21 décembre 2005
» Sélection Nous Voulons Lire !
NOUS VOULONS LIRE
VINCENT GabrielleLes questions de Célestine
A mes yeux, l'un des meilleurs albums de Gabrielle Vincent. D'abord le sujet traité : Célestine voudrait savoir d'où elle vient, pourquoi elle vit avec Ernest. D'autre part, par la variété de mise en pages des illustrations qui témoignent de la difficulté de sa démarche : tantôt image pleine page pour des scènes de la vie quotidienne, tantôt plusieurs vignettes sur la page - 4 vignettes traduisant les hésitations de Célestine : comment poser la question ? Et quelle question ? Puis 6 vignettes lorsque la situation se complique : comment parler à Ernest ? Puis jusqu'à 12 vignettes qui se déroulent sur la page suivant le flux des pensées hésitantes de « l'enfant ». Presque toujours une courte phrase sous l'image, soit question, soit interpellation, soit invitation à aller plus loin, à oser parler. L'album pourrait presque se lire sans texte, tant les attitudes du personnage, les mouvements du corps, de la tête, traduisent les hésitations, les moments difficiles, la tristesse et enfin la tendresse si difficile à exprimer par le dessin et le pinceau. D. E.
Casterman (Les petits Duculot/Ernest et Célestine), 2005. 5,20 euros
Dès 3-4 ans
LENAIN Thierry ; ill. BALEZ OlivierIl n'y a pas si longtemps…
L'épigraphe face à la page de titre, jointe au mot LIBERTE qui apparaît sur les pages de garde, indique bien l'engagement de cet album. Sur la première double page, les portraits des grands-parents, parents, femme et enfant de celui qui va balayer, par les illustrations et un texte sobre et fort, l'histoire du siècle. Rappel des élections au début du siècle et de la condition de la femme : de la messe au village où les femmes avaient la tête couverte ; de l'école, filles d'un côté, garçons de l'autre ; des punitions corporelles et des humiliations à l'école ; les cafés réservés aux hommes, les femmes aux robes longues ; la toute-puissance du mari et du père dans la famille ; l'interdiction d'avorter ; la guillotine… Une dénonciation par page se terminant toujours par
« Ce n'était pas ailleurs, il y a des siècles. C'était en France, il n'y a pas si longtemps… »
Puis, dernière page : c'est la lutte qui a permis les changements, donnant davantage de liberté permettant de lutter pour « changer ce qui reste à changer ».
Les illustrations d'Olivier Balez sont traitées très sobrement ; elles en sont d'autant plus fortes. : la femme agenouillée qui prie avec son foulard est représentée dans une sorte de vitrail ; une double page pour dire l'horreur des avortements en cachette et de la guillotine. Sur la dernière illustration, on lit ou on devine quelques slogans « Droit au logement », « Sauvez les baleines » ou « La beauté est dans la rue ».
Dans le monde où nous vivons aujourd'hui, il m'apparaît nécessaire, comme à Thierry Lenain, de faire prendre conscience aux jeunes, des énormes transformations de la société au cours du dernier siècle ; mais il faut leur répéter que tout n'est obtenu que par la lutte, ce qui implique que, maintenant, c'est à eux de se battre pour conserver les acquis et pour aller vers de nouvelles conquêtes. J'aurais préférer « Et ils doivent continuer à lutter » à la place de « Et ils peuvent continuer à lutter ». Un livre nécessaire. D. E.
Editions Sarbacane, 2005. 13,50 euros
5-10 ans
FRIOT Bernard ; ill. « plein de gens »Histoires pressées
Les voilà revenues les « histoires pressées », sous une forme qui permet de les déguster une par une, au gré du feuilletage des pages, au gré des illustrations qui les accompagnent. Mets de choix, voire sucreries que l'on fait fondre ici lentement, là gloutonnement, dans la bouche, car on a souvent envie de les lire à haute voix, tant elles parlent de choses que l'on a vécues enfants, que l'on vit encore à travers les jeunes.
C'est la vie d'un enfant, de la plupart des enfants qui passe à travers ces 100 courts récits, classés en Histoires d'école, Histoires d'histoires, Histoires d'enfance, Histoires de famille, Histoires à dormir debout et Histoires d'amour. S'y rencontrent situations drôles où se mêlent souvent réel et imaginaire (Envie pressante, L'événement), rêves ou cauchemars (La main) ; récits très courts (Personne), percutants (Histoire renversante), cyniques (Baignoire), émouvants. L'école avec ses bonheurs et ses angoisses est très présente (Demain), la vie de famille avec ses joies et ses difficultés (Pause ou, féroce, Dialogue, Les mouches),
Vocabulaire de tous les jours, syntaxe simple avec des phrases courtes, bien ponctuées - les enfants vous en remercient, Bernard Friot -, dialogues pleins de spontanéité qui permettent au jeune lecteur de se mettre à la place du « héros » de chacune des histoires, d'en vivre les moments gais, drôles ou angoissants et tristes - rarement -, de sorte que chacun pourra y revivre un moment de sa courte vie, déjà riche d'aventures, d'apprentissages, de découvertes, de tous les sentiments qu'il éprouvera plus tard de façon plus rationnelle ou plus profonde.
Et tout cela est soutenu par des images de « plein de gens » qui, chacun, essaie de faire vivre le récit avec sa tonalité particulière, ici, discrètement, avec une ou deux vignettes, là avec une foisonnement de scènes et de couleurs, toujours en harmonie avec le texte. Il faut aller à la table des matières, très joliment intitulée - Histoire de s'y retrouver - pour savoir qui a illustré quoi. Et c'est une sorte d'éventail de tous nos illustrateurs jeunesse - à ma honte, il en est certains que je ne connaissais pas - et, me semble-t-il, de quelques illustrateurs d'autres pays.
Parents, enfants, prenez ce beau livre, relié en rouge, dans lequel les pages de garde déclinent, dans un désordre de lettres multicolores, les titres des histoires. Régalez-vous ensemble. D. E.
Milan Jeunesse, 2005. 19,95 euros
Dès 8-9 ans et pour tous
LAMB Charles et Mary ; trad. NIKLY M. (Grande-Bretagne) ; ill. JOLIVET JoëlleLes contes de Shakespeare
Un coffret qui représente une scène de théâtre du XVIIIe siècle - s'agit-il d'une évocation de l'ancien théâtre de Shakespeare de Stratford-on-Avon ? -, avec acteurs devant et spectateurs debout à l'étage derrière, renferme un bel ouvrage dont la couverture est illustrée d'acteurs - de face sur la première de couverture, de dos sur la dernière.
Cet ouvrage présente 6 des pièces de Shakespeare - Macbeth, Le songe d'une nuit d'été, Othello, Hamlet, Beaucoup de bruit pour rien, Le roi Lear. Une préface de Michelle Nikly est intitulée « Attention, voici un classique oublié que vous n'oublierez plus… ». Et c'est bien vrai, si j'en crois mon expérience de fillette de 13 ans qui eut la chance de passer quinze jours à Stratford-on-Avon, en allant au théâtre tous les soirs. Dire que je comprenais serait mentir. Mais je suivais le spectacle avec fascination et d'autant plus facilement qu'on avait pris soin de m'offrir Tales of Shakespeare des Lamb et que la famille qui me recevait veillait à ce que j'en lise les textes.
Dans la préface de la vieille édition anglaise que je possède, les textes sont présentés comme « une introduction, pour les jeunes lecteurs, à l'étude de Shakespeare, de sorte que ses mots sont utilisés chaque fois que c'est possible pour leur faciliter l'abord de son œuvre. Et, en ce qui concerne ce qui a été ajouté pour en faire un récit suivi, on a choisi, avec le soin le plus grand, les mots qui modifient le moins l'effet de la belle langue anglaise dans laquelle Shakespeare a écrit ; de sorte que les mots entrés plus tard dans notre langue ont été autant que possible évités... Ainsi, les jeunes lecteurs, lorsqu'ils liront les originaux de ces récits, s'apercevront que les mots de Shakespeare apparaissent très fréquemment dans le récit comme dans le dialogue ». Quelle leçon pour les adaptateurs !
Le problème de Michèle Nikly était différent. Il s'agissait pour elle de traduire un texte anglais littéraire, mais écrit pour des jeunes enfants, donc d'utiliser une langue simple et littéraire. La traduction se lit bien, mais, à mes yeux, est un peu sèche car certains détours de la langue anglaise ont été simplifiés.
Chaque « conte » est introduit par une double page illustrée en linogravure, dans des tons le plus souvent sombres - des bruns, des violets, des rouges sombres, parfois éclairés de vert ou de bleu - où apparaissent, évoquant des marionnettes, les personnages du récit avec leurs noms ; on pense à ces planches d'autrefois que les enfants découpaient pour créer et animer des scènes. Ces mêmes personnages se retrouvent en vignettes ou bandeaux ou hors-texte. Le texte est vivant, mis en valeur par une mise en pages aérée.
Un bon et bel ouvrage nécessaire pour ouvrir le théâtre de Shakespeare aux jeunes. D. E.
Naïve, 2005. 22 euros
Dès 11 ans
HANNIGAN Katherine ; trad. LADD F. /ROLLET N. (Etats-Unis)Ida B…. et ses plans pour s'amuser à fond, éviter les désastres et (éventuellement) sauver le monde
A deux voix
Pour un premier roman, l'auteur a frappé vite et fort. Cette merveilleuse histoire, à la fois bouleversante et très drôle, empoigne les lecteurs de tous âges et ne les lâche plus jusqu'à la dernière page. L'auteur réinvente de manière stupéfiante l'univers d'une petite fille intelligente et vive de 9 ans, ses joies et ses soucis, avant et après la maladie de sa mère. Ida B. va essayer de résister au malheur, aux adultes, à tout ce qui veut changer son existence heureuse. Petit à petit, Ida B. va accepter la vie avec ses difficultés, accepter les autres, et surtout accepter la vie avec ses difficultés, accepter les autres et surtout accepter de se remettre, péniblement, en cause. Une fin pleine d'espoir : tout n'est pas réglé, mais la petite révoltée voit maintenant le chemin à suivre, aidée de sa famille, du brave chien Rufus, de l'incomparable chatte Lulu, et de ses amis les pommiers. Une écriture débordante et chaleureuse, simple et fraîche comme le cœur d'Ida B. Remarquable. M.-A. C.
Le monde selon Ida B. est une bulle de perfection : elle est en osmose avec la nature, échange de longues conversations avec les arbres et le ruisseau, vit en harmonie avec ses parents, qui sont en même temps ses professeurs, car elle ne peut supporter de vivre ailleurs que dans cet univers. Tout est brisé le jour où sa mère tombe malade. Il faut vendre une partie de la propriété pour payer les frais médicaux ; Ida doit aller à l'école. Le choc est tel qu'Ida s'enferme en elle-même. Sa souffrance est comme le cancer de sa mère : il l'envahit peu à peu et menace de la détruire. L'intelligence et la patience d'une enseignante l'aideront à passer ce cap et à se reconstruire. Peint de l'intérieur, un portrait tout en finesse et en délicatesse de cette petite fille. Humour tendre avec les êtres comme envers la nature. J. T.
Seuil, 2005. 11 euros
A partir de 12 ans
BALEZ OlivierLa complainte de Mandrin
… 250 ans plus tard Mandrin court toujours. Le texte de la célèbre complainte superbement mis en images.
Nos enfants connaissent Robin des bois, mais bien peu maintenant connaissent Mandrin, ce contrebandier hors la loi, défenseur des opprimés, qui fut exécuté à 30 ans.
Les vastes illustrations d’Olivier Balez campent avec une très grande économie de moyens, mais une forte expressivité, les personnages, particulièrement ceux du peuple. Les couleurs dans des tonalités sombres, des bruns, des noirs qu’une touche de blanc met en relief, des verts olive, des violets, des gris sombres, autant de couleurs dénotant la tristesse du sort de Mandrin. Une très belle page qui, par son dépouillement, exprime l’horreur de l’exécution de Mandrin : deux pieds se détachent sur le fond rouge sang de l’illustration que bordent en bas les visages douloureux des spectateurs et amis.
En fin de volume, une double page présente le personnage de Mandrin, avec trois illustrations anciennes et la partition de la complainte. D. E.
Rue du Monde, 2005 - 16 euros
A partir de 9 ans
Publié dans NOUS VOULONS LIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook








Écrire un commentaire
Vos commentaires seront publiés après validation par le modérateur, merci d'être patient !