Accueil - 09 février 2006
» Tibet : Le chemin de Wangmo

Extrait de :
Le chemin de Wangmo
(Tibet)
Roman de Magali Turquin
Coll. Les Petits rebelles, Michalon Jeunesse
Mais par contre ce que je savais c'est que nous devions le faire ensemble.
Comme nous l'avons fait.
Et que c'est comme ça que nous sommes arrivés là où nous voulions.
C'est nous qui avons fait le chemin. Il n'y en avait pas.»
Le sous-commandant Marcos, principal dirigeant
et porte-parole du groupe révolutionnaire EZLN,
(Armée Zapatiste de Libération Nationale)
Les têtes raides
Wangmo et cinq autres nonnes eurent à peine le temps de dérouler leur banderole en face du temple sacré de Lhassa qu’elles virent arriver une quinzaine de militaires armés de matraques prêtes à s’abattre sur elles. Elles avaient franchi la limite, plus de retour possible dès lors. Elles avaient enfreint la loi concernant l’interdiction d’exprimer tout soutient en faveur du Tibet libre ou de Sa Sainteté le Dalaï-lama(1). Elles devenaient responsables de leur avenir et de leurs vies futures. Elles ne connaissaient que cet acte pacifique pour exprimer leur résistance, les racines profondes qu’elles arrosaient depuis des millénaires avec leur terre mère.
Le groupe de religieuses tenta de se dégager mais déjà, deux jeunes femmes étaient plaquées à terre et frappées violemment à la tête. Wangmo sentit le sang, les larmes, perçut les cris dans sa fuite. Les coups portés bleuissaient son âme. Elle courrait, courrait toujours. C’était la seule solution, désormais. La fuite. La peur. Wangmo trouva refuge sous un étal de marché. Son cœur battait violemment dans son corps frêle. Elle resta toute la journée cachée. Elle réfléchit, longtemps. La chaleur l’étouffait. Des perles de sueur mêlaient ses pleurs.
À seize ans, elle devait continuer, encore et toujours malgré les menaces, les heurts, les violences, les arrestations, l’incertitude du lendemain.
Elle ne savait pas encore qu’elle serait la seule à revenir au couvent ce soir. Ces cinq compagnes s’étaient fait arrêter et enfermer sans jugement, frappées, humiliées par des matrones chinoises et tibétaines.
Une cloche familière retentissait lorsque Wangmo parvint aux portes de son couvent. Comme chaque soir à dix-huit heures, cet appel sonore rappelait aux nonnes que l’étude prenait fin et qu’elles devaient regagner la chambre pour préparer leur repas. De ce fait, personne ne fit attention à l’arrivée de la religieuse. Épuisée et désespérée, elle s’écroula devant le brûle-encens dont l’essence de genévrier l’enveloppait déjà. L’odeur particulière de la farine d’orge grillée pour les tsampas(2) lui rappela qu’elle n’avait rien mangé depuis la veille au soir. Wangmo se leva péniblement, voulut se diriger vers sa chambre mais comprit qu’avant toute chose, elle devait se présenter à Kalsang Tsering, la principale et responsable afin de lui faire part de l’arrestation de ses compagnes. Wangmo redoutait cet instant. L’année précédente, le couvent avait été investi de force par une troupe armée de Pékin. Elle avait fouillé toutes les chambres, réduit au silence éternel des siècles d’histoire conservés soigneusement dans des livres et souillé de ses injures le lieu. Elle n’avait pas hésité à mettre le feu aux cuisines, endommagent ainsi les réserves d’eau et de farine. Plusieurs religieuses avaient été arrêtées arbitrairement et personne ne les revit jamais plus.
Ces dernières heures furent pénibles pour Wangmo. Elle voulait les oublier, purifier sa mémoire, mais elle devait de nouveau les exposer à Kalsang Tsering. Tel était le karma(3) qui résultait de ses actions. La nonne ne fut que légèrement surprise de constater que la principale l’attendait, le visage sévère. Comme toutes les personnes respectées, Wangmo se prosterna devant elle et attendit que cette dernière prenne la parole pour se relever.
(1) Dalaï-lama Ce mot signifie "océan de sagesse". Le dalaï-lama est le chef spirituel et temporel du Tibet.
(2) La tsampa est une galette d’orge grillée qui constitue le repas traditionnel de base de tous les tibétains, les laïcs comme les religieux.
(3) Le karma littéralement « acte ». Loi universelle de causalité en vertu de laquelle le futur des êtres est déterminé par la qualité, positive ou négative, de leurs actes présents. La loi du karma élimine l'idée d'une intervention du hasard ou celle d'une volonté divine qui présiderait à la destinée humaine.
© Michalon
Accueil 04:55 Publié dans EXTRAITS D'OUVRAGES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
j'ai aimé l'hisoire de magali turquin qui s'appelle le chemin de wangmo et je veux que tous les lecteurs la lisent car il parle de tibet une ville que personne ne connait .je vais rencontré magali turquin le lundi .
Ecrit par : fatima zahra | 21 novembre 2007
je t'adore magali turquin je trouve pas les mots pour vous dire que tu es exemplaire franchement
Ecrit par : hind | 26 novembre 2007
j ai lu ce livre dernièrement et je le recommande a tous
Ecrit par : encens | 27 décembre 2007
j'ai trop aprécié ton roman ainsi qu'un groupe d'éleve du collège ibn battouta ou tu y'etait au maroc vous vous souvenez je présume on te souhaite tous un bonne continuation et une bonne chance. merci pour votre visite.
Ecrit par : chemin | 20 mai 2008
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