02 septembre 2005
» Sélection de Nantes Livres Jeunes
NANTES LIVRES JEUNES
/ Yves Cohat / Estelle Desombre / Alban Larousse / Jean-Olivier Héron / Gulf Stream / Sauvegarde / 2002
Avec ses petits yeux malicieux, sa queue en tire-bouchon, cet animal rondouillard et sale ne mérite pas la mauvaise réputation que certains lui font.
Descendant du sanglier, élevé depuis 5 000 ans, le porc est un animal de légende dans l'Antiquité, il est à la table des Dieux et des hommes. Présent aux fêtes gauloises, il incarne la puissance chez les Celtes ! Au Moyen Age, il fait son entrée en ville pour nettoyer les rues. Des religions le vénèrent, d'autres l'interdisent. "Le sabot fendu et le pied fourchu" en font l'ami du Diable.
Dans les campagnes, il fut longtemps symbole de richesse et de bonheur. "On place son argent dans un cochon".
C'est avec mille détails passionnants que nous sont présentées l'histoire et la mythologie de cet animal. Le documentaire se poursuit en décrivant les races et variétés selon les régions ou pays et en trace le portrait.
Porc ou cochon, il est anatomiquement proche de l'homme. Omnivore, non ruminant, délicat à élever, il est sensible aux mauvais traitements et au stress. La truie est généreuse car elle fabrique en 3 mois, 3 semaines et 3 jours, une douzaine de petits.
En raison de la quantité de nitrate présente dans ses excréments, son élevage en grande quantité peut nuire à l'environnement. Sa destinée est sombre. A la ferme, lorsqu'on tue le cochon, c'est la fête, mais le plus souvent l'animal est dirigé vers l'abattoir et la charcuterie, d’où il sort avec ou sans label.
Porcelet, cochonnet, goret ou laiton, verrasson puis verrot, cochette puis truie ou coche, tout est bon dans le cochon !
Sa viande et sa graisse, mais aussi le cuir, le os, les boyaux, les soies, la vessie, la poche à fiel et les onglons, on l'imagine même donneur d'organes à l'homme.
Ce n'est qu'un aperçu de la richesse de ce documentaire. De même que dans les autres titres de la collection Sauvegarde, la présentation en est variée et raffinée, les illustrations précises, et l'humour présent à chaque page. "Tout est bon" dans ce livre dont la lecture n'engendre à aucun moment l'ennui.
C'est une réussite.
Anne-Marie BAHU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Si c'est une petite fille / Béatrice Masini / La Joie de Lire / Récits / 2004 C'est un livre assez étonnant que ce Si c'était une petite fille, traduit de l'italien et publié en français par les éditions La Joie de Lire.
L'organisation du texte, déjà, est un peu surprenante : une alternance de petits chapitres, en deux typographies différentes, qui semblent se répondre. Un chapitre pour la petite fille, un autre pour sa maman. Quelques pages pour chacune. Et l'on comprend vite que la maman est morte, brutalement.
C'est pourtant un dialogue entre elles qui s'instaure : la petite fille raconte à la maman les événements de sa vie nouvelle, ses chagrins, ses besoins de câlins et de plus en plus ses réflexions d'enfant qui grandit. La mère, de l'espace intermédiaire où elle se trouve, l'observe, lui parle, dit sa tendresse et raconte des petits moments du passé, avec sa petite fille, ou avec d'autres. Très simplement, elle exprime ses pensées, ses craintes, ses regrets pour les "ratés" de sa vie et ses espoirs pour sa fille et les deux grandes sœurs. Comme le ferait une mère présente.
Mais la mère et la fille ne s'entendent pas parler et ce qui est à la fois surprenant et très touchant pour le lecteur, c'est qu'il est le seul du trio personnages-lecteur à lire les deux monologues comme un échange. Cela fonctionne très bien et procure beaucoup d'émotion.
Le double récit se déroule sur environ une année. La petite fille a grandi, sa vie se réorganise, la maman quitte son monde étrange. Mais on est passé de l'absence cruelle à l'espérance de la vie.
Le texte est très maîtrisé, bien écrit, sans doute bien traduit. Le ton est juste et nous touche.
Un regret : les nombreuses fautes d'orthographe de cette édition. Dommage.
Néanmoins : un très bon livre.
Hélène GIRARD Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Le rayon vert / Jules Verne / May Angeli / Syros Jeunesse / 2004 Le rayon vert (1882) est un "Jules Verne" qui contrevient aux idées reçues ! Le personnage principal est une jeune écossaise, Miss Helena Campbell, orpheline romanesque, élevée et gâtée par ses deux oncles qui lui proposent comme fiancé, le savant prétentieux Aristobulus Ursiclos. Elle accepte, à condition d'avoir vu le fameux rayon vert du soleil couchant, qui donne à celui qui l'aperçoit la clairvoyance absolue dans son cœur et dans celui des autres. On va donc suivre une expédition dans les îles Hébrides où, par deux fois, au moment d'apercevoir le rayon vert, l'importun savant fait tout échouer. Peu importe ce fiancé car Miss Campbell a l'esprit et le cœur fort occupés par le courageux Olivier Sinclair. La quête continue jusque dans la grotte de Fingal, lieu d'un épisode qui aurait pu être tragique sans l'intervention héroïque de Sinclair. Lorsqu'enfin le rayon est visible, les deux jeunes gens sont trop occupés à se regarder pour le contempler !
Malgré une jeune héroïne volontaire, une histoire sentimentale, une quête obstinée, un savant ridicule, des oncles qui ne parlent que par citations de leurs auteurs favoris, c'est un roman très "vernien" par la succession des aventures et par le lyrisme des évocations des rivages écossais, de la mer et de ces îles, lieux de quelques navigations passionnées de Jules Verne.
Ce lyrisme, on le retrouve remarquablement mis en image dans les puissantes gravures sur bois de May Angeli qui, par ailleurs, donne vie aux différents personnages, avec un grand souci d'authenticité dans la reconstitution des costumes. On pourra admirer aussi l'extrême variété des oiseaux présentés dans les lettrines de chaque début de chapitre.
Le roman est suivi d'un lexique des termes locaux conservés par Jules Verne et d'une intéressante postface de Jean-Pierre Picot qui éclaire les différentes facettes d'un récit un peu atypique : les directives de l'éditeur, Hetzel, l'Ecosse comme retour aux sources, en tant que pays d'origine de la mère de Jules Verne, la quête de la connaissance, la dimension initiatique de la grotte de Fingal, la ridiculisation du savant pédant, les affinités entre Jules Verne et Olivier Sinclair dans la quête de la beauté de la mer, les références littéraires, enfin, Le rayon vert comme une robinsonnade, une utopie.
(Il est regrettable que cette édition recherchée, voire assez raffinée, montre autant de laisser-aller dans la composition du texte : absence de majuscule pour quelques noms propres, en particulier Fingal, absence d'accent circonflexe sur quelques imparfaits du subjonctif, deux paragraphes non alignés, pp.51/278, un mot p.136 et une note p.214 manquants, des titres qui ne sont pas en italique, p.272, pas d'espace avant un titre, p.273 et "démonter" pour "démontrer", p.285...).
Claude DUPONT Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Moi, ma maman / Komako Sakai / La Joie de Lire / 2005 Un petit lapin nous explique pourquoi il déteste sa maman. Elle se lève tard le dimanche matin, papote avec ses amies, arrive en retard à l'école et surtout, surtout, elle refuse de se marier avec lui quand il sera grand ! Mais elle est néanmoins présente quoi qu'il arrive et le jeune lapin reviendra bien vite auprès de sa mère pour se faire cajoler et aimer...
Un album magnifique tant par le texte plein d'humour et de tendresse que par les illustrations très expressives. Un album qui débute a contrario des histoires habituelles, démystifiant la vision toute puissante de la mère pour mieux souligner ensuite l'amour filial de ce jeune lapin.
Drôle, attachante, émouvante, cette belle histoire plaira aussi bien aux enfants qu'aux mères qui se retrouveront dans ces personnages, à coup sûr !
Un coup de cœur.
Anne THOUZEAU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Silencio / Anne Herbauts / Casterman / 2005 Dès son premier cri, "Silencio !", a hurlé son père, un roi puissant et autoritaire dont le visage se dessine sur le donjon du château. Puis, Silencio, devenu un grand jeune homme effacé et solitaire, est nommé ministre du silence et impose sa loi à une population bruyante et indisciplinée. Mais, à la mort du roi, c'est le retour d'une liesse qui émerveille Silencio, et à laquelle il veut se joindre. Il est chassé et le chahut reprend de plus belle en un tel tintamarre que les bruits deviennent agressifs et insupportables. Alors, on rappelle Silencio qui revient "entre les rires et les chants... entre les mots..." pour le bonheur de chacun.
Le choix des couleurs a valeur esthétique et symbolique : Silencio est habillé de blanc en opposition aux couleurs mêlées du vacarme.
Les pages qui dessinent le bruit sont multicolores avec une foule de visages d'où s'échappent des exclamations qui s'inscrivent en tout sens. Les attitudes et les expressions de cette population bavarde et festive, parfois contrainte ou violente, varient selon les moments de l'histoire. Les illustrations avec des compositions aux couleurs vives et harmonieuses sont belles et drôles à regarder.
Un livre qui séduit, qui surprend et qui fait réfléchir. Plus on le feuillette, plus on découvre de détails pleins de fantaisie suscitant l'imaginaire et la réflexion.
Marinette LE BELLEC
La palette des couleurs et les peintures des personnages de Anne Herbauts, l'effet de foule et de masques, ont évoqué aussi pour nous avec délice les tableaux de James Ensor. Nous avons notamment rapproché la double-page sans texte avec un tableau intitulé L'intrigue (1890).
Le comité de rédaction. Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Les disparus du royaume de Faërie / Chris Wooding / Gallimard Jeunesse / Folio Junior / 2005 "Il était une fois une jeune fille qui vivait dans un marais, et qui s'appelait Poison."
Cette phrase est la première de l'histoire captivante d'une jeune fille étrange aux grands yeux violets, âgée de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est séparé en de nombreux royaumes. Celui des hommes, dévasté suite à de terribles guerres, et celui des faëries, créatures magiques dangereuses, sont les deux seuls dont elle connaît l'existence.
Poison vit dans des marais grouillants de poissons carnivores, d'araignées venimeuses, de créatures étranges et éthérées, en compagnie de son père, de sa belle-mère et de sa petite sœur Azalée. Cette vie ne lui plaît pas. Elle préfère rêver aux contes que lui raconte son vieil ami Escadre plutôt que de s'amuser avec les jeunes gens de son âge. Elle refuse de se laisser endormir dans cette vie fade, de renoncer à maîtriser sa propre existence.
Un matin, elle découvre à la place de sa petite sœur un changelin, une créature faërique, laissé par l'épouvantail qui a enlevé Azalée pendant la nuit. Poison décide de sauver sa petite sœur et quitte le marais en compagnie de Bram, un attrape-paluspectre. Dès lors, les épreuves et les révélations vont se multiplier sur son chemin mais les amis rencontrés sur la route l'aideront à continuer...
Un récit incroyable ! Les différents mondes imaginés par l'auteur sont impressionnants de détails, de cohérence et d'inventivité. On suit Poison dans ses pérégrinations entre les différents royaumes sans jamais "décrocher". Le simple récit de ces fabuleuses aventures aurait déjà séduit n'importe quel lecteur, voilà qu'en plus, on découvre toute une réflexion, particulièrement savoureuse, sur le destin.
Chris Wooding joue avec la mise en abyme : le récit que vous lisez se révèle être celui écrit de la main de l'héroïne qui sait qu'elle n'est elle-même qu'un personnage de fiction dépendant du bon vouloir d'un écrivain tout puissant. L'intrigue est complexe mais le propos très intéressant. On touche dans ce conte au sens même de l'existence, de la foi, de la force du choix et du pouvoir créateur de l'écrit : une réflexion existentialiste et théologique incluse dans un récit de fantasy.
(Seul regret : le titre original, Poison, qui donnait tout son sens au récit a été remplacé dans l'édition française par un titre arbitraire. Pourquoi ?)
Un seul conseil : lisez-le !
Anne THOUZEAU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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L'arbre de la vie / Peter Sís / Grasset Jeunesse / 2004 Un artiste qui explore et relate mille aspects des mythes, légendes et histoires, et qui repousse toujours plus loin les limites de l'imaginaire, met son talent au service d'un scientifique qui a exploré, relaté et bouleversé notre conception de la vie, il y a plus d'un siècle.
Peter Sís, dans ce somptueux album, illustre la théorie de Darwin sur L'origine des espèces. C'est surprenant !
Qui est Charles Darwin, sa naissance, sa famille, ses drames, le contexte dans lequel il a grandi ? Et puis son journal... Charles Darwin, un passionné des "petites bêtes", embarque le 27 décembre 1831 à bord du Beagle, contre l'avis de son père. Celui-ci voulait faire de son fils un médecin et ne voyait en ses expériences sur les "petites bêtes" qu'un ridicule passe-temps ! Charles n'écoute que sa passion et part explorer les mille et une ressources de l'univers. Et enfin, le retour à terre, partagé en "trois domaines distincts : vie publique, vie privée et vie secrète." C'est au cours de sa vie secrète que Darwin "développe une théorie sur l'évolution et l'adaptation des espèces."
Tout au long de son voyage, Darwin consigne minutieusement chacune de ses observations, et c'est à partir d'elles que Peter Sís construit son album. C'est dire si la rigueur scientifique y est présente. Maître dans l'art de représenter l'imaginaire, il parvient ici merveilleusement à nous faire comprendre la réalité de la vie et de la théorie de Darwin, tout en conservant une part de mystères, liés à ses illustrations. Elles fourmillent de détails insolites, au fort pouvoir symbolique, qui ornent les croquis, cartes, et bureau de Darwin... une vraie chasse au trésor.
Il faut ouvrir, observer et scruter chaque page pour découvrir une œuvre, à la manière du scientifique qui accumule les détails pour mettre au jour une grande théorie.
A votre tour... si vous ne connaissez pas Peter Sís, vous serez ravis de tant de minutie et les yeux des enfants n'en finiront pas de chercher ces tout petits détails qui leur font tant plaisir. D'autant plus qu'ils en apprendront beaucoup sur leurs origines...
Lisa BIENVENU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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La Princetta et le Capitaine / Anne-Laure Bondoux / Hachette Jeunesse / 2004 Par ce nouveau roman, Anne-Laure Bondoux nous prouve encore une fois que son écriture a du souffle et que son imagination semble sans limites !
Tout commence avec Malva, 15 ans, fille du "Coronador" (entendez par là "gouverneur") de Galnicie. Pour échapper à un mariage forcé, Malva s'enfuit avec sa chambrière dans une quête aux accents assurément initiatiques. Tout y est : la poésie du voyage par-delà les mers et les steppes, les îles merveilleuses ou inquiétantes, les innombrables épreuves qui souvent font frôler la mort... A cela s'ajoutent quelques compagnons de voyage, dont le Capitaine Orpheus Mac Bott, deux gamins de la rue débrouillards, un géant muet fort comme un boeuf, etc.
Au final, le récit de toutes ses aventures est véritablement savoureux. Anne-Laure Bondoux manie son texte tambour battant et avec beaucoup de dextérité. Elle a su rendre l'atmosphère des grands récits d'explorateurs, ceux qui repoussaient les limites du Monde Connu et créer une histoire d'amour à la fois belle et tragique. Ses personnages sont très attachants et l'on suit avec beaucoup de passion leurs pérégrinations et leurs épreuves, chacun ayant à explorer les fondements de sa personnalité.
Une bien belle réussite pour de très agréables moments de lecture.
Raphaël POUPLARD Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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L'âme du cheval / Sacha Poliakova / Seuil Jeunesse / 2005 Un jeune poulain est hanté par l'image de son père absent, un père qui l'a abandonné, parti dans un pays où les montagnes disparaissent dans le ciel et où les poissons sont immenses. Parce que personne n'accepte d'en parler, il sait peu de choses de lui, seulement qu'il savait courir comme aucun autre et que, quand il courait, les autres baissaient la tête. Alors, pour lui ressembler, pour exister, il court lui aussi, vite, très vite, aussi vite, et les autres baissent la tête à leur tour...
Cet album, transposé dans un univers onirique où les chevaux sont des personnages, évoque avec une grande poésie l'absence et l'abandon. L'enfant, en quête de cette filiation qui lui fait défaut, tente de recréer le lien disparu, de trouver son identité en reproduisant la seule chose qu'il connaît de son père, et grâce à cela, il pourra enfin grandir.
Le texte à la fois minimaliste et suggestif aborde chagrin, fierté et non-dit, sans pathos ni misérabilisme. Les illustrations, quant à elles, sont de superbes peintures colorées où la finesse du trait fait ressortir chaque détail. L'illustratrice s'attache à faire apparaître avec minutie chaque racine de chaque plante, de chaque arbre et les met au premier plan, les faisant ressurgir sur un ciel immense et vide. Nul besoin d'être fin psychologue pour voir dans ce souci du détail l'importance donnée aux racines et à la filiation...
Un album à nul autre pareil.
Anne THOUZEAU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
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Quelque chose que je regrette / Hilde Hagerup / Seuil Jeunesse / 2005 Dans ce roman venu de Norvège, Gerd Larsen, une adolescente, relate sa vie et celle de sa famille après un événement dramatique : la disparition en mer de son père, pêcheur. Ce matin-là, au lieu de sortir comme d'habitude avec elle, son père emmène sa fille aînée Siv. Elle revient seule, "flottant sur un couvercle de plastique bleu".
Gerd a une forte personnalité. Aux dires de tous, elle a un "ton acide". Elle est la "morveuse grincheuse depuis qu'elle a commencé à parler". Seul, son père la comprenait. Elle admire sa sœur Siv, belle et gentille, une sœur idéale. Mais depuis le jour de la disparition du père, Siv ne parle plus, elle chante et souvent a des moments imprévisibles et inopportuns. Gerd ne lui en veut pas et la protégera toujours. Mais, ne sachant pas ce qui s'est passé, Gerd imagine divers scénarios et cela ne l'apaise pas.
Au premier abord, Gerd est bien peu sympathique, elle est insultante et odieuse envers tous et à tout propos. Elle est jalouse de son amie et s'acharne sur elle lorsque celle-ci en préfère une autre. Son désespoir est profond. Ce père qu'elle adorait lui manque et elle n'accepte pas cette disparition. Elle ne trouve pas d'aide dans son entourage qu'elle regarde avec lucidité : sa mère a peu de personnalité, sa grand-mère ne l'aime pas. Elles sont toutes les deux le reflet de la mentalité étriquée de ce petit village où l'on s'épie. Ses parents "ne se sont pas mariés dans une église", cela n'est pas admis.
Mais au fil du récit qu'elle nous livre, on découvre que l'apparente méchanceté de Gerd n'est là que pour cacher son trouble, son mal-être, et que cela n'empêche pas une juste réflexion et la recherche d'un équilibre face à la détresse. Gerd ne fait "que dire les choses telles qu'elles sont".
"Quelque chose que je regrette" est le sujet donné à Gerd par son professeur de lettres lors d'une des nombreuses colles auxquelles elle est astreinte. Elle n'y répondra qu'en fin de livre, lorsqu'elle sera apaisée. C'est une terrible tempête qui sera libératrice, permettant à Siv de raconter la mort de son père, foudroyé le jour de ses trente ans.
C'est un roman âpre, par les mots et les actes, mais rendant sensibles la douleur et la lutte de cette adolescente pour s'en sortir. Elle n'oubliera pas, mais sera libre et prête à tout affronter. Le lecteur est à la fois en empathie et en désaccord avec elle. C'est dire combien l'écriture de ce roman est en adéquation avec cette situation. C'est un très beau texte, bouleversant, d'une écriture juste et vivante. Les termes norvégiens ne sont pas exclus mais expliqués en bas de page. Il y aurait encore beaucoup de "très..." à ajouter pour qualifier ce roman de Hilde Hagerup. Il faut absolument le lire !
Anne-Marie BAHU Fiche propriété de la Ville de Nantes.
Nantes Livres Jeunes – 13, rue de Briord – 44000 NANTES
Tél.: 02.51.72.14.14 – Fax : 02.51.72.14.15
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