27 janvier 2007

janvier (chronique n°14 de Madeline Roth)

medium_arrouvignod.jpgVous avez un livre avec un personnage qui s'appelle Louis ? Un livre pour un garçon qui va avoir une petite soeur ? Et là, si je montre un album où un petit garçon va avoir un petit frère, ah non, ça ne va pas. L'enfant ne pourra pas s'identifier. Lorsque je me surprends à demander si c'est pour une fille ou un garçon, je me dis toujours, pourquoi je demande ça ? Et c'est moi, ensuite, qui me désole des catégories ? Je me surprends aussi à chercher un livre sur une petite qui a eu un accident de voiture, c'est-à-dire un livre où la mort survient par accident. Mais pourquoi faudrait-il chercher à ce point la même situation ? Est-ce que ce n'est pas terrible de proposer justement un livre comme un médicament, comme en réponse à des symptômes précis, avec une posologie, une marche à suivre ? Je vais prendre un exemple très bête, mais il me semble que le texte du vilain petit canard a touché... des hommes, non ? Je crois de plus en plus que notre regard d'adulte enferme les enfants, et qu'une partie de la littérature jeunesse qui est diffusée aujourd'hui, conçue pour toucher, comment dit-on, un "public cible", vient de ces dérives là. Ça m'embêterait de participer à ça...

Dimanche dernier, Paris, enfin Montreuil, quand on vient du Sud je suppose qu'on aime dire Paris. Dans le train, le dernier livre de Murakami, Le passage de la nuit. Pourtant je ne suis pas une japonaise de 19 ans qui étudie le chinois. Réunion des libraires de l'association. Tout parait un chantier insurmontable et tout arrive néanmoins. A Beaubourg, Klein, Hergé, Loustal, Mattoti. Lundi soir, tard, sur un pont d'Avignon, s'embrassaient sous la pluie qui battait la mesure deux amoureux. Dimanche prochain, je déballerai les livres des cartons de Saint-Paul. J'oublierai, au milieu du monde, ces journées froides de janvier où se dressent dans la réserve les piles de retours, entre lesquelles on passe la tête à la recherche de clients... Les nouveautés n'arrivent plus, à l'heure où l'on manque enfin de quelque chose de neuf pour balayer les tables de décembre, Romain n'a même plus assez de cartons vides pour les retours, et je lis des livres adultes, avant que tout ce qu'on m'a promis pour mars n'arrive. C'est un drôle de mois.

Madeline Roth, L'eau vive

Commentaires

Bonsoir,
Ce qui est honteux, c'est le livre qui prend l'enfant pour un abruti. Pas le livre médicament. Un livre médicament n'entrera peut-être pas au panthéon de la littérature, mais qu'est-ce que ça peut faire ? De toute façon, il s'en fiche d'être couvert de lauriers. S'il aide un gamin, et même s'il n'en aide qu'un, et même si tous les amoureux fous de la vraie littérature le méprise, moi je lui dirai merci. Tous les livres qui font du bien sont bons à prendre. Le bonheur, c'est le bien-être. Pas l'art.
Enfin, c'est ma façon de pensée.. ou peut-être de panser :-)
J.

Écrit par : Jennifer | 27 janvier 2007

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