09 janvier 2007

Les lectures de Sitartmag

medium_amulpas1.2.jpgLa fille du papillon d'Anne Mulpas
Sarbacane, Romans Exprim’ 2006 - à partir de 13 ans

L’amour "global"

« Ce n’est pas un banal coup de foudre, ce n’est pas une bête histoire d’amour. Non, non et non. C’est autre chose », écrit Solveig dans le journal intime qu’elle a choisi d’écrire, en dépit de ses principes… car elle a enfin quelque chose à raconter et à confier depuis qu’elle a rencontré celui qu’elle baptise d’emblée « le Monde », le garçon qui va prendre désormais beaucoup de place dans ses pensées et dans sa vie. Elle se veut fidèle à cet idéal amoureux (elle apprendra évidemment que la réalité et ce qu’on s’imagine divergent souvent), se définissant en opposition à son père, le fameux « papillon » du titre qui va de femme en femme sans s’y arrêter bien longtemps. Ce roman de l’intime, ouvertement décalé, met à jour les failles d’une existence singulière, qui abonde en « grains de sable », de ceux qui enrayent les plus belles machines... Lire l'article de Blandine Longre

medium_ellenpotter5.jpgToo much d'Ellen Potter

traduit de l'anglais par Nathalie-M-C Laverroux
Seuil jeunesse 2006 - à partir de 11 ans

Une snob à Manhattan (ou la rédemption d’une HTACR)

Il faudrait qu’un jour on explique la présence de plus en plus forte en littérature jeunesse de héros-tête-à-claques-richissime (catégorie que l’on nommera pour aller plus vite ‘HTACR’). D’Artémis Fowl à Clara, l’héroïne de ce roman, on aurait une liste de personnages qui semblent dérivés de la catégorie des petits lords, tout en étant leur contraire absolu sur le plan du comportement. Les HTACR ne respectent que ceux qui leur ressemblent et ne craignent personne. Un point commun cependant : comme le héros vertueux richissime, le HTACR est plus ou moins orphelin, solitaire en tout cas, et il semble avoir perdu son enfance et en être sans le savoir extrêmement malheureux. Qu’on se rassure : la HTACR de ce roman sera sauvée et découvrira la vérité du monde et des êtres... Lire l'article d'Anne-Marie Mercier.

medium_zazie1.jpgMademoiselle Zazie et les femmes nues
de Thierry Lenain - photographies de Magali Schmitzler
Editions Où sont les enfants ? 2006 - dès 8 ans

Zazie, le retour.

Qui ne connaît pas Zazie, la célèbre héroïne ré-inventée par Thierry Lenain ? On se souvient de Mademoiselle Zazie veut un bébé ou de Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? qui abordaient déjà très intelligemment (et facétieusement) la question des relations entre filles et garçons et des découvertes successives que font les enfants vivant en mixité, différents mais égaux. Cette nouvelle tranche de vie, Mademoiselle Zazie et les femmes nues, se démarque néanmoins des aventures précédentes de la petite fille : c’est ici un album, "illustré" par des photographies – selon la ligne éditoriale des éditions Où sont les enfants ? ; des clichés énergiquement retravaillés par Magali Schmitzler, qui accompagnent le texte avec vivacité. Lire l'article de Blandine Longre

 

medium_florient7.jpg

L’Ombre du loup de Frédérique Lorient
Magnard, Tipik junior, 2006  - à partir de 12 ans

Dans la forêt des Vosges

Frédérique Lorient est entrée en littérature avec un beau roman de SF, Danseurs de lumière, publié chez Mango, dans la collection Autres mondes. Son deuxième roman n’est pas un roman de SF. Il s’appuie au contraire sur la bonne terre des Vosges et aborde un sujet délicat, dont on commence à parler en littérature de jeunesse, la pédophilie.
C’est Enguerrand, 12 ans, qui raconte ce qui s’est passé dans sa vie d’adolescent et celle de son jeune frère Robin et sa petite sœur Lulu, le jour où leur mère a dû partir en voyage d’affaires au Japon. Elle les a laissés tous les trois avec son nouvel ami, Sauron, installé chez eux à Ribeauvillé, plutôt que de les confier à leur père, dont elle est divorcée, et qui vit pourtant tout près, à Colmar. Les enfants n’aiment pas cet intrus et l’on comprend très rapidement pourquoi... Lire l'article de Catherine Gentile

 

Commentaires

A propos de "l'ombre du loup"

Voilà une mère qui a la garde de ses enfants après son divorce (cas classique) qui travaille beaucoup et qui bien sûr va d'homme en homme. Elle repart à nouveau et laisse ses enfants à son compagnon du moment surnommé Sauron, parce que celui-là, les enfants le détestent. Enguerrand (!), 12 ans doit faire prendre son bain à sa petite soeur et découvre qu'elle a du cambouis sur son sexe. Lulu lui explique tout de suite qu'elle subit des attouchements d ela part de Sauron. Aussitôt le garçon décide de rejoindre son père. Et voilà le seul intérêt du livre : c'est un bon guide de randonnée pédestre entre Ribeauvillé et Sainte-Marie-aux-Mines. Le périple est long avec une petite fille. Ils rencontrent un vagabond allemand dont ils ont peur et qui bien sûr va les aider et même (oh surprise !) un lynx...Sauron est parti à leur poursuite et les traque. Enfin ils arrivent chez leur père dont la nouvelle compagne est, elle, une femme idéale. Tout le monde est atterré. Robin a avoué entre-temps que Sauron l'avait violé. Il est arrêté, la mère revient mais ne semble pas vraiment consciente de ce qui est arrivé. Les enfants voient un psy, mais ils n'en ont pas besoin finalement (!!!). Quand on sait les ravages que peut provoquer un tel traumatisme, on en reste coi ! Bref les pères devraient tous avoir la garde de leurs enfants, car les mères sont trop irresponsables. Quant à la pédophilie, finalement ce n'est pas grave, on s'en remet très bien ; ce n'est que le vague prétexte de ce livre incohérent. Ce sujet très grave mérite beaucoup mieux ! G. Redeler

Écrit par : Geneviève REDELER | 17 janvier 2007

Libre aux lecteurs d’aimer ou non ce roman. Je ne l’ai pas lu et ne peux donc juger de ses qualités narratives ou littéraires, mais pourquoi vouloir absolument faire d'une oeuvre de fiction destinée aux adolescents un manuel ou un petit guide de survie ? Pourquoi ne pas le prendre comme une histoire parmi d'autres, plutôt que d'y chercher à tout prix une finalité utilitariste ou édifiante (voir réparatrice, dans ce cas) ? Et pourquoi aussi tirer des généralités d’un roman qui se veut certainement singulier ?

Écrit par : Blandine Longre | 18 janvier 2007

Les réctions épidermiques ne sont pas la garantie d'une analyse juste. Madame Redeler n'aime pas l'ombre du loup, et du coup prête à son auteur des mauvaises intentions, en dépit de ce qui est réllement raconté. A quel moment est-il dit que Robin a été violé ? "Sauron avait essayé de lui faire du mal" ou est-il écrit que la mère est incapable d'élever ses enfants ? Elle en conserve la garde et met en route l'arsenal judiciaire. Où est-il écrit, cette énormité, que la "pédophilie, ce n'est pas grave ?" Jamais le livre ne permet de sous-entendre une pareille chose. Au contraire, l'enfant victime d'attouchements est protégée par ses frères, par le vagabond, le père, la police, et pour finir, par un psychologue que la mère va consulter. Et si le suivi des enfants est trop rapide au gré de Madame Redeler, c'est sans doute pour montrer au lecteur que, en dépit tout ce qui peut arriver de terrible, les êtres ont des capacités de résilience, pour peu que la famille et la société les soutiennent dans leur malheur.
Ce livre traite d'un sujet dérangeant, en insistant sur la solidarité entre les enfants, et sur l'importance de la parole. Il mérite bien mieux qu'un tel jugement hâtif.

Écrit par : Marie Hartmann | 30 janvier 2007

Bonjour,

Ma réaction n'est pas épidermique : j'ai lu et relu ce livre en novembre, en service de presse et j'ai attendu janvier pour en parler. Ce livre est bourré de tous les clichés qu'on peut rencontrer dans certains téléfilms bien français. J'ai vécu ce type de problème de près, dans ma famille et la "résilience", j'en ai marre ; c'est devenu un concept à la mode, mis à toutes les sauces. G. Redeler

Écrit par : Redeler Geneviève | 30 janvier 2007

J'ai lu L'ombre du loup comme on lit un polar, dans la hâte et avec un certain plaisir. Certes les adultes y sont peu crédibles, convenus, et j'ai été agacée par la légéreté avec laquelle l'auteur fait s'exprimer les enfants à propos de leurs parents. Cela a un côté "tout va très bien madame la marquise" alors que... Tristes adultes occupés seulement d'eux mêmes et incapables de porter attention à leurs enfants. Mais comme dans beaucoup de romans policiers c'est la disparition ou l'éloignement des adultes qui permettent que l'aventure commence. Ici c'est l'éloignement affectif et les dérapages d'un beau-père provisoire. L'intérêt de ce livre réside dans la partie consacrée à la fuite des enfants, vaillants et débrouillards. Ce road-movie dans la forêt est palpitant. Il y a chez l'auteur (et l'éditeur peut être?) la volonté de croiser le genre littéraire avec un " thème porteur" : la pédophilie, et sur ce point le livre est loin d'être remarquable ! Mais il a un avantage , ici au moins les enfants parlent entre eux, résistent , et ont de justes initiatives : fuir le beau-père dangereux, rejoindre le "bon père" en l'absence de leur mère. Je l'ai lu et le conseille comme un polar, un roman de poursuite bien mené, en aucun cas comme un livre sur la pédophilie.

Écrit par : Claude ANDRE | 07 février 2007

Écrire un commentaire

Vos commentaires seront publiés après validation par le modérateur, merci d'être patient !