16 janvier 2007

Dernières lectures

medium_aladin.jpgLes Métamorphoses de la lampe d’Aladin ou comment il fut passé au caviar
Héliane Bernard, Jean-François Martin
Tatou, Michalon – 18 €


Cet ouvrage magnifique est un objet multifacettes peu ordinaire. En effet, on trouve au départ Aladin ou la lampe merveilleuse, une version de 1912 du conte, superbement illustré par l’avant-gardiste Lucien Laforge. A partir de cet album, Héliane Bernard et Jean-François Martin ont recomposé une nouvelle histoire originale, La Ballade de la pie voleuse, en employant la technique dite du « caviardage ». Habituellement utilisé par les censeurs de tous ordres, le caviardage consiste à « corriger » le texte initial en effaçant ou en raturant afin de lui donner un sens plus conforme aux vues du pouvoir. Jean-François Martin reprend donc ici le procédé avec un grand sens artistique non dénué d’humour et réalise un album nouveau s’inspirant du style de Laforge tout en lui greffant habilement sa patte. Outre la grande qualité à part entière des deux albums, tant par le texte que par l’illustration, leur comparaison page à page est un réel plaisir et permet de mesurer la virtuosité des auteurs pour passer d’une histoire à l’autre, laissant de temps à autre une petite imperfection en guise de clin d’œil. Voici donc plus que jamais un album d’une telle richesse qu’on ne saurait limiter son accès à une tranche d’âge définie.
Guillaume Boutreux, M’Lire

medium_jourdeneige.jpgJour de neige
Komako Sakai
L’école des loisirs – 12 €


Il neige à gros flocons, le car scolaire ne passera pas et le petit lapin ne souhaite qu’une chose, c’est que sa maman lui permette d’aller faire un tour dehors… Mais tant que la neige tombe, ce n’est pas possible. Il doit attendre, tantôt jouant aux cartes avec maman, tantôt restant agenouillé sur une chaise, le nez rivé à la fenêtre en guettant l’instant magique. Quand la nuit tombe, enfin ça y’est, il ne neige plus ! Alors même s’il est tard, maman accepte d’accompagner son enfant dans la cour, pour le plaisir partagé de faire tout partout des empreintes et façonner des créatures de neige. Mais le bout du nez et les doigts deviennent vite gelés et il faut rentrer…
J’étais tombée sous le charme de cet album au moment où notre représentante nous l’avait présenté et je retrouve encore à chaque lecture les mêmes sensations. L’histoire est toute simple, mais elle incarne avec justesse toute la naïveté qui est propre à l’enfance quand, des petits bonheurs tout simples, émergent un émerveillement, une candeur bien réelle. On a l’impression que chaque mot est pesé, judicieusement choisi pour se fondre dans la splendeur des illustrations, qui révèlent à eux deux la tendresse qui unit cette mère et son enfant, devant l’absence du papa (pilote d’avion) qui est justement retenu au loin à cause de cette neige qui tombe.
Il faudra ouvrir cet album même lorsque l’hiver tirera à sa fin, pour s’imprégner des petites taches jaunes ou rouges qui se trouvent dans les yeux, les moufles ou sur le bout du nez du petit lapin. Pour moi, ce sont des rayons de soleils…
Sophie, L’Oiseau lire

medium_ppierre.jpgPetit Pierre
Suzanne Lebeau
Editions Théâtrales jeunesse – 7 €


La vie de Pierre Avezard avait déjà inspiré l’album Le manège de Petit Pierre, publié par Albin Michel en 2005. Petit Pierre est né le 30 décembre 1909, au début d’un siècle que marqueront les guerres. A moitié aveugle, quasi sourd et muet, il passera sa vie à bricoler avec de petits riens un manège fabuleux qui attirera les foules et fera taire les vipères. Suzanne Lebeau raconte cette vie par l’intermédiaire de deux conteuses qui déroulent le fil du temps en se renvoyant avec justesse les mots. Elle mêle au destin de Pierre l’itinéraire de ce siècle passé avec son cortège de misères. L’émotion est toujours présente, comme la silhouette de cet homme qui ramasse et bricole. Là ou l’album rendait hommage à l’homme, le texte de Suzanne Lebeau accroche à cette vie les parcours de milliers d’autres, entre les méchancetés de l’école et les guerres. Si l’œuvre de cet homme fascine tant, c’est qu’elle s’est construite « dans l’ombre et la sérénité, à l’abri des tentatives de récupération et de mercantilisme ». Ce manège est aujourd’hui considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de l’art brut, et la pièce publiée ici, bien plus que d’en faire le dessin, s’empare d’une destinée et fouille à travers mots ce qui fait d’une vie le témoin d’une époque.
Madeline Roth, L’eau vive

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