texte magnifique, bouleversant, superbement écrit. J’ai terminé par Quand les trains passent. Et depuis deux jours, je me demande bien ce que je vais dire sur ce livre, si je vais me tromper ou non.
Fabrice Colin en a parlé ici. Son article était posé depuis plusieurs jours sur le bureau mais je n’y touchais pas, j’attendais de lire le livre d’abord. Mes yeux de temps en temps attrapaient des mots. Johnny. Baise.
Les représentants d’Hachette et d’Albin Michel m’ont tous deux dit dernièrement qu’ils allaient sans doute devoir trouver un autocollant ou quelque chose pour avertir les lecteurs que les livres de Meg Cabot comportaient des scènes… délicates. Mais aussi délicates que soient ces scènes, je ne sais pas quel autocollant j’aurais imaginé pour Quand les trains passent. Fragiles s’abstenir ? L’idée de la collection est de présenter des monologues intérieurs, des textes qui se lisent d’un souffle, sans répit. « C’est une histoire pénible », dit la narratrice. La seule à avoir le droit de parler. Parce qu’elle regrette ce qui s’est passé. Et Suzy P., elle ne parle pas. On ne lui donne rien, et surtout pas le droit de parler. Pas même le statut de victime, puisqu’elle perd le procès.
Je sais que mes doutes, mes questions, reviennent à chacun de ces livres qui « posent problème » et l’on aura beau débattre, on en revient toujours au même. Est-ce qu’il faut dire les choses de cette manière-là ?
Samedi Elisabeth est venue à la librairie trouver des nouveautés pour le CDI. Je tournais autour de la table des ados. Du fantastique, de ces gros livres interchangeables, et des histoires terribles d’ados qui vont mal. Entre les deux ? Je change de rayon, je regarde les romans pour les plus jeunes. Un souffle. Dans le dernier roman de Valérie Zenatti, Adieu mes neuf ans !, Tamara s’inquiète à l’idée de basculer, avec ses dix ans, dans le monde des adultes. Qui n’ont jamais réponse à ses questions, qui ne semblent même pas s’en soucier. Son petit copain lui demande si « c’est la journée internationale des questions compliquées ». On voulait lui dire, à Tamara. Profite, profite encore un peu. Bientôt, ce sera pire.
Moi, j’ai trouvé un compromis. Qui vaut ce qui vaut. Un livre triste pour deux livres légers. Pas drôles, hein, juste légers. Hier, Le cadavre et le sofa, bd sordide au dessin superbe (Tony Sandoval, chez Paquet) et Quatre ?, le dernier volume de la tétralogie de Bilal, auquel je ne comprends toujours rien mais dont le dessin me fascine. Et du coup, Adieu mes neuf ans !, Mona Lisa et moi, Le géant de Sable (Agnès de Lestrade, dont j’aime beaucoup l’écriture), et L’heure du bisou, l’un des derniers albums de Guilloppé, qui est un petit bonheur de tendresse. Deux livres pas drôles du tout contre quatre petits nuages. Recette à appliquer quelques semaines, néanmoins, pour observer des résultats.

Madeline Roth, L’eau vive

 

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