03 novembre 2006
Dernières lectures des libraires
Les trois rives du fleuve
Adeline Yzac
Les romans, Alice jeunesse – 8 €
C’est peut-être le souvenir de la pudeur dans l’écriture et de l’émotion ressentie au cours de la lecture du Jour des oies sauvages, publié au Rouergue en 2004, qui nous ont fait ouvrir le dernier texte d’Adeline Yzac. Ou peut-être juste la reproduction de Schiele en couverture. Et puis on a toujours, quelque part dans une pile au pied du lit, son avant-dernier texte, dont le seul titre nous plait (L’enfant à la bouche de silence, publié également chez Alice).
Le texte de la quatrième des Trois rives du fleuve annonce, audacieux : « un livre qui redonne confiance en la vie ». Trois destins, trois existences malmenées, torturées, qui se croisent et se répondent. « Trois rencontres du hasard » autour du même sentiment de honte et d’abandon. Une jeune fille qui a donné son corps sans le vouloir, un enfant bien trop petit pour supporter les coups que son père porte sur sa mère, et un médecin qui garde en lui les blessures de l’enfance. Ça fait peut-être un peu trop, non ? L’idée est belle et pas invraisemblable, ce sont peut-être ceux qui souffrent qui nous amènent à nous détacher de notre propre souffrance, mais il ressort de cette lecture un malaise un peu gênant. Il y a des choses que l’on comprend sans les lire et nul besoin alors d’insister. Mais il y en a d’autres qu’il faut nommer. A tout prix. Les laisser sans nom, dans ce silence assourdissant, c’est pire que tout. Jamais Adeline Yzac ne nomme ce qu’a vécu Daniel avec sa tante. Et même au nom de la pudeur, de l’humilité qui caractérisent cette écriture, ce n’est pas supportable. On a pensé souvent à La fille du canal, de Thierry Lenain, et puis il y a ce fleuve, où les personnages se rencontrent. La comparaison s’arrête là. Sans doute que le personnage de Daniel est en trop. Les deux enfants se seraient appuyés l’un à l’autre, sans que l’ombre de cette tante et les silences qui l’accompagnent ne viennent alourdir un texte déjà difficile.
Madeline Roth, L’eau vive
Mon copain Bogeugeu
Béatrice Fontanel, Marc Boutavant
Gallimard jeunesse – 9 €
Il y a des moments où les illustrations de Marc Boutavant nous agacent. D’autres où elles nous font sourire, parce qu’elles collent presque exactement aux mots. C’est le cas ici, avec ce petit texte destiné aux premiers lecteurs et écrit par Béatrice Fontanel. Un texte aux accents du Petit Nicolas dans lequel le narrateur, Ferdinand, dresse le portrait de Bogueugeu, le nouveau. Bogueugeu bégaie. Alors forcément, on se moque de lui. Mais comme dans tout bon livre jeunesse qui se respecte, ça finit bien… Les petits bonhommes de Boutavant sont vraiment marrants et les couleurs sont gaies et vives. Béatrice Fontanel a mélangé la tendresse et l’humour et le tout fonctionne très bien.
Madeline Roth, L’eau vive
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La Mine à Bonbecs
Irène Cohen-Janca, Laurent Moreau
zigZag, Editions du Rouergue – 6,50 €
Mine a une place très très particulière dans la vie de Abel et de ses copains : elle tient une boutique de bonbons et elle a un cœur d’or. « La boutique de Mine, c’est l’île mystérieuse, la caverne d’Ali Baba, la grotte enchantée. » Par contre Mine interpelle beaucoup Lili, la petite sœur d’Abel qui se demande bien pourquoi elle n’a pas de prince charmant et ce que renferme son gros soulier tout noir… En tout cas, les garçons eux, se posent bien moins de questions car ils ont mieux à faire : subtiliser quelques bonbecs en douce grâce à une ingénieuse parade dont d’ailleurs Mine ne doit pas être bien dupe… Et tout ce petit monde se retrouve chamboulé par la saisie du magasin pour cause de dettes. Serait-ce à cause des bonbons volés ?! Comment venir en aide à Mine ? Abel et ses copains, ainsi que les jeunes lecteurs pourront le découvrir, ne manqueront pas d’ingénieuses idées comme à leurs habitudes !
L’écriture de Irène Cohen–Janca, entre malice et sensibilité, ravira les enfants dès 7-8 ans tout comme elle les avait déjà conquis avec un de ces précédents récits Fil d’or et bottes blanches paru également dans la collection zigZag. Dans ces petits romans, les enfants sont confrontés à des problèmes d’adultes qui les touchent et parviennent à leur échelle à apporter de l’aide. Le ton joyeux et positif convient parfaitement à cet âge de l’enfance où l’on saisit déjà beaucoup la réalité de ce qui nous entoure tout en étant plein de spontanéité et de détermination. Et Laurent Moreau croque avec succès toutes ces saynètes, d’un trait naïf réjouissant.
Amélie Bardin, Tiers-Temps
A bas la vaisselle !
Yann Mens
Petite poche, Thierry Magnier – 5 €
La grève de la vaisselle est déclarée dans la famille Toucouleur ! Voici un nouvel épisode réjouissant de cette famille pas comme les autres imaginée par Yann Mens. Fatoumata décide de ne plus faire la vaisselle, elle organise un piquet de grève avec revendications et négociations ! Oui, oui, et vous n’allez pas le croire mais les parents ne s’y opposent pas. Ça cache quelque chose… Résultat : la vaisselle sale s’accumule et le service de mariage est sorti du placard. Ce qui est bien du goût de Arsène : « J’aime bien, ces assiettes et ces verres-là. Ils sont super jolis. Papa et maman les ont reçus en cadeau quand ils se sont mariés. On ne s’en sert que pour Noël, le réveillon et les anniversaires. Je ne savais pas que les grèves c’étaient des fêtes. »
Les jeunes lecteurs ne seront pas sans apprécier l’humour d’Arsène qui nous décrit le « conflit » du haut de ses sept ans. Avec la famille Toucouleur, c’est ambiance garantie ! Et si vous voulez savoir le fin mot de l’histoire, car bien sûr vous ne pensez pas que les parents ne vont pas à leur tour concocter quelque chose… Non mais ! Encore un de ces p’tits romans comme les grands qui est un vrai bon moment de lecture. Et en plus, ça peut faire germer des idées !
Amélie Bardin, Tiers-Temps
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