Accueil - 08 septembre 2001
» Villeneuve sur Inde

Trop petits pour comprendre l’album de voyage d’une adulte ?
Trop petits pour l’essentiel ? Allons donc…
(Dans la main de l’Inde, Chantal Detcherry, Editions Fédérop)
Cette année là, le salon de Villeneuve sur Lot avait pour thème l’Inde…Après quelques recherches, je propose à mes élèves de CE2 le livre de René Guillot, Le 397ème éléphant blanc. " Hong - Mô Le Magnifique – To – cornac – rivière – harde – Morero le chien – Le bon génie et l’enfant – Roi… ": les enfants sont aussitôt happés par ces mots. La classe semble entrer en Inde comme l’on entre en religion. Et alors qu'approche le terme de l’histoire de ce petit prince d’Asie, mes élèves, tels de jeunes pachydermes, traînent la patte pour ne pas sortir du texte… Ils veulent relire un passage, retourner à l’image du Prince dans son palanquin. Qu’allais-je pouvoir leur proposer, qui maintiendrait cette fascination pour l’Inde ?
Je décide alors de leur présenter l’Inde d’aujourd’hui, une Inde vivante et colorée, bruyante, que j’ai pu découvrir… à travers certaines bonnes émissions de télévision. Le hasard me fait alors rencontrer le livrede Chantal Detcherry, Dans la main de l’Inde. Le titre, la présentation de l’ouvrage et l’écriture me saisissent immédiatement. Ce n'est pas un livre "destiné" aux enfants. Mais la sensibilité à la beauté des choses ne dépend pas de l’âge.
Cela fait dix-sept années que j’enseigne, et je sais que les enfants, même très jeunes, sont capables de sélectionner ce qui les nourrit réellement. Trop souvent les adultes, fussent ils enseignants, hésitent à proposer des textes qui permettent à l’enfant de penser. On préfère dire les récits trop difficiles, pas adaptés, et l’on puise par facilité dans les "œuvres" calibrées que le marketing répand abondamment dans les écoles. Or, je puis vous l’assurer par expérience, nos élèves savent sans distinction d’âge reconnaître ce qu'est une écriture et ce qui n’en est pas…
Le livre de Chantal Detcherry a été pour ma classe un petit bijou. C’est un " manuel " au vrai sens du mot: " qui s’est fait avec la main ". Il est doux au toucher, souple et aisément manipulable. Le bleu-vert de la couverture accroche le regard et apaise immédiatement. L’image, au centre de la première de couverture, intrigue un esprit de huit-neuf ans, particulièrement curieux de tout. Ce barbu rachitique n’est pas de chez nous, pas de chez toi non plus… Dans une classe multi-ethnique, entendre ce genre de remarques n’est pas inintéressant !
Dans le coin bibliothèque, sur la moelleuse moquette, je place donc mes dix-neuf paires d’yeux autour de La main de l’Inde, et l’on regarda les images. Les enfants les commentent, se relevent sur les genoux pour observer des détails que ni vous, ni moi, ne sommes capables d’observer : nous ne sommes plus dans la bonne tranche d’âge pour avoir cette faculté ! Oui, ce sont de vraies photos. Oui, l’auteur du livre est une femme ; oui, elle se rend régulièrement en Inde…
Alors, je leur lis un des textes… avant qu’ils ne s’emparent du livre ! Ils lisent et relisent l’histoire des vautours. J’avais pensé exploiter cinq-six récits de l’ouvrage, mais à la demande générale, c'est une vingtaine de textes que nous avons lus ensemble.
L’Inde évoqué par Chantal Detcherry parle à l’humanité qui est en chacun de nous, enfant ou adulte. Les larmes de la folle de Samode, les pieds bagués marchant nus sur le sol de Bénarès, l’air futé des singes argentés sont autant d’images qui invitent à entrer dans le texte ; et le texte, dans le choix des mots et leur subtil agencement, pénètre directement au cœur de chacun. J’ai souhaité que Chantal Detcherry vienne à Villeneuve pour constater les effets surprenants de son livre. Avec beaucoup de gentillesse, elle a accepté de rencontrer ceux que l’on qualifie trop souvent de " Petits ". Moi l'enseignante, à les regarder échanger, je n’avais qu’une envie : m’effacer. L’auteur et ses tout jeunes lecteurs évoquaient les mêmes endroits, se régalaient des mêmes mots. Des mots sacrés…
M.Duchaine, école Paul Bert, Villeneuve-sur-Lot.
Textes écrits par les élèves de CE2 de l'école Paul Bert( 47300 Villeneuve-sur-Lot) après la découverte du livre Dans la main de L’Inde. Consigne donnée aux enfants : commencez le texte par " je marche… " puis évoquez l’Inde, parlez comme vous le souhaitez de cette terre, ce qu’elle ravive en vous ; vos souvenirs…
ALI
" Je marche dans la ville bleue… et des moineaux… "
NASSIMA
" Je marche vers le Gange. Je marche vers Bénarès. Je marche autour de l’Inde. je marche vers les pieds, là où il y a des bagues. Je marche vers la vache pour lui dire : " te remercierai-je jamais assez avec le cœur, avec la tête ? "
ELODIE
" Je marche dans la vallée de l’Inde. le Gange… Je vais pouvoir assister à la cérémonie. Tout se passe bien. Le Gange est plein de poissons. Je vais pouvoir pêcher.
-Non ! le Gange est sacré, vous n’avez pas le droit ! Dit une voix
- Je rigolais… Si je n’ai pas le droit de faire des blagues.
-C’est quoi " une blaille " ?
-C’est pas une blaille mais une bla-gue. "
AUDREY
" Je marche dans la ville bleue vers Bénarès qui sent la mort. Je me dirige vers Jodhpur qui fait peur . ces gens qui ont une maladie grave dans cette ville qui est si pure… "
MADELINE
" Je marche pieds nus sur le sol. Tout à coup, j’aperçois une jeune fille qui pleure, je lui demande : - Qu’est-ce qui vous arrive ? alors sa maman approche. Elle me dit que sa fille va mourir et qu’elle n’a que dix ans.
-Appelez un médecin ! Elle répond :
- On est en Inde.
-Je lui répond alors :
-Excusez - moi, savez vous où se trouve le Gange, parce que là-bas, j’ai un ami qui est docteur ? Il pourra peut-être vous aider, mais il vient de France.
-Ce n’est pas grave s’il peut sauver ma petite.
Trois semaines plus tard, la petite fille guérissait. "
JULIEN
" Je marche sur le sable brûlant. Je vois un vautour. Je sens qu’il est malade.
Je le prends dans mes bras et l’emmène au palais. Je rentre. Il y a un chien qui dit : " ouaf, ouaf, ouaf ".
Alors le chien arrête d’aboyer.
J’amène le vautour à l’hôpital. "
MAGID
" Je marche sans regarder devant. Je lève la tête. Soudain, trois garçons avec des barbes. "
BARBARA
" Je marche dans la ville noire. Je marche dans la brume. Je vois une fille qui pleure. Je lui demande : " Qu’est-ce qu’il y a ?
-Je ne retrouve plus ma maison dans la brume. "
On marche toutes les deux et on arrive dans la ville bleue. Il y a des vautours. On monte sur le dos de l’un d’eux, (L’In-de). Il nous mène dans la maison de la petite fille.
Moi, il me ramène dans la ville bleue. "
JORDY
" Je marche en Inde et je vois le Gange. Il est beau et il y a des bateaux. "
MOÏSE
" Je marche en Inde et je vois une fille. Elle pleure. Il y a des gens. Elle a des colliers partout : sur les pieds, les mains.
J’étais sur place, un peuple… Il y a des vaches, des gens qui touchent la vache.
Il y avait des vautours et des gens qui criaient. Ah ! Ah : un peuple. Une ville toute bleue. "
MEGANE
" Je marche tranquillement dans la forêt, quand, tout à coup, j’entends un bruit : le bruit que fait le Gange. Le Gange ! Je me dis : " Qu’est-ce que c’est ce bruit ? " J’approche et c’est la Folle de Samode qui rêve du Gange. "
FLORIAN
" Je marche pieds nus. Devant moi, je vois la ville bleue et les personnages bleus. "
PRISCILLA
" Je marche en Inde et je rencontre le Gange. Je croise une petite fille qui pleure. Je lui demande : " Pourquoi tu pleures ? "
Elle me répond : " Je ne veux pas te le dire… "
J’ai vu qu’elle avait un pull rouge et des larmes aux yeux. Deux dames la regardaient. "
GHISLANE
" Je marche devant la mère du monde. Je rencontre la vache sacrée. Je lui demande : " Dis-moi, pourquoi tu es sacrée ? " Elle ne me répond pas. Alors je me suis dit que les vaches ne parlaient pas. J’ai rencontré un paysage bleu et à lui aussi j’ai demandé pourquoi les vaches étaient sacrées. Lui aussi ne savait pas parler. "
NAWEL
" Je marche pieds nus sur des pierres et des pierres. Tout à coup, il y a une vache sacrée, alors je m’en vais. Ensuite, je vois des Français dans un restaurant qui demandent beaucoup de viande de bœuf, et, moi, je vais leur dire : " Mais, vous n’avez vraiment pas honte ! "
Deux heures passent,. Je rentre chez moi. Je vois, par la fenêtre, une petite fille qui pleure. Alors, je descends la voir. Je lui dis, en parlant indien : " qu’est-ce qu’il y a ? " Elle me répond : " Tout le monde me dit que je suis folle ! "
- Allez, viens chez moi ! Allez, dors… "
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