09 février 2007

au milieu (chronique n°16 de Madeline Roth)

medium_spinoza.jpgj'en ai déjà parlé, j'en parlerai encore.
de ces gens qui me demandent un livre comme s'ils me confiaient un secret. Je me souviens, au tout début de moi ici, cette jeune fille qui a feuilleté Elle, ce petit bonheur d'Esperluete. Et qui est venue me le payer. Je crois qu'à sa place, je n'aurais jamais osé. Ce petit bout de rien du tout dans la poussette et une maman toute solide et toute forte qui cherchait pour lui un texte sur la séparation. Une grand-mère qui recueillait dans les rides au coin de ses yeux les presque larmes et les secrets de sa petite fille, et qui est repartie avec Le Coeur de Violette.

Au salon de St Paul, lorsque les allées se vidaient, j'allais piocher dans les premières lectures des petits textes à lire vite vite. J'y ai découvert Oreille d'homme, et j'ai adoré. Kurt et le poisson. Les chats volants. Et puis le plus beau, Spinoza et moi, dans lequel un petit bonhomme se débrouille comme il peut entre un père qu'il n'a jamais connu et une mère qu'il croise à peine. A un moment, il dit qu'il essaie de remettre sa bulle au milieu. Comme dans les niveaux. Les choses sont droites lorsque la bulle est au milieu. J'ai eu cette image dans la tête pour le restant de mon grand jour. Et je continue d'y penser.

Xavier est passé nous présenter les nouveautés de Pollen. Chez L'édune doit sortir un petit carré illustré par Lejonc, L'oiseau et la bille. L'histoire d'un petit garçon malade. Xavier parlait et je lisais et puis il s'est arrêté de parler et m'a dit excuse-moi, lis. J'étais à la caisse et Xavier attendait que je finisse de lire et peut-être que les clients attendaient que je finisse de lire mais je voulais savoir. Je voulais lire. 

Ce matin, les mots de Geneviève Brisac, "je ne fais pas de livres pour enfants, j'élève des tigres" et puis le regret que puisque ce sont des textes pour les enfants, on se soucie plus du sujet que de littérature. Hier soir, La main de l'aviateur, un nouveau do à do noir. Aucun ne sera jamais aussi fort que le texte de Guéraud. Quand j'en ai marre des livres de partout, qui s'entassent avant que j'ai le temps de les ranger, je pense qu'il faudrait peut-être avoir une toute petite librairie et ne garder que quelques titres à peine. les indispensables, ceux qui disent quelque chose. Un jour je ferai la liste.

Madeline Roth, L'eau vive

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