15 décembre 2005

» Les tabous tombent un à un…

medium_cartouche.jpg
medium_droitdaimer.jpgNous avons demandé à Grib Borremans de présenter Le droit d’aimer paru dans la collection J’accuse des éditions Syros. Grib Borremans est cofondatrice et rédactrice du magazine Love Pirates, bimestriel lesbien, trans, gay. Elle est également cofondatrice de l’association Pink Pirates (à Besançon), une bibliothèque associative proposant des ouvrages de culture homo, et dotée d’un rayon jeunesse. Elle a récemment publié aux Éditions gaies et lesbiennes un roman adulte, Génération arc-en-ciel co-écrit avec Cécile Bailly, dont elle nous a proposé de découvrir Le Paradis de Paco, écrit pour la jeunesse. (Article paru dans le n°42 de Citrouille - dossier homosexualité, homophobie et homoparentalité)

« PD », « sale lesbienne »… qui n’a pas entendu un jour dans la rue, dans les cours d’école, ces injures vociférées ? Vocables faisant référence à l’homosexualité et tombés dans le langage grossier commun… Tellement commun qu’on en oublie parfois le sens premier, qu’on ne s’aperçoit même plus qu’on est en train de traiter stupidement l’autre de « préférence sexuelle » !


Pour beaucoup, tout ceci n’est pas grave… puisque les susceptibilités seraient celles d’une minorité ! Et on continue à parler ainsi sans réfléchir, sans imaginer que ces mots blessent, peuvent même tuer. Non je n’exagère pas : regardez les statistiques concernant le suicide chez les jeunes : plus de la moitié de ceux qui mettent fin à leur vie sont des homosexuels confrontés en permanence à cette stigmatisation. Bien sûr les temps changent, me direz-vous. Les programmes télévisés affichent leurs quotas d’homos, les députés votent une loi contre l’homophobie… Même le sacro-saint mariage est remis en question. Mais les mentalités restent bien souvent à la traîne… Puisque chacun sait que l’ignorance favorise la discrimination, il est encore indispensable, comme il le sera encore longtemps, de favoriser l’apprentissage des différences dès le plus jeune âge. Un des premiers outils d’éducation et de connaissance est le livre. Jusqu’à récemment, la quasi-totalité des ouvrages ne proposait aux jeunes que des schémas d’amour hétérosexuel… Même si l’auteur du Club des cinq était lesbienne, et tandis que les célèbres garçons de Pierre Joubert, illustrateur de Signe de piste, suggéraient secrètement bon nombre de fantasmes chez les adolescents… Mais à l’heure des débats sur l’homoparentalité, les tabous tombent un à un. Et les maisons d’éditions de littérature jeunesse se font de moins en moins frileuses… Ce n’est pas moi qui irai m’en plaindre !

Un des derniers ouvrages en date, Le droit d’aimer paru dans la collection J’accuse des éditions Syros, est signé Julien Picquart, journaliste mais aussi directeur de la rédaction du rapport annuel sur l’homophobie de l’association SOS homophobie – il n’est donc pas un inconnu dans le milieu militant gay et lesbien. Conformément au principe de cette excellente collection, ce livre propose un court récit, deux témoignages et un dossier. Dans la première partie, Simon est amoureux, un adolescent découvre le sentiment de honte qu’il éprouve en tombant amoureux d’Achille, un garçon de son lycée. Cette nouvelle est un peu décevante, tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la narration. On souhaiterait plus de profondeur, toucher l’intime des personnages. On a du mal à y croire. C’est dommage. S’ensuivent alors deux témoignages très émouvants. Celui d’une lesbienne, Nadine, et celui d’un gay, David. Ces personnes ont été victimes d’agression, verbale ou physique. Chacun à sa manière réagit face au traumatisme, à la bêtise humaine. À travers leurs paroles, leur pudeur, on ressent la difficulté de vivre, de dire sa différence. Quant au dossier, il est remarquablement bien construit : simple, concis, informatif sans être rébarbatif ou trop didactique. Il faut noter que c’est la première fois que la lesbophobie est traitée au même titre que l’homophobie. Chapeau à l’auteur pour ce très bon travail de synthèse.

Le paradis de Paco, de Cécile Bailly, est paru quant à lui il y a un an. Après Dis maman de Muriel Douru, qui s’adresse aux 3/5 ans et traite de la famille homoparentale, les Éditions gaies et lesbiennes (il faut oser se lancer dans l’aventure jeunesse, avec un tel nom !) s’adressent cette fois aux 12/15 ans. Surtout ne vous fiez pas à la couverture : il n’est pas question de vache… même folle ! Ce n’est qu’une interprétation très parisienne de la campagne… Paco, un ado des villes, déménage de Pantin pour le sud de la France. Changement de vie, changement de copains. Là-bas, il retrouve Fifi, un gamin de cirque, rencontre Luky, un gosse du village pas vraiment ordinaire… Lors de ces nouvelles rencontres, Paco va devoir expliquer qu’il a trois parents, ses deux mères et son père dont le compagnon est mort du sida… Son auteure précise : « Dans ce roman l’homosexualité apparaît en filigrane. C’est une volonté de ma part. Je raconte d’abord une aventure, celle du déménagement de Paco de la ville à la campagne. Sa vie familiale, il la vit par ailleurs très bien de l’intérieur. Mon idée était de banaliser une famille qui pourrait paraître différente – ou d’autres formes familiales, comme la vie communautaire. » Cécile Bailly signe ici, avec naturel, son premier roman jeunesse (elle a par ailleurs publié en « adultes »). Un chouette bouquin, dynamique, qui dit simplement la vie. Malheureusement jusqu’à présent il a été relégué au rayon gay des librairies et n’a pu véritablement se confronter à un public élargi.
Grib Borremans

«Durant ces quatre jours que j’ai passés à l’hôpital, j’ai ressenti l’injustice de ce qui m’était arrivé, la honte que mes agresseurs voulaient que je porte, la culpabilité d’être ce que je suis. Ma famille et mon copain étaient là pour m’aider (heureusement), mais c’était insupportable de rester comme ça et j’ai décidé de porter plainte. C’était une façon de me prouver que j’étais complètement innocent dans cette affaire, que je n’avais strictement rien à me reprocher. J’en ai parlé avec ma famille parce que ça les impliquait, mais avec mon copain, c’était une évidence : je porterai plainte et, pour moi, c’était un soulagement. (…) J’ai rejoint l’association Écho (…) Je me suis dit qu’en intégrant cette association, ça me permettrait de prendre conscience de l’homophobie, de la connaître et peut-être de trouver les moyens pour agir contre. Je trouve que ce serait très dommage de ne pas agir contre l’homophobie, quand on en a été victime.»

(Le droit d’aimer, témoignage de David, 26 ans, agressé en 2004 dans la rue parce qu’il était homosexuel.)

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Commentaires

Le droit d'aimer est dans l'ensemble un bon ouvrage destiné aux adolescents ; il est vrai que la nouvelle qui ouvre le recueil nous laisse un peu sur notre faim, mais la relation complexe entre les deux garçons reflète bien l'ambivalence de Simon, entre sentiment de culpabilité et désir amoureux pour un autre garçon. L'auteur propose aussi en filigrane un parallèle entre homophobie, xénophobie ou sexisme, suggérant avec justesse que le rejet peut prendre de multiples formes et que toutes se valent...

Ecrit par : B. Longre | 15 décembre 2005

Trés bon article de la part de G.Borremans. Je suis libraire et je conseil régulierement le Paradis de Paco de C.Bailly. Beaucoup ont de la réticence à acheter cet ouvrage à cause du nom de la maison d'édition mais je vous assure que ceux qui se laissent convaincre reviennent enchantés. D'autre part j'ai lu Generation arc-en-ciel. Un instant de bonheur qui reflête avec justesse, tendresse, humour notre époque. Un livre à offrir... J'ai même vu que des librairies hors milieu homo le mettent en avant sur leur table découverte. Enfin bref battons nous contre les préjugés. Merci à Citrouille.

Ecrit par : sophie | 10 février 2006

Nous rappelons que le livre "Generation arc-en-ciel" est un livre pour adultes :-)

Ecrit par : La rédac | 11 février 2006

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