21 janvier 2006

• Un noeud au mouchoir…

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medium_visite.jpg(Une sélection de Claudine Seron, librairie Le Rat Conteur - Article paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille )

L’époque est baignée par la psychologie et son langage, et la littérature de jeunesse s’en trouve teintée elle aussi. Plus que jamais les « ouvrages médicaments », potions magiques souhaitées par bien des parents, sont appelés au secours des situations difficiles ou douloureuses. À chaque peine, à chaque conflit son livre ? Même si quelques éditeurs semblent vouloir répondre concrètement à ce type de demande, nous savons que les enfants parviennent très bien à détourner et refuser ces abords maladroits ou trop directs de leurs difficultés. Par contre il est des livres qui les émeuvent, les font rire ou s’interroger parce qu’ils sont sincères, sensibles, étonnants ou drôles, proches de l’authenticité de leurs questionnements ouvrant peut-être davantage sur la philosophie que sur la psychologie. En ce qui concerne le thème de la mort, les livres qui l’abordent d’un point de vue ou de l’autre sont nombreux. Heureusement. L’expérience inéluctable et douloureuse serait-elle devenue moins taboue qu’autrefois ?



En librairie, ces livres sont en tout cas de plus en plus demandés. Ils le sont souvent sur le vif, quand un deuil touche la famille de manière récente, quand les parents autant que leurs enfants sont pris dans ce premier chagrin, cette obligation de faire face tout de suite. C’est souvent, chez les parents, le moment de l’attente de livres clairs et rassurants, immédiatement réconfortants. Le plus généralement, il est difficile alors de suggérer ceux qui proposent une distance, un ton légèrement décalé. Ceux-ci trouveront leur place quand la situation sera moins douloureuse, qu’émotion et réflexion pourront coexister, qu’adulte et enfant pourront aborder le sujet de manière plus tranquille. Quelques parutions récentes sont à remarquer ; elles viennent compléter la liste de référence plus ancienne que l’on n’abandonnera pas de sitôt, parue dans le n° 19 de Citrouille.

À propos de la disparition des grands-parents (qui semble d’une approche plus aisée, cette perte s’inscrivant dans l’ordre naturel des choses) :


Le grand-père de Tom est mort
M.A. Bawin, C. Hellings – Mango
Un livre pour les plus petits où tout est dit, décrit avec beaucoup de détails. Tom apprend la nouvelle, il est petit, il essaie de comprendre et les parents d’expliquer. La famille partage l’événement, l’enterrement a lieu et Tom, bien raisonnable, est amené à accepter.

L’ange de grand-père
J. Bauer – Gallimard jeunesse
En quelques pages est racontée la vie entière du grand-père, à la fois banale et aventureuse. Depuis son enfance, il est entouré et protégé par cet ange gardien qui, présent à tous moments, lui aura évité petits et grands malheurs. Le petit-fils est là, prêt à recevoir la fin de l’histoire et en même temps la protection de cet ange (bien maternel) qui semble décidé à poursuivre sa tâche à la génération suivante. C’est un petit-fils confiant qui repart vers la vie qui l’attend. Humour et tendresse imprègnent tout ce récit qui n’est jamais triste.

Grand-père est un fantôme
K.F. Aakeson, E. Eriksson – Pastel
Le grand-père d’Ebsen est mort brutalement. Le petit garçon n’accepte ni ne comprend. Les visites répétées et nocturnes du grand-père sont pour tous les deux le seul moyen de parvenir à une acceptation de leur séparation : le passé est revu, leur complicité répétée et affirmée, Ebsen peut poursuivre sa vie, retourner à l’école. Un texte subtil et des situations inattendues, un dessin léger font de ce livre une vraie réussite

D’autres très beaux albums soulignent chacun à leur manière la complicité et la tendresse qui unissent grands-parents et petits-enfants : les souvenirs ne demandent qu’à exister, ils sont riches des moments passés ensemble, des jeux et des détails qui ont fait la trame des jours anciens : Mon miel, ma douceur, M. Piquemal et E. Nouhen, Didier jeunesse ; Un paradis pour petit ours, D. Verroen et W. Erlbruch, Milan jeunesse ; Un nœud à mon mouchoir, B. Westera et H. van Straaten, Milan jeunesse ; Quartiers d’orange, F. Legendre et N. Fortier, Éd. Thierry Magnier.

Plus difficiles sont parfois les livres qui abordent la disparition d’un enfant ou d’un parent (peut-être parce que la situation est perçue comme plus anormale, plus injuste).

Un petit frère pour toujours
M.H. Delval, U. Wensell – Bayard jeunesse
Un petit livre qui aborde la mort d’un bébé, le chagrin qui envahit la maison, le désarroi des parents et l’incompréhension du frère juste plus âgé qui commençait à peine à s’habituer à la présence de ce bébé. L’histoire montre bien le temps nécessaire à l’acceptation de la réalité par chacun.

Pourquoi le petit éléphant rose devint triste et comment il retrouva le sourire
M. Weitze, É. Battut – Bilboquet
Un album qui parle de séparation et de disparition sans que la mort soit nommée. La tristesse et le désarroi sont cependant tellement réels que l’on ne peut que les associer à une disparition définitive. Les étapes du deuil sont clairement décrites et l’apaisement viendra au moment voulu. Précis, presque didactique, un livre sans doute utile dans bien des cas.

Moi et Rien
K. Crowther – Pastel
Lila est sur le bon chemin, mieux que son père désarmé et absent. Il n’y a peut-être rien comme le voudrait l’absence créée par la mort de la mère, mais ici, en fait, « Rien » est bien un compagnon : imaginaire et silencieux, affectueux et farceur. Les graines qu’ils plantent ensemble, l’arbre qui se met à pousser, le doute puis le souvenir de la maman qui se fait plus réel : tout mène cette petite fille tenace vers l’apaisement nécessaire.

La visite de la petite mort

K. Crowther – Pastel
Un abord étonnant de la mort d’un enfant : Elsewise a souhaité et attendu la visite de Petite Mort. Trop de souffrances lui font aborder sa nouvelle vie avec plaisir, c’est l’occasion de jeux nouveaux, la possibilité aussi de surprendre celle que tout le monde craint. Devenue ensuite l’ange qui accompagne Petite Mort, elle va diminuer la crainte qu’en ont les vivants et se trouver elle-même très heureuse de sa nouvelle existence.

Des livres différents pour des lecteurs, enfants et adultes, qui à ces moments de vie sensibles ne souhaitent pas se voir imposer une vision particulière des choses. Par contre les ouvertures, les échappées proposées, les questions ouvertes ou des fables se font souvent leur place dans leurs pensées, et les accompagnent longtemps.

Claudine Seron, librairie Le Rat Conteur

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