Accueil - 22 décembre 2007
Littérature malsaine, vraiment ? (la chronique de Simon Roguet, sur Livres échanges)
J’ai un peu peur…
Quand je sens un air de censure qui traîne par là…
Les éditions Actes Sud et plus particulièrement la collection "D’une seule voix" viennent de se faire réprimander par le ministère de la Justice qui demande aux éditions d'apposer une mention d'un âge minimal de 15 ans sur deux titres parus dans cette collection: Quand les trains passent de Malin Lindroth et et Kaïna-Marseille de Catherine Zambon.
Ce n’est pas la première fois mais cela fait toujours un peu drôle d’apprendre ce genre de nouvelles. Ces deux titres sont des livres que je conseille régulièrement, comme je le fais pour tous les titres que j’ai appréciés, dans ma librairie. Je suis conscient que ce sont deux textes forts et je les conseille aux ados que je connais bien ou en prévenant que ce sont des livres qui ne laisseront pas indifférents. J’avoue, je n’ai jamais demandé l’âge des ados en face de moi, quand j’ai conseillé ces livres. J’avais l’impression que je n’étais pas confronté aux mêmes obligations que les bureaux de tabac ou les bars PMU. Maintenant, je devrais peut être le faire, puisqu’il ne faut pas heurter nos chers petits ados adorés.
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09:10 Publié dans ADOS, CHRONIQUES DE SIMON ROGUET, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Accueil - 16 décembre 2007
«Je tenais à dire qu'il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins.»

(Citrouille n°36, novembre 2003)
Quand, rebondissant par son commentaire sur un débat ouvert par Vincent Cuvellier sur notre blog en février 2006, une ado fait (involontairement ?) le lien avec un autre débat initié par Blandine Longre, en mentionnant les mêmes auteurs (Malin Lindroth,Guillaume Guéraud) que ceux cités par l'article du Monde...
«Bonjour,
Je suis ce qu'on peut appeler une ado étant donné que j'ai 15 ans. je tenais à dire, qu'en effet il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins. on est bien capable de faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
Pour ma part j'ai vraiment aimé ce livre [Je mourrai pas gibier]. je trouve l'écriture simple, et pourtant, on arrive très bien à se mettre dans la peau du personnage.
c'est, certes, un livre qui laisse mal à l'aise, et pourtant, pas tant que ça ; ce n'est pas le pire. un livre qui m'a vraiment laissé sur le carreau c'est "quand les trains passent" de Malin Lindroth de la collestion "d'une seule voix".
ils font partie de ces livres qui permettent une réflexion, une remise en cause ; ce qui change des romans ados basiques qui virent au cucu d'une amourette impossible, ou de l'elfe en quête de la pierre qui va sauver le monde. et je trouverais dommage que la publication de tels livres soit stoppée.
11:05 Publié dans ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Accueil - 15 décembre 2007
Famille, je te hais ?

08:55 Publié dans ADOS, LIVRES EN DÉBAT, RÉTROVISEUR | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Accueil - 14 décembre 2007
"Un livre doit être un danger", disait Cioran... (un article du blog de Blandine Longre)
Les grands médias ont rarement l'occasion de parler de littérature jeunesse, et la plupart n'y connaissent pas grand-chose - mais quand ils le font (à l'occasion du Salon de Montreuil, une fois l'an), on aimerait qu'ils la traitent sur le même plan que les autres littératures... Et non comme une "production" à part. En effet, certains auront peut-être lu un article paru dans Le Monde des livres du vendredi 30 novembre, qui s'intitule "Un âge vraiment pas tendre - Mal-être, suicide, maladie, viol... Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ?"
Déjà, ces premiers mots en ont fait bondir plus d'un... (éditeurs, auteurs, bien sûr, mais aussi lecteurs), car tout est dit dans le titre : l'idée obsolète, idéal d'un autre temps, qu'il existerait un âge "tendre" ; puis l'énumération de termes qui ressemblent ici à des "gros mots" (auxquels il ne faudrait surtout pas associer l'idée de jeunesse...) et enfin, une question qui aussitôt se fait affirmation... Le ton est donné et l'article va dans le sens d'un "protectionnisme" qui semble faire un retour en force... (pour ne pas parler des velléités de censure de certains), d'autant plus dommageable que la littérature dont il est ici question s'adresse aux adolescents (et non à des "enfants") - une littérature hybride, que les adultes eux-mêmes (quand ils passent outre les préjugés) ont souvent grand plaisir à lire - et que les adolescents, selon leur maturité (qui n'a rien à voir avec l'âge...), peuvent tout lire, on le sait.
Lire la suite sur le blog de Blandine Longre
09:45 Publié dans ADOS, DES LIENS, LIVRES EN DÉBAT, SITARTMAG | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Accueil - 16 mai 2007
A propos de Babel J, Exprim’, Photoroman, D’une seule voix, Nouvelles, doAdo Noir et doAdo monde
Ça a commencé il y a un an, avec l’arrivée des Babel J. J’étais plutôt sceptique sur l’idée. Pocket avait essayé d’intégrer au fonds jeunesse des titres initialement publiés en secteur adulte, et ça avait donné Pocket jeunes adultes, qui mélangeait sans scrupule Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis, à la trilogie du Juge d’Egypte, de Christian Jacq. Mais les premiers titres de Babel J ont chassé plutôt loin mes préjugés. A côté de textes que je connaissais (Loin, très loin de tout, d’Ursula K. Le Guin, ou Sous le règne de Bone, de Russel Banks), j’ai découvert des romans qui me seraient sinon sans doute restés inconnus (comme Jeu de massacre, de Henri-Frédéric Blanc) et que je conseille avec plaisir aux adolescents.
Et puis Sarbacane, qui n’éditait jusque là que des albums et quelques documentaires, s’est lancé dans les romans, et ce fut l’une des meilleures nouvelles éditoriales de ces derniers mois. Les trois premiers titres de la collection Exprim’, parus en novembre 2006, ont donné un nouveau souffle à un secteur qui tournait un peu en rond. Si l’on était fâché avec l’étiquette de littérature « pour adolescents », on ne gardait que la littérature. Ces trois premiers titres voulaient imprimer l’idée d’une écriture hybride, inspirée peut-être par la chanson, une écriture poème, qui tour à tour pouvait se lire, se chuchoter, se crier. Dans Adieu la Chair, paru en mars dernier, Julia Kino fait complètement s’effacer le propos devant une écriture somptueuse, qui renvoie indiscutablement à des références musicales telles que Jim Morrison ou Marianne Faithfull. Sur le site dédié à la collection, la toute jeune écrivaine lit des extraits de son texte, et il suffit de quelques phrases pour saisir ce lien incroyable entre la musique et les mots.
09:19 Publié dans ADOS, ARTICLES DIVERS, DERNIERES LECTURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Accueil - 22 février 2006
» Attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas !
Une réaction de Vincent Cuvellier à la critique du dernier roman de Guillaume Guéraud par la librairie Comptines
"Bonjour,
ce n'est pas la première fois que j'entends ces arguments concernant un roman pour ados, singulièrement souvent de guillaume guéraud, et parfois d'autres... j'ai envie d'y réagir, et d'une parce que c'est un pote à moi, ce qui me semble une raison suffisante, et de deuze, parce que mes livres à moi sont tout ce qu'il y a de pas violent, à deux doigts du cucul la praline et que je peux donc parler sans intervenir pour ma propre paroisse..
Ces avis (en gros je résume, c'est génant de faire lire à des ados un livre violent voire qui glorifie la violence) me semblent être des avis moraux, et à mon humble avis la morale n'a rien à voir avec la littérature, elle ne peut que nous mener vers plus de politiquement correct... ok, guéraud a une certaine fascination pour la violence, on peut s'identifier et éprouver de la sympathie pour son personnage principal, mais là, on est quand même dans un procédé qui est utilisé dans des centaines de milliers de livres: l'identification au personnage, qu'il soit gentil ou méchant...
Faudrait il mettre un avertissement sur le bouquin, genre: "attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas!"
Et alors que faut il faire de tous ces livres ou films où on éprouve de la sympathie pour le méchant et/ou la violence est esthétisée? adieu scorsese, coppola, léone, et des milliers d'autres...
Ah oui, c'est vrai, ces auteurs ne s'adressaient pas aux ados... aux ados, il leur faut des modèles, c'est qu'ils sont en construction, et risqueraient de prendre la fiction pour la réalité... popopop! et si les ados n'étaient pas débiles mais bien capables de faire la part des choses? et si les livres étaient aussi là pour transgresser des tabous? et si les livres pour ados étaient des livres tout courts, donc sans aucune portée pédagogique ou morale, mais une portée littéraire?
Qu'est ce qu'il faut faire? ne pas éditer les livres de guillaume? qu'il rentre dans le rang? qu'il écrive des trucs inoffensifs?
Ou qu'il essaie à chaque bouquin, avec ses exagérations ou ses maladresses à chercher dans sa voie?
Allez, cherche, guillaume, cherche, oh oui, c'est un bon guillaume, ça!..."
Vincent Cuvellier (son blog)
09:15 Publié dans ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Accueil - 04 novembre 2005
» Janine Teisson : "Il y a une différence entre écrire pour des adultes ou pour des adolescents"

Un texte publié en septembre 2003
Comment parler de la littérature “adolescente”?… D’abord quels adolescents? Je parlerai des douze-quinze ans. Je laisse les seize- trente ans à d’autres. Prenons un adolescent qui ne veut ni n’aime lire. Une sorte d’anorexique de la lecture comme on en connaît tant. Rien ne passe. Ils n’a aucun désir dans ce domaine. Et puis un jour un prof lui donne l’occasion ou le met dans l’obligation de se plonger dans cette étrangeté qu’est la littérature adolescente et parfois le miracle a lieu, j’en suis témoin. L’adolescent lit le livre jusqu’à la dernière page et en éprouve visiblement de la satisfaction. Pourquoi ? Comment ? Certainement parce qu’il y a eu une rencontre, qu’elle soit douce ou violente entre les préoccupations confuses ou précises de l’adolescent, ses interrogations, ses malaises, ses aspirations, ses demandes et une parole qui ouvre ou qui rassure, qui bouscule, qui dit “ tu n’es pas le seul dans ton cas ”, qui entraîne vers le rêve, donne le sentiment qu’il y a bien une vie après l’adolescence et qu’elle vaut d’être vécue. Enfin une parole qui le touche, on ne sait comment.
13:35 Publié dans ADOS, TEXTES IMAGES D'AUTEURS D'ILLUSTRATEURS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Accueil - 30 octobre 2005
» Ces romans ados qui dérangent…

Archives - Articles parus en novembre 2003 -
- Ces romans dont on cause…
- Le péril jeune
- Des romans japonais pour les ados
- 16 romans pour ados
- La quatrième voie
- Conduites à risques
La photo de la couverture de ce numéro était signée Magali Schmitzler : voir son site.
14:10 Publié dans ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Accueil - 30 octobre 2003
» Conduites à risques

Les conduites à risque consistent en l’exposition du jeune à une probabilité non négligeable de se blesser ou de mourir, de léser son avenir personnel, ou de mettre sa santé en péril : toxicomanie, alcoolisme, vitesse sur la route, tentatives de suicide, troubles alimentaires, fugues, défis dangereux, blessures délibérées, etc. Elles altèrent en profondeur ses possibilités d’intégration sociale. Certaines, inscrites dans la durée, s’instaurent en mode de vie, deviennent des addictions, d’autres marquent un passage à l’acte, ou une tentative unique liée aux circonstances. L’insuffisance du goût de vivre ouvre en soi un abîme qui expose au pire. Le jeune est simultanément en quête d’indépendance et de réassurance à l’égard des autres cherchant à la fois leur tutelle et l’autonomie, il expérimente pour le meilleur et pour le pire son statut de sujet, joue avec les interdits sociaux. Face à cet être ambivalent, insaisissable pour les autres mais aussi pour lui-même, les enseignants ou les parents sont souvent en grande difficulté, ne sachant plus à quoi se raccrocher. Or l’instauration de limites symboliques est nécessaire pour que le jeune se situe en tant que partenaire actif au sein du lien social, sache ce qu’il peut attendre des autres et ce que les autres peuvent attendre de lui dans une mutuelle reconnaissance. Une majorité de jeunes connaît finalement cette tranquillité d’exister. Mais une forte minorité témoigne d’un manque à être, d’une souffrance et de la nécessité de s’affronter au monde pour se dépouiller du mal de vivre et poser les limites nécessaires au déploiement de leur existence.
Pour chacun de ces jeunes, les raisons de se mettre en danger ne se comprennent qu’à travers son histoire personnelle et son ambivalence propre dans son rapport au monde. Aucune régularité simple et rassurante ne permet d’un trait de les identifier et aucune recette de les prévenir. Elles ont leur origine dans l’abandon, l’indifférence familiale, le sentiment de ne pas compter, mais aussi à l’inverse dans la surprotection, notamment maternelle. La disqualification de l’autorité paternelle revient couramment. Parfois c’est la violence ou les abus sexuels qui exilent de soi, ou la mésentente du couple parental. C’est toujours le manque d’orientation pour exister, le sentiment d’absence de limite à cause d’interdits parentaux jamais donnés ou insuffisamment étayés. Les conduites à risque ne relèvent pas de la volonté de mourir, ce sont des détours symboliques pour s’assurer de la valeur de son existence. Tentatives d’exister plutôt que de mourir… Rites intimes de fabrication du sens…
Quand le sentiment de soi est encore fragile, le corps devient alors le champ de bataille de l’identité. Il effraie par ses changements. Attache au monde, le corps se mue en objet transitionnel destiné à amortir le désarroi d’être soi. Le jeune le couve et l’écorche, il l’aime et le hait avec une intensité variable liée à son histoire et à la qualité de présence de son entourage. Si les limites manquent, le jeune les cherche à la surface de son corps, il se jette symboliquement (et non moins réellement) contre le monde pour établir sa souveraineté, bâtir une zone propice entre intérieur et extérieur. Les conduites à risque sollicitent symboliquement la mort dans une quête de limites pour exister. La mentalisation est mise en échec et la résolution de la tension implique le passage à l’acte ou les conduites addictives. Il s’agit d’accoucher de soi dans un corps à corps avec le monde. Les personnes affectivement importantes à ses yeux ne le rassurent pas sur la valeur de son existence, il interroge alors une instance métaphysique, mais puissante : s’il échappe à la mort après avoir été un instant à son contact, une réponse lui est donnée sur sa valeur personnelle. L’ordalie est un rite oraculaire. Elle énonce une prédiction sur l’avenir en disant si l’existence mérite qu’on aille à son terme.
En se mettant en danger, le jeune provoque le groupe, il lance un appel et resserre les liens autour de lui par les soins ou l’attention qu’on lui prodigue. Si ceux qui priment à ses yeux restent indifférents, la récidive est brutale ou bien le comportement à risque se transforme en addiction. Au contraire s’ils se mobilisent, témoignent de leur affection, l’échange se recrée sur une base plus propice. Les conduites à risque manifestent la résistance du jeune, elles s’opposent au risque plus incisif de l’effondrement du sens. Malgré les souffrances qu’elles entraînent, elles possèdent un versant positif : elles favorisent la recherche de marques ; elles sont un moyen de maintenir une relation de sens envers le monde ; tentative paradoxale de reprendre le contrôle de son existence. La souffrance est en amont, il s’agit de lui porter un coup d’arrêt, se faire mal pour avoir moins mal. L’épreuve personnelle est un chemin détourné pour retrouver le jeu de vivre…
David Le Breton, professeur de sociologie, à l’université Marc Bloch de Strasbourg.
14:00 Publié dans ADOS, ARTICLES DIVERS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
» La quatrième voie
À la librairie L’Herbe Rouge, on aime les vraies histoires où se côtoient humour, aventure, réalisme, imaginaire et profondeur…
Quelle a été notre constatation de départ pour cette proposition de romans que nous voulons vous faire ? Dans le monde du livre de jeunesse, la littérature pour adolescents est la plus proche des adultes, par l’âge des lecteurs et les sujets abordés. Beaucoup de textes ados dont les adultes (critiques, bibliothécaires, libraires…) parlent sont des écrits réalistes traitant de la société contemporaine de manière assez noire, parfois désespérée. Bien sûr, aborder le suicide (Tant pis pour le sud), la prison (Lettres de l’intérieur), les brimades (Ijimé, la loi du plus fort), la drogue (Junk, Un pacte avec le diable), la précarité et l’exclusion (Attention fragiles), l’inceste et les abus sexuels (La fille du canal, Et moi j’étais trop petite), la mort (Un kilo d’oranges), la violence des cités ou d’ailleurs (Djamila, Je ne suis pas un singe) incite peu à l’humour et à la distance. Ces textes, tous remarquables mais rarement porteurs d’espoir, n’occultent-ils pas le quotidien d’une majorité de jeunes ? Or il existe d’autres genres…
Il y a par exemple des textes réalistes plus légers, qui provoquent souvent chez ces mêmes adultes passeurs d’écrits au mieux une moue sceptique, alors qu’ils sont, même si parfois caricaturaux, tout autant initiatiques. Mais n’en est-il pas de même dans la littérature adulte, où Le Journal de Bridget Jones soulève les railleries et où Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d’Anna Gavalda devient suspect, bien qu’édité au Dilettante, parce qu’acheté par plus de 200 000 personnes ? Ainsi considérons-nous comme important qu’existent dans notre fonds la série Georgia Nicolson, Quatre filles et un jean (et ses suites), Le journal secret d’Adrien 13 ans 3/4, ou Mon premier amour et autres désastres (dont la « légèreté » ne l’empêcha pas de connaître des ennuis avec la censure morale aux USA comme chez nous).
Il y a également des textes de pure fiction, dans des genres souvent considérés comme mineurs par certains adultes (les mêmes ?), alors qu’ils peuvent et savent, eux aussi, participer de la formation : science-fiction, fantastique, policiers… Fonctionnent ainsi la plupart des romans de la collection Autres mondes où, comme dans les plus grands textes de science-fiction des années 70 et 80, l’aventure s’accompagne d’une réflexion profondément humaniste sur l’intolérance, la violence, le progrès et la liberté (Sa majesté des clones, Kaéna, Les abîmes d’Autremer et Clone connexion pour n’en citer que quatre). Remarquable est aussi le travail des éditions Bragelonne dans le domaine de l’épopée fantastique ; la trilogie de La Moïra d’Henri Loevenbruck, constitue notamment une parade aux rejetons sans âme du Seigneur des anneaux ou de Harry Potter, sans même parler des produits purement fabriqués et mis en place à grand renfort de médiatisation, dont nous connaissons l’efficacité auprès des jeunes… Signalons dans une veine plus purement fantastique (revenants…), deux textes, vrais romans de formation autour des inquiétudes de l’adolescence et de la complexité de l’être humain : Les Ensorceleurs et Les Yeux de l’Amaryllis. Et nos adultes sus-cités, là-dedans ? Il n’est pas surprenant de constater que les titres rencontrant le plus de relais de leur part dans ces domaines soient les plus pessimistes (donc les plus forts ?), tels La Guerre des plaines bleues ou Le Passeur (sur une trame très semblable L’Élue, plus optimiste, a ainsi moins frappé les esprits).
En ce qui concerne le roman policier, que la collection Page noire n’existe plus, même si certains textes sont ou seront repris en Scripto, est par exemple pour nous une bonne chose : nous préférons éviter la catégorisation à ces âges où les goûts ne sont pas définitivement formés-fermés. Outre quelques textes, Carton noir chez Les policiers de Magnard jeunesse, Harlem blues chez Cascade policier de Rageot, deux collections estampillées « polar » de qualité, souvent ressenties comme s’adressant à un public plus jeune, nous préférons aiguiller nos clients vers des textes «pour adultes» nous semblant accessibles (Daniel Pennac, Donald Westlake version humoristique, Charles Williams pour ne citer que les plus légers et semi-classiques). À la frange, la série d’espionnage Alex Rider ouvre les portes d’un nouveau domaine, ce qui nous réjouit.
Pour notre part, nous croyons en une «quatrième voie», celle de vraies histoires où se côtoient humour, aventure, réalisme, imaginaire et profondeur. L’archétype (quel grand mot !), en serait Le Passage, lu et lisible par tous, jeunes et adultes, et générant un plaisir unanime. Souhaitons que le film qui en est tiré lui apporte encore plus de lecteurs et ne crée pas, chez les adultes, une réaction négative au roman (cf. Harry Potter). Beaucoup moins (re)connus, Le Cœur des vastes cités et Les Vents coudés, romans hors genre sont deux petits bijoux d’écriture. Et nous avons d’autres pistes à vous ouvrir…
Les romans historiques ou témoignages par exemple : Constance, Journal d’une sorcière et Vies de sorcières, Orage sur le lac, Omakayas… Tiens, que des filles !… On considérera comme particulier le cas du Clan des Otori, qui aurait pu être un «simple» roman de samouraïs, les romans de cape et d’épée étant extrêmement rares dans la production récente, mais qui se voit doté d’un héros aux pouvoirs surnaturels ! Nous aimons aussi vous proposer des textes autour du monde du sport : Carton noir, Jeu sans ballon, Tête de moi, Les Toilettes siffleuses, Le Défi d’Alfred et ses suites La Dernière Épreuve et Le Chef… Tiens pratiquement que des garçons !…
Le contenu du Défi d’Alfred nous amènera à vous guider vers d’autres ouvrages. Dans Aurélien Malte, un roman court et dur mais porteur d’espoir, on retrouvera ainsi l’idée de rédemption. Dans Voyage à Birmingham 1963 et Brooklyn babies, c’est la communauté noire nord-américaine décrite qu’on retrouvera, une société violente mais marquée par la force de la vie, l’espoir permanent en filigrane, associé à la nécessité de la lutte et au brassage social. Et dans Le Gone du chaâba, bel exemple de réussite personnelle qu’on souhaiterait moins exceptionnel, on retrouvera une évolution sociale inhabituelle.
Dommage que cette liste soit finalement relativement restreinte. Il y a des domaines d’une grande richesse à peine abordés : les arts, les voyages, les autres cultures hors crises ou guerres, l’amitié non trahie… Offrir de nouveaux thèmes et développer la diversité, en préservant bien sûr la qualité, ne peut qu’enrichir la personnalité de jeunes trop souvent formatés par les loisirs qui leur sont proposés. Et qui sait ? ils seront peut-être alors plus nombreux à trouver réponse à leurs questions et être touchés par les livres. Françoise Tribollet et Gégène, librairie L’Herbe Rouge
13:50 Publié dans ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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