22 février 2006

» Attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas !

medium_gud.jpgUne réaction de Vincent Cuvellier à la critique du dernier roman de Guillaume Guéraud par la librairie Comptines

"Bonjour,
ce n'est pas la première fois que j'entends ces arguments concernant un roman pour ados, singulièrement souvent de guillaume guéraud, et parfois d'autres... j'ai envie d'y réagir, et d'une parce que c'est un pote à moi, ce qui me semble une raison suffisante, et de deuze, parce que mes livres à moi sont tout ce qu'il y a de pas violent, à deux doigts du cucul la praline et que je peux donc parler sans intervenir pour ma propre paroisse..
Ces avis (en gros je résume, c'est génant de faire lire à des ados un livre violent voire qui glorifie la violence) me semblent être des avis moraux, et à mon humble avis la morale n'a rien à voir avec la littérature, elle ne peut que nous mener vers plus de politiquement correct... ok, guéraud a une certaine fascination pour la violence, on peut s'identifier et éprouver de la sympathie pour son personnage principal, mais là, on est quand même dans un procédé qui est utilisé dans des centaines de milliers de livres: l'identification au personnage, qu'il soit gentil ou méchant...
Faudrait il mettre un avertissement sur le bouquin, genre: "attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas!"
Et alors que faut il faire de tous ces livres ou films où on éprouve de la sympathie pour le méchant et/ou la violence est esthétisée? adieu scorsese, coppola, léone, et des milliers d'autres...
Ah oui, c'est vrai, ces auteurs ne s'adressaient pas aux ados... aux ados, il leur faut des modèles, c'est qu'ils sont en construction, et risqueraient de prendre la fiction pour la réalité... popopop! et si les ados n'étaient pas débiles mais bien capables de faire la part des choses? et si les livres étaient aussi là pour transgresser des tabous? et si les livres pour ados étaient des livres tout courts, donc sans aucune portée pédagogique ou morale, mais une portée littéraire?
Qu'est ce qu'il faut faire? ne pas éditer les livres de guillaume? qu'il rentre dans le rang? qu'il écrive des trucs inoffensifs?
Ou qu'il essaie à chaque bouquin, avec ses exagérations ou ses maladresses à chercher dans sa voie?
Allez, cherche, guillaume, cherche, oh oui, c'est un bon guillaume, ça!..."

Vincent Cuvellier (son blog)

Commentaires

«Je mourrai pas gibier» est un de ces romans qu’on rumine et ressasse pendant longtemps. Parce que l’histoire est forte, irréversible. Mais aussi parce qu’elle pose de réelles questions. Elle parle d’une réalité, d’une France rurale – qui est peut-être éloignée des préoccupations premières des adolescents actuels– mais qui existe. Alors pourquoi ne pas leur en parler ? Est-on toujours obligé de leur livrer des histoires qui les concernent directement, et agrémentées de sempiternelles explications?

Oui, ce roman provoque un sentiment de malaise, de dégoût et de révolte aussi. Oui, il peut choquer par sa crudité, par la violence de certains passages. Et les jeux vidéos, la télévision et ses informations ne violentent-ils pas parfois nos ados ? Guillaume Guéraud rapporte, dans toute son horreur, un fait divers. Sauf qu’à la différence des images que l’on subit, les mots on les imagine, personnellement, à sa façon. Et tout lecteur ne peut-il pas reposer un livre qui le dérange ? On espère alors qu’il devient un « lecteur-juge », qui prend pleinement possession de son libre arbitre, pour une vraie lecture. Les adolescents n’ont-ils pas le droit d’avoir accès à cette liberté ? N’en sont-ils pas capables ? Il est évident que n’importe quel ado – il n’y a rien de péjoratif dans cette désignation – ne peut lire ce roman avec tout le bon sens critique « qu’il faudrait ». Mais accordons-nous pour dire qu’ils sont tous en passe de l’acquérir. Alors à quand le bon moment pour leur proposer de vrais textes ? Où s’arrête cette agaçante frontière entre le monde des adolescents et celui des adultes ? Peut-être justement, qu’elle s’efface, peu à peu et naturellement, grâce à des textes comme celui-ci ?

Pour répondre à la question à qui s’adresse ce roman, je crois qu’il s’adresse à ceux qui ont envie de le lire, adolescent ou adulte. À ceux qui cherchent dans la lecture des émotions, plaisantes ou déplaisantes, une voix singulière qui dit la vie telle qu’elle est parfois, cruelle et insoutenable. À ceux qui veulent vibrer et se sentir vivant grâce à la lecture. D’ailleurs, l’intérêt de toute lecture ne réside-t-il pas en ce point ?

Enfin, n’est-ce pas, à nous libraires, d’accompagner, de soutenir des textes difficiles, surtout quand les qualités d’écriture de l’auteur sont indéniables ? N’est-ce pas, à nous, d’encourager des éditeurs qui savent prendre des risques ? Oui, sans conteste, la littérature jeunesse ne cesse d’évoluer, et heureusement. Elle grandit avec les enfants et les adolescents à qui elle s’adresse. Elle s’adapte à une société, à une réalité. Quoi de plus normal ?

Marie Rosso – Librairie NEMO

Écrit par : Marie Rosso – Librairie NEMO | 22 février 2006

Bonjour,

Je ne commente pas le livre de Guillaume... je ne l'ai pas encore lu !

Je voudrais juste réagir, à titre personnel, aux commentaires de Vincent et de Marie.

Si un livre pour ados est un «livre tout court» (idée que je pourrais aisément partager, si l'on s'entend sur ce qu'est un ado); si un livre pour ados n'a pas à tenir compte de la spécificité (qui n'existerait d'ailleurs pas ) de son destinataire (ouvertement ciblé par l'éditeur); s'il suffit de faire confiance à la capacité de discernement des ados… Pourquoi existe-t-il des collections pour eux ? Simplement pour avoir un catalogue de textes susceptibles plus que d'autres de les intéresser ? Pour proposer des textes au style et au vocabulaire «accessibles», indépendamment de la question du fond ?

Si un livre pour ados, c'est «un livre tout court», pourquoi un auteur envoie-t-il son texte à une collection «pour ados» ? Pourquoi pas à une «collection tout court», chez un éditeur «tout court» ?

Et si on les supprimait enfin, ces fichues collections pour grands ados ? Si on remettait le soin aux médiateurs de savoir chercher dans toutes les littératures ce qui peut intéresser tel ou tel ado ? Aucune ironie dans cette proposition...

En revanche (permettez-moi un peu de provoc : à un endroit où l'on parle de Guillaume, c'est la moindre des choses ;-) quand on aura supprimé les collections pour ados, il va y avoir un certain nombre d'adultes sur le carreau. Ceux, éditeurs, écrivains, critiques (pas tous, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !) qui étaient à cet endroit de la «littérature jeunesse» peut-être bien parce que la «littérature tout court» ne voulait pas d'eux... Ceux à propos desquels on peut parfois se demander si ce qui existe entre «l'album abscons» et «le roman pour ados/adultes» (ou le «texte affranchi de toute contrainte») ne les ennuie pas sacrément, et si finalement ce n'est pas davantage pour eux, et non pour les ados ou les enfants, qu'ils voudraient que s'estompent ces fameuses frontières…

Écrit par : Thierry Lenain | 22 février 2006

Je tiens juste à revenir sur un point.
Je ne dis pas qu'il faut supprimer les collections pour ados. Elles sont, je pense, nécessaires pour les adolescents - parce qu'elles répondent à des critères bien précis, à leur univers - et, bien sûr, pour certains adultes (éditeurs et auteurs). Nous sommes d'accord sur ce point.
En revanche, ce que je pense c'est qu'il est également nécessaire que des éditeurs, comme le Rouergue ou autres, travaillent pour une littérature jeunesse moins "stéréotypée" et stigmatisée. Et par ce biais, que l'on puisse proposer aux adolescents des textes "transitoires" (puisque l'adolescence est belle et bien une période charnière de la vie) qui les amènent vers une littérature dite adulte. Je crois sincèrement que ces deux approches de la littérature jeunesse sont complémentaires et indispensables, si l'on veut avoir une vision large et ouverte de la littérature en général.

Écrit par : Marie Rosso | 22 février 2006

Bonjour,
je ne suis ni libraire,ni auteur,je suis adulte(mais selon quelle définition?...) et simplement en curieux j'ai grignoté ce roman.
J'y ai rencontré du plaisir et de l'émotion comme un adolescent peut en trouver car c'est bien de la vie réelle et forte dont il s'agit.Si l'acte commis est atroce,il existe bien au quotidien dans notre societé alors pourquoi vouloir le "masquer"...que le livre garde toute sa liberté et que simplement sans polémique soit noté sur l'ouvrage "attention livre où le lecteur ne devient pas le héros"...

Écrit par : Louis | 24 février 2006

très chers amis

Apprenti libraire de mon état, je ne me permettrais pas de mettre en doute les dires de ma collègue, ni de monsieur Lenain. Je ne suis ici que pour vous dire qu'en tant que féru de polar je me réjouis de cette apparition dans le monde édulcoré et pleins de bleuettes qu'est la littérature pour ados de nos jours.
Je travaille dans une petite librairie jeunesse et je suis attéré devant, et pardonnez moi cette expression, les tombereaux de merde qui sortent des cartons. Alors quand je vois un roman noir bien construit et qui offre une belle étude de la violence, je crie youpi! A côté de cela, je n'en ai pas vendu un seul, mais je ne désespère pas .....
La question qui se pose maintenan est de savoir si ce roman est une exception ou est ce que DOàDO noir s'étoffera? ....Affaire à suivre

Écrit par : yann | 26 février 2006

Bonjour,
Je suis ce qu'on peut appeler une ado étant donné que j'ai 15 ans. je tenais à dire, qu'en effet il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins. on est bien capable de faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
pour ma part j'ai vraiment aimé ce livre. je trouve l'écriture simple, et pourtant, on arrive très bien à se mettre dans la peau du personnage.
c'est, certes, un livre qui laisse mal à l'aise, et pourtant, pas tant que ça ; ce n'est pas le pire. un livre qui m'a vraiment laissé sur le carreau c'est "quand les trains passent" de Malin Lindroth de la collestion "d'une seule voix".
ils font partie de ces livres qui permettent une réflexion, une remise en cause ; ce qui change des romans ados basiques qui virent au cucu d'une amourette impossible, ou de l'elfe en quête de la pierre qui va sauver le monde. et je trouverais dommage que la publication de tels livres soit stoppée.

Écrit par : Judith | 15 décembre 2007

En réponse aux propos de Judith qui est quand même concernée car c'est ,de par son âge, une ado (enfin je crois!)- une ado parmi tant d'autres mais une ado- je me dis que le fond de ce problème c'est une question de sensibilité. Judith n'a pas été sur le carreau avec "Je mourrai pas gibier" mais elle l'est avec "Quand les trains passent "; Pour Théo son voisin de table en classe, ce sera l'inverse. De quel droit, des adultes (avec pour chacun sa sensibilité aussi) se poseraient comme censeurs vis à vis d'ado en prétextant une sorte de principe de précaution culturel et ne pas mettre les livres de Guillaume Gueraud sur des étagères de bibliothèque ou de librairie?(ce même type d'interrogation se pose pour les plus jeunes avec les albums par exemple)Ne faudrait il pas par exemple aiguiser plus l'esprit critique des enfants au lieu de les noyer dans la normalité et la conformité(d'ailleurs cela permettrait peut-être d'aller plus vers des livres,des films...de qualité)Et puis je pense que tout se tient dans l'échange du libraire avec son lecteur-client, dans le relationnel du bibliothécaire avec son lecteur-usager, dans l'accompagnement du parent avec son lecteur-enfant et puis pour tous ces ados qui ne sont pas entourés lors d'une rencontre avec ce type de livre (et encore existe t il un monde d'ados sans copains ?), ils ont suffisamant de tripe au fond d'eux pour en dire quelque chose et faire sortir ce qui a pu les bousculer (ce qui est le propre de la littérature non?).Et comme disait Tomi Ungerer "il faut traumatiser les enfants" Guillaume Gueraud a toute sa place dans la littérature jeunesse,j'en reste persuadée.

Écrit par : Une maman d'ado qui adore les livres | 06 décembre 2008

mon ado de fils m'a fait connaître les livres de Guillaume Guéraud : génial, tout simplement..
rencontrer l'auteur est du pur régal également comme ses bouquins d'ailleurs.

Dans ce livre, Guillaume a su parfaitement décrire la campagne où se passe cette sombre histoire, je viens de lire la bande dessinée inspirée du roman de Guillaume, et magnifiquement dessinée par Alfred. Qui l'a lu et qu'en pensez-vous, personnellement j'ai trouvé qu'Alfret a bien su faire ressortir l'histoire ... une histoire qui pourrait être vraie..

Écrit par : laurence | 11 mars 2009

escale du livre à Bordeaux : Guillaume Guéraud lit "je mourrai pas gibier", pendant qu'Alfred dessine : un moment très agréable, du pur bonheur, Guillaume lit très bien et Alfred dessine toujours aussi bien, un bon duo à tous les deux...

Écrit par : laurence | 09 avril 2009

Documentaliste, dans un lycée général et professionnel, je viens de lire "Je mourrai pas gibier". Je trouve l'écriture très intéressante et le scénario bien ficelé. Quelque chose me dérange cependant et ce n'est pas à proprement parler la violence. Non, c'est plutôt la nature de cette violence. Certaines descriptions sont limite gore notamment la scène dans le garage, pour moi, cela tue la crédibilité du roman. Autant la violence existe, et il n'est pas question de la gommer, autant il est exagéré, à mon avis, de faire jaillir l'hémoglobine et le craquement des os brisés.

Écrit par : Christine | 21 janvier 2010

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