03 juillet 2006

Rencontre de PAROLE : SARA

AROLE


medium_couverture_106.jpgQuatre lettres – et tout un univers ! Un rayonnement aussi, toujours grandissant, autour de ce prénom réinventé, autour de ces albums qui s’imposent comme des évidences. Artiste jusqu’au bout des ongles, ouverte et aimable, mais aussi réfléchie et secrète (le contraire m’aurait étonnée !), celle qui enfant aimait déjà regarder des revues d’art avec sa mère, nous parle ici de son parcours « d’autodidacte » professionnelle. De Paris, avec le collage magistral pour la couverture de Parole devant nous… Par Ulrike Blatter

Chère Sara, j’essaie d’imaginer quels sont les artistes ou les illustrateurs qui ont pu vous influencer, j’essaie de deviner vos éblouissements, vos précurseurs, que sais-je… Ce n’est pas facile, tant votre chemin me semble solitaire et votre démarche originale ! A part, peut-être, Bruno Munari et son livre In the darkness of the night ?

Non, enfant je ne connaissais pas Munari dont Le Seuil vient de rééditer l’œuvre, mais j’ai beaucoup regardé ; j’ai adoré par exemple les fresques de Michel-Ange et de Leonardo da Vinci, Matisse aussi, bien sûr… D’ailleurs je regarde et je lis toujours beaucoup et je ne fais pas de différence entre des livres pour enfants et ceux pour adultes ; pourvu que l’intelligence et le cœur soient touchés.



Cette part nocturne dans votre œuvre que j’ai toujours admirée – comment faites-vous pour la préserver ainsi, au grand jour ?

Cela provient justement du fait d’utiliser des silhouettes, ces papiers différents… la déchirure égalant l’incertitude, elle amène ce climat entre chien et loup, elle favorise le vague, l’évocation. Pour moi, la technique, cela ne veut rien dire, elle n’est là que pour exprimer un sens.



Les fissures ou les bords des papiers déchirés sont si justes, on les ressent souvent d’une telle force, que l’on a l’impression qu’il s’agit comme d’un souvenir personnel, d’une de nos anciennes angoisses qui remonterait à la surface… (Chez moi, née au bord d’une rivière par exemple, l’image de cette écluse gigantesque dans Bateau sur l’eau). Il me semble que vous choisissez toujours scrupuleusement le point de vue de l’enfant-spectateur: est-ce conscient ?

Non, pas du tout. Cela doit venir plutôt de ma façon de me souvenir.



Et votre paysage d’enfance à vous ?

Je dirais les ports (Rouen par exemple) et la mer en général…



A cause de l’émotion, peut-être, qu’il véhicule, je ressens votre style comme plutôt féminin, et cela, de ma part, évidemment sans aucune note péjorative – seriez vous d’accord avec cet adjectif ?

Non, je ne le comprends pas très bien. Je ne vois pas – pour moi, un dessin n’est jamais féminin ou masculin.



Vous avez trois grands enfants ; sont-ils respectueux de votre création ?

Oui, cela a toujours été une sorte d’évidence ; on ne touchait pas à ma table de travail. Par contre, nous avons beaucoup discuté, et cela les a ouverts à une certaine culture visuelle…



Les premiers albums que je possède de vous ont paru chez Epigones… Je les ai qualifiés d’aventures silencieuses* – pourrait-on définir encore ainsi vos dernières publications
 ?

Oui, je pense que cela convient toujours très bien à ce que je veux faire dans mes albums, raconter sans mots, exprimer au mieux un sens, étirer un moment décisif.



Tout récemment votre travail a été honoré par Ibby ; avez-vous l’impression que l’on perçoit mieux votre démarche aujourd’hui, qu’elle est peut-être devenue un peu plus explicite?

Je viens de recevoir une Pomme d’Or à Bratislava et cela m’a fait très plaisir. C’était comme un cadeau complètement inespéré – nous, les illustrateurs, nous sommes si nombreux actuellement ! Vous savez, au début on trouvait mon travail triste, on ne comprenait pas du tout ma recherche. Que j’aime par exemple beaucoup la couleur, sa vibration, mais que je l’aime justement trop pour l’utiliser avec d’autres… Ainsi, lorsque j’étais directrice artistique d’un magazine, je n’étais jamais d’accord avec les autres journalistes à propos de la place impartie à l’image.



La galerie L’Art à la page de Paris vient de vous consacrer une sorte de monographie (Sara, collection images images), une publication élégante d’un nouveau genre contenant quelques phrases lapidaires à l’attention des jeunes enfants, mais qui pourra aussi servir comme introduction à votre œuvre auprès des professionnels. Cet album, mélangeant reproductions de croquis, peintures et papiers collés, sera accompagné d’une exposition modulable s’adressant, elle, à un public scolaire. C’est une consécration – avez-vous encore d’autres projets ?

Oui, une nouvelle pièce de théâtre et un album chez Thierry Magnier sur un papier gris magnifique: il s’appelle Eléphants.



Je quitte Sara à regret en emportant précautionneusement son beau collage « L’Ours montrant le chemin à l’homme », nouvel exemple de sa compréhension des bêtes, de ce compagnonnage affectueux qu’elle dépeint si souvent entre elles et nous : on le sent fort, cet ours, d’une démarche affirmée et dansante à la fois ; il y a un dynamisme incroyable dans sa verticalité, comme une autorité. Et s’il nous donne une leçon, il me semble qu’elle serait plutôt ancestrale que scolaire.



* in : Schau genau ! – Regarde ! – Look twice !, Institut suisse Jeunesse et Médias, 2002.





Autres titres disponibles de Sara :



Le chat des collines,
Circonflexe, 1998

Je suis amoureux, Circonflexe, 1999

Le rat musicien, Circonflexe, 2000

Le loup, Thierry Magnier, 2000

La petite fille sur l’océan, Circonflexe, 2001

Volcan, Thierry Magnier, 2002

Révolution,
Seuil Jeunesse, 2003

Du temps, Thierry Magnier, 2004

La laisse rouge, Bilboquet, 2005

A quai,
Seuil Jeunesse, 2005 (album + DVD)


UN ARTICLE D'AROLE

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