16 janvier 2006

» Oui à Ninon

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(Un article de Magali Turquin paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
medium_ninon.jpgAvant de voir le jour, le projet d’Autrement jeunesse d’une collection philo a cheminé pendant plus de quatre ans dans les esprits de Sandrine Mini (partie depuis diriger les éditions Syros) et Christian Demilly. Quand, à son origine, ils constatent qu’aux États-Unis les ateliers de philo « junior » remportent un vif succès, il n’existe alors aucun ouvrage jeunesse français proposant une approche du questionnement philosophique. Mais avant de se lancer dans l’aventure, il leur fallait d’abord développer le secteur jeunesse de l’illustre maison d’édition… C’était à craindre, certains de leurs confrères cogitaient aussi à la chose ailleurs, et bientôt apparurent Les Goûters philo (qui rencontreront vite leur public, confortant l’idée d’une attente pour ce genre d’ouvrages), Brins de philo, les Philofables, et tout dernièrement Philozenfants




De son côté, Autrement va publier en 2001 Les réflexions d’une grenouille de Kazuo Iwamura (le célèbre auteur de La famille souris éditée par l’École des Loisirs) qui sera suivi de trois autres titres (Les nouvelles réflexions d’une grenouille, Les rêves d’une grenouille et Ma vie de grenouille.) Ces albums façon BD vont être particulièrement bien reçus (plus de 50 000 exemplaires vendus). La petite grenouille japonaise se pose, de façon souvent naïve, des questions, beaucoup de questions, parfois profondes. Les réponses amènent régulièrement à sourire… Avant que le lecteur, petit ou grand, ne se demande : « Et après tout… Pourquoi pas ? » La grenouille d’Iwamura colle parfaitement à la ligne éditoriale d’Autrement et préfigure l’originalité de la collection qui mijotait dans les cartons : le questionnement philosophique sera celui de véritables personnages de fiction, mis en scène dans leur quotidien.

C’est donc précédé de ces paroles batraciennes, que paraît La vérité selon Ninon, le premier ouvrage de la collection Les petits albums de Philosophie. Lorsque l’on demande à Christian Demilly si la concurrence ne l’a pas détourné de son projet initial, il répond en souriant qu’au contraire, elle lui a permis de se remettre en question et d’affiner son positionnement éditorial. Même si son auteur, Oscar Brenifier, est aussi celui de la collection Philozenfants chez Nathan, La vérité selon Ninon se présente effectivement comme différent, aussi bien sur le fond que dans la forme, des autres ouvrages déjà parus dans ce registre. Le format d’abord, volontairement grand, distingue l’ouvrage et permet une mise en page aérée, à l’allure BD et très soucieuse de sa lisibilité. Le contenu, ensuite, propose les discussions et réflexions des personnages d’une famille et de son entourage – échanges de paroles et de pensées entre lesquels viennent parfois s’intercaler des fables ou des histoires racontées par l’un d’eux pour illustrer le propos. On s’appuie donc sur l’univers familier, familial et culturel du lecteur. L’illustratrice, Iris de Moüy, a vite investi son héroïne et, par son trait japonisant et ses côtés « mode », sert une petite Ninon attachante, pleine de vie, de curiosité et de détermination – comme le sont souvent les enfants de son âge (8/9 ans).

Dans cette première aventure, l’héroïne a cassé le vase préféré de sa mère. Elle discute du fâcheux incident avec son confident, le chien, qui fonctionne un peu à la manière de la coccinelle de Gotlib. Dire ou ne pas dire ? Ses parents, son frère, le voisin, la maîtresse et ses amis vont débroussailler avec elle la notion du mensonge et de ses corollaires : mensonge blanc, dangereuse vérité, vérité absolue, réalité, paradoxe… Si l’ouvrage ouvre ainsi plusieurs voies de réflexion, il ne cherche pas pour autant à apporter une réponse qui serait vérité absolue ou leçon de morale. L’objectif est de permettre au lecteur d’aller, seul ou accompagné, plus loin dans ses réflexions, sa façon de penser, de voir le monde et de prendre confiance en soi. En jouant sur les divers niveaux de compréhension, la collection s’adresse aussi bien à de jeunes lecteurs seuls qu’accompagnés, et souhaite également proposer des méthodes de débats aux écoles. Le second titre, Le bonheur selon Ninon, vient de paraître. Ceux de 2006 poseront les questions de l’amour et de la liberté.

« Les adultes comme les enfants se posent en permanence des questions de sens » explique Oscar Brenifier. « On cherche tous à comprendre le monde qui nous entoure. Tout le monde se pose des questions d’identité : qui suis-je, où suis-je ? L’être humain peut rarement se contenter d’une suite de quotidiens… Il a besoin de prendre du recul par rapport à ses actions, par rapport à lui-même. Le questionnement est parfois comblé dans certaines familles où la discussion possède d’une manière générale une place importante. Mais ce n’est pas le cas dans tous les foyers. Mon travail, que ce soit dans les ateliers que j’anime ou dans mes ouvrages, n’est pas de rendre l’enfant érudit mais de l’aider à organiser ses pensées et son questionnement. » Nul doute que le personnage de Ninon l’y aidera.

Magali Turquin (Lien vers le site de Magali Turquin)

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