08 juin 2011
«Si l’aspect pédagogique prime sur le littéraire, pourquoi ne pas l’indiquer sur la quatrième de couverture?»

«Dans la section destinée aux enseignants sur le site de la Courte Échelle, une discussion pour Poupée est proposée. On avise le professeur: La lecture de ce livre donnera sans doute lieu à de vives discussions entre vos élèves. Proposez-leur un débat sous le thème «Amour et domination». La maison d’édition ouvre donc elle-même la porte vers cette question cruciale: ces deux romans sont-ils adressés à des élèves ou à des lecteurs? Si l’aspect pédagogique prime sur le littéraire, pourquoi ne pas l’indiquer sur la quatrième de couverture?
La littérature jeunesse doit exister en elle-même – elle ne doit pas être au service de la pédagogie et ne doit pas être un substitut ou un complément à l’école ou aux programmes offerts par les différents services sociaux. La littérature jeunesse n’est pas non plus un produit marketing dont le but principal serait de fidéliser de futurs lecteurs adultes. Et il n’est pas inutile de rappeler ceci: la littérature jeunesse constitue de la vraie littérature. Les jeunes lecteurs sont de vrais lecteurs qui méritent le respect des auteurs et des maisons d’édition. Ce n’est donc pas parce qu’on publie des livres jeunesses qu’on peut se permettre de bâcler le travail de manière aussi magistrale.» [intégralité de l'article ici]
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19 février 2011
Du sexe ? Que dalle...
"(...) Continuons sur le fond : premier problème, le sexe. Mais là, c'est un problème général à la littérature pour la jeunesse, et je ne vais pas en faire directement grief à l'auteur lui-même, ce serait injuste, pour le coup. Pourquoi est-ce un problème à mes yeux ? Et pourquoi en parler ici ? Parce que justement, le roman s'y prête parfaitement. Durant trois tomes, Alexis Brocas, démons obligent, nous décrit par le menu un catalogue de tortures diverses et variées qui feraient passer l'Enfer de Breughel pour le Déjeuner sur l'herbede Renoir. Si cette complaisance m'emmerde personnellement, je dois bien avouer qu'elle est à la mode et que tous les ados autour de moi se sont colletés à la série des Saw, la plupart du temps en rigolant comme des baleines. Je n'en fais pas une montagne (...) Et alors, me direz-vous, qu'est-ce que le sexe a à voir là-dedans ? Rien justement. Il n'y en a pas. De la violence, oui, à gros bouillons. Du sexe, que dalle. Le roman pour ado se vautre dans le gore, mais quand il est question de la plus petite scène de sexe, pire, de la plus élémentaire des sensualités, il y a censure, ou auto-censure. Comme si la sexualité des ados n'était qu'une ellipse à l'égal des phrases qui servent à cacher la relation charnelle sous des pudeurs de jeune vierge du XIXe siècle (...)"
C'est sur le blog de " Des livres et l'ado - La littérature jeunesse est une littérature comme les autres..." de Hélène Ramdani
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24 janvier 2011
Est-ce que vous considérez Marina comme un livre de littérature jeunesse? (ou :
Q: Est-ce que vous considérez Marina comme un livre de littérature jeunesse? Quels sont les lecteurs que vous voulez rejoindre en français?
R: Je n'ai jamais su à quelle catégorie ce livre appartient et je ne suis pas sûr que c'est important. À l'origine, il a été publié comme littérature jeunesse, mais c'est un livre qui plaît autant aux jeunes lecteurs qu'aux adultes. Pour moi, il s'agit simplement d'un roman, d'une histoire personnelle. J'écris pour les gens qui aiment lire, qui s'intéressent au livre, au langage, aux idées, à l'imagination et à la beauté des mots et de la narration. Quels que soient la langue, la race, l'âge et la nationalité, pour moi, les lecteurs du monde sont une nation à part.
C'est une interview de Carlos Ruiz Zafon sur Cyberpresse, ici (photo Cyberpresse)
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04 décembre 2010
Faut-il kiffer la littérature pour ados? (sur BiblioObs.com)

Par Jonathan Reymond (Étudiant en journalisme) sur BibliObs
«La littérature « cross-age » ou littérature « 15-25 », ça vous dit quelque chose ? Pour certains, ces termes ne seraient que des trouvailles d'éditeurs désireux de surfer sur la vague Harry Potter. Aux yeux de Tibo Bérard, il s'agit, au contraire, d'un véritable genre littéraire - libre, dynamique, rythmé, en un mot: « rock'n'roll » ! Le jeune éditeur de la collection «eXprim'», chez Sarbacane, a accepté de quitter quelques minutes le stand G8 du Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil pour nous expliquer son point de vue. Entretien avec le Gaston Gallimard des ados.
BibliObs. - Prenons les choses par le début: qu'est-ce que la littérature « cross-age » ?
Tibo Bérard. - L'idée c'est de combler le vide existant entre la littérature pour enfant et la littérature pour adulte. Ce sont des livres qui doivent (re)donner envie aux ados de lire. Evidemment, les adultes aussi peuvent être attirés par ce genre de lecture.
BibliObs. - De la littérature simplifiée pour une génération qui ne lit plus …» [la suite à lire ici]
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15 novembre 2010
Séduits par les volumes des ventes de littérature pour la jeunesse, ils se mettent tous à écrire pour les 15-25 ans.
(…) Le cross-age doit son existence à l'inoubliable magicien Harry Potter. C'est avec lui que les 10-25 ans ont découvert les délices de la lecture. Grands, ils peinent à retrouver ces frissons et ces énigmes bien ficelées. C'est donc pour eux que le cross-age a été inventé. Mais pas seulement. "On a remarqué que les adultes achetaient de plus en plus de littérature estampillée jeunesse, raconte Deborah Druba, directrice éditoriale à Fleuve noir. Cela a commencé avec Harry Potter mais continue allégrement avec Les mondes de Narnia, la série Percy Jackson ou la saga Twilight. (…) [article du Point.fr, à lire ici]
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14 novembre 2009
Deux livres du Prix Ados retirés puis remis

Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne et Les orphelins de Naja de Nathalie Le Gendre étaient écartés mardi. Après protestations, ils ont été réintégrés. Une mise en garde sera envoyée aux collèges. Trois fois sélectionnée, primée en 2007 avec Automates, la romancière rennaise a eu du mal à avaler la nouvelle. Nathalie Le Gendre apprenait mardi que son livre de science-fiction Les orphelins de Naja (Mango) ne ferait finalement pas partie de la sélection finale soumise dans les collèges, et bibliothèques du département. Pourtant son livre paru en janvier 2008, qui aborde la pédophilie, avait été choisi par les collégiens parmi une centaine de livres. « C'est piétiner le pouvoir accordé aux ados, en leur disant vos choix ne sont pas sains ! regrette l'auteur. Je m'attendais à quelques réactions, mais pas à une censure. » (lire la suite de cet article de Ouest France sur maville.com)
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27 juin 2009
Marie-Sabine Roger au Bateau Livre
"Il vaudrait mieux, pour eux, inviter les ados à aller vers les livres pour adultes que de publier, comme aujourd'hui, des textes pour adultes en littérature jeunesse. Et ça n'enlèverait pas à la littérature jeunesse les textes merveilleux qui sont les siens et que j'invite aussi les adultes à lire." Marie-Sabine Roger au Bateau Livre de Lille, pour la présentation de son roman pour adultes LA TETE EN FRICHE (lire un extrait)
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09 juillet 2008
Quand les Cathares réconcilient deux cités
[Un témoignage de décembre 1995 republié à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]

En recherche d’une action transversale avec les différents partenaires scolaires, sociaux et culturels, la bibliothèque de Martigues est sortie de ses murs. Peu à peu, au gré de l’acceptation des uns et des autres, les actions se sont multipliées dans plusieurs quartiers. De la maternelle au lycée, les livres ont commencé à circuler, présentés dans les classes par l’animateur de la bibliothèque, de plus en plus souvent accompagné d’auteurs, d’éditeurs ou de comédiens. Avec ces ouvrages, on s’est mis à évoquer les grandes tragédies de l’histoire, les problèmes sociaux d’aujourd’hui, ou on s’est régalé d’humour. Les jeunes se sont mis à écrire, chaque jour avec un peu plus d’assurance… Car dans ce cadre, il n’y a pas de devoirs, pas de fiches lecture, pas de notes. Toutes les appréciations sont favorables. Rien d’obligatoire, pas d’échec... Ensemble on recherche un moment de plaisir, de partage pour mieux se connaître, aller plus loin, briser les frontières. Des mains se lèvent timidement pour une question ou pour témoigner. Des enfants effacés en classe deviennent bavards, parfois éloquents. L’instit surpris, invite à revenir… C’est sur ce fond de lectures partagées que la mort est venue dire son mot.
Fête foraine et meurtre- La vie dans les grands quartiers est souvent, pour ceux qui n’y demeurent pas, un mystère qui se transforme en crainte. La rumeur fait le reste : la mauvaise renommée s’installe. Elle est presque toujours un mensonge, néanmoins les jeunes ont souvent peur de sortir de leur quartier, de se retrouver «étranger» sur un terrain hostile, «à découvert». De la crainte de l’autre naît une menace, parfois des affrontements. Et lors d’une fête foraine, à Martigues, un jeune garçon meurt poignardé. Aussitôt deux quartiers s’enflamment. Ce n’est pas une rivalité séparée par des mers ou des montagnes, ni par des coutumes ou des religions. Le réflexe de groupe fonctionne et rassure, les dégâts s’annoncent dans les mots et les désirs de représailles.
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08 juillet 2008
Le droit de ne pas lire - Par Patrice Wolf
[Une carte blanche de mars 2003 republiée à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
Bien sûr, depuis Comme un roman de Daniel Pennac, les droits imprescriptibles de l'enfant-lecteur ont fait leur chemin. Le droit de ne pas lire est passé dans les principes. Dans les principes seulement puisqu'un enfant qui ne lit pas reste une énigme autant qu'un motif d'inquiétude pour nombre de parents. Réussite à l'école, ascension sociale. les vertus attribuées au livre et à la lecture conservent toute leur prégnance dans l'imaginaire collectif.
De ce point de vue, l'adolescence, période de troubles et d'interrogations, est assez significative. Force est de constater qu'entre 10 et 15 ans, les jeunes lisent moins et que leurs centres d'intérêts vont plus volontiers vers la musique, le cinéma, le sport ou les sorties entre amis. Pour expliquer ce phénomène, on a longtemps avancé l'idée que la lecture obligatoire des classiques à l'école, associée aux ineffables fiches de lecture, les dégoûtaient pour un bon bout de temps d'une activité pourtant indispensable à leur développement.
Et si les raisons de cette désaffection tenaient tout simplement à une évolution normale qui conduit les adolescents à s'ouvrir aux autres, à se confronter à la vie réelle ? Si la lecture qui permet aux enfants de grandir «de l'intérieur», dans une relation intime et affective à leur environnement domestique, ne répondait plus que très partiellement à leurs besoins ? A travers la musique, le cinéma, le sport ou les sorties en groupe, les adolescents trouvent non seulement un lieu communautaire d'émancipation et de partage immédiat mais c'est aussi pour eux une façon d'exister autrement à travers le regard des autres.
Et si, pour eux, le fait de délaisser la lecture était tout simplement un signe de bonne santé ?
Patrice Wolf
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07 juillet 2008
Mona Love, la nuit : un des premiers "Pour et contre" de Citrouille
[Un pour et contre de mars 1993 republié à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
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04 juillet 2008
Quel impact la littérature a t-elle sur la vie amoureuse (en particulier des adolescentes) ? Par Superluciole (16 ans)
[Un article de juin 2005 republié à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
Répondre à cette question est certes compliqué et en le faisant, chacun ne peut s'empêcher de prendre en compte son expérience personnelle.
Il est de notoriété publique que les jeunes filles, à la l'âge de la puberté, sont plus « fleur-bleues » que les garçons et c'est d'ailleurs à cet âge là qu'elles commencent à s'interesser à eux. On constate également que les jeunes filles lisent plus que leurs congénaires masculins ( j'exclue les bandes dessinées et autres ... je parle ici des romans.). On peut relier ces deux phénomènes et pour le faire ... il suffit de se pencher d'un peu plus près sur leurs lectures.
Rien qu'en étudiant ma bibliothèque personelle, tous genre mêlés, sur 431 romans, 102 ont pour thème principal : l'amour, soit, un ¼ de tout cet amas de papier est recouvert de lignes consacrées au sujet. Et en y regardant d'un peu plus près, je pourrais vous avouer sans honte les titres de seulement 1/5 de ces romans.
La littérature, de bonne qualité ou non, joue-t-elle un rôle dans nos amourettes, et , plus tard dans notre vie amoureuse ? Dans le roman de Flaubert, toute la vie d'Emma Bovary se retrouve conditionnée par les lectures qui ont formé sa jeunesse, déformant la perception qu'elle avait de la réalité. Est-il possible que les romans d'amour aient le même impact sur des jeunes filles au coeur encore vierge de toute cicatrice infligée par l'amour ?
De nos jours et en généralisant, les adolescentes pourraient se classer en plusieurs catégories. Il y a celle qui très vite ont découvert l'intêret que portent les hommes à la gente féminine. Certaines d'entre elles ont pris le parti de papilloner de garçon en garçon, et les autres, plus exigeantes, attendent LE grand amour, ou tout du moins UN grand amour.
Puis il y a celles qui rêvent d'avoir un jour le courage d'aborder celui pour qui leur coeur bat ... mais dont les histoires d'amour ne dépassent pas le stade du fantasme.
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03 juillet 2008
La quatrième voie
[Un article de novembre 2003 republié à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
À la librairie L’Herbe Rouge, on aime les vraies histoires où se côtoient humour, aventure, réalisme, imaginaire et profondeur…
Quelle a été notre constatation de départ pour cette proposition de romans que nous voulons vous faire ? Dans le monde du livre de jeunesse, la littérature pour adolescents est la plus proche des adultes, par l’âge des lecteurs et les sujets abordés. Beaucoup de textes ados dont les adultes (critiques, bibliothécaires, libraires…) parlent sont des écrits réalistes traitant de la société contemporaine de manière assez noire, parfois désespérée. Bien sûr, aborder le suicide (Tant pis pour le sud), la prison (Lettres de l’intérieur), les brimades (Ijimé, la loi du plus fort), la drogue (Junk, Un pacte avec le diable), la précarité et l’exclusion (Attention fragiles), l’inceste et les abus sexuels (La fille du canal, Et moi j’étais trop petite), la mort (Un kilo d’oranges), la violence des cités ou d’ailleurs (Djamila, Je ne suis pas un singe) incite peu à l’humour et à la distance. Ces textes, tous remarquables mais rarement porteurs d’espoir, n’occultent-ils pas le quotidien d’une majorité de jeunes ? Or il existe d’autres genres…
Il y a par exemple des textes réalistes plus légers, qui provoquent souvent chez ces mêmes adultes passeurs d’écrits au mieux une moue sceptique, alors qu’ils sont, même si parfois caricaturaux, tout autant initiatiques. Mais n’en est-il pas de même dans la littérature adulte, où Le Journal de Bridget Jones soulève les railleries et où Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d’Anna Gavalda devient suspect, bien qu’édité au Dilettante, parce qu’acheté par plus de 200 000 personnes ? Ainsi considérons-nous comme important qu’existent dans notre fonds la série Georgia Nicolson, Quatre filles et un jean (et ses suites), Le journal secret d’Adrien 13 ans 3/4, ou Mon premier amour et autres désastres (dont la « légèreté » ne l’empêcha pas de connaître des ennuis avec la censure morale aux USA comme chez nous).
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02 juillet 2008
Questions à Sylvie Gracia, à propos de la collection Do A Do
[Une interview de novembre 2003 republiée à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]
Dans votre collection Do A Do, créée suite au succès rencontré par les romans de Guillaume Guéraud, vous éditez principalement des romans forts dans lesquels les personnages vivent des situations difficiles, violentes. Est-ce un des critères de votre ligne éditoriale?
Nous sommes toujours étonnés que Do A Do soit perçue à l'extérieur comme une collection accueillant principalement des textes sombres (pour aller vite...). Notre critère principal est la justesse de récriture, de la voix, comme en collection adulte. Cette voix peut être tendre ou rageuse, frontale ou plus complexe, les sensibilités sont multiples. Il est vrai que, dans le flot de manuscrits que nous recevons, les textes « noirs » sont les plus nombreux. Peut-être alors faut-il s'interroger sur notre société contemporaine plus que sur notre ligne éditoriale. Les écrivains sont, je crois, témoins de leur époque. Et puis, dans un monde qui se veut de plus en plus aseptisé, il semble que la moindre saillie soit perçue comme violence, agression.
Y a-t-il des thèmes, des écritures qui vous semblent davantage répondre à l'attente des adolescents ?
Au Rouergue, nous nous situons dans une logique d'offre, plus que de réponse à la demande. C'est-à-dire : nous ne nous demandons pas ce que les adolescents attendent (tâche très difficile, même pour moi qui suis mère d'adolescentes !), mais ce que nous avons envie de leur offrir. Et nous réagissons d'abord en lecteurs adultes : est-ce que ces textes, nous aussi, nous émeuvent, nous bouleversent, nous semblent transmettre quelque chose des interrogations qu'on peut porter sur la vie, à tout âge ? Les textes que nous publions sont souvent des sortes de tranches de vie d'adolescent, des basculements, des moments charnières, rencontres, séparations, échanges entre les générations... Nous ne sommes pas non plus, je crois, dans le roman-miroir, qui renverrait à l'adolescent l'image qu'il souhaiterait avoir de lui-même. C'est la réussite de l’écriture, sa capacité à rendre compte de la complexité du vécu, qui est décisive dans la décision de publication.
Y a-t-il des limites dans ce que vous destinez à la collection par rapport à ce que vous éditez dans la collection Brune pour adultes ? Le passage de la collection Do A Do à La Brune vous semble-t-il évident ?
En fait, nous concevons Do A Do comme une collection de transition vers les lectures « adultes », c'est pourquoi nous parlons dans ce cas de «jeune littérature ». On peut espérer qu’à l’âge de 14/15 ans, progressivement, les adolescents aillent voir du côté des rayons adulte : les libraires d'ailleurs, de plus en plus, présentent des rayons grands ados, dans lesquels ils proposent à la fois des romans ados et d'autres, publiés en collections classiques. Et nous nous en réjouissons. Sur les limites en matière de littérature ado, on pourrait parler de réflexe éthique d'éditeur, à certains moments, par rapport à certains textes. Il faut notamment réfléchir à la distance que permet ou non un texte, notamment lorsqu'il rapporte des situations violentes. On pense que, plus que l'image, le livre permet toujours cette distance critique : on peut l'abandonner, on peut le relire, la lecture est une activité de pensée, donc de distance et d'interprétation. Mais il nous est arrivé de demander à un auteur de réfléchir à certains passages de ses textes, lorsqu'il nous semble qu'il serait, pour des lecteurs ados, nécessaire « d'ouvrir un peu le capot », permettre par exemple non pas une fin heureuse, mais une issue possible.
Propos recueillis par Micèle Cortin, librairie La Courte Échelle
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01 juillet 2008
Des adultes aux ados
[Des témoignages de 2003 (parus dans la revue et/ou sur le blog) republiés à l'occasion de la rubrique RÉTROVISEUR JUILLET 2008]

Gudule : «J’écris avant tout pour l'adolescente que j'ai été»
Jean Molla : «Le vocabulaire de mes personnages est parfois très cru et parvient à me choquer moi-même…»
Thierry Lenain : «Certains moments fondateurs de la vie ne prêtent pas à rire. Ils nous construisent pourtant de manière unique.»
Janine Teisson : «Comment parler de la littérature “adolescente” ?… D’abord quels adolescents ? Je parlerai des douze-quinze ans. Je laisse les seize- trente ans à d’autres.»
Guillaume Guéraud : «Je ne choisis pas mes lecteurs. Ce sont eux qui choisissent les livres qu’ils ont envie de lire.»
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30 juin 2008
Melvin Burgess, ou : Peut-on parler d’un "Nouveau Courant Littéraire" dans le roman jeunesse ?
MELVIN BURGESS ET LA LITTERATURE POUR JEUNES ADULTES, à travers Junk et Lady, ma vie de chienne, mémoire de Rachel Pujol, sous la direction de Monsieur Jean-Pierre VOSGIN, Juin 2003, MEDIAQUITAINE - Université Montesquieu Bordeaux IV et IUT - Université Michel de Montaigne Bordeaux III
Introduction
Le parcours littéraire de Melvin Burgess, qui écrivit dans un premier temps pour les pré-adolescents, et qui se consacre désormais à des romans pour les Jeunes adultes de quinze ans et plus, reste hors du commun de par son originalité et son point du vue du monde des adolescents d’aujourd’hui.
Souvent controversés, ses deux romans Junk et Lady, ma vie de chienne, font partie de ce que l’on appelle en France " les romans dérangeants ".
Et si les jeunes adultes de notre temps se reconnaissaient dans ces personnages insolites ? Et si cette vague de romans dérangeants n’était que le reflet de ce que vivent certains adolescents ? Et si ces auteurs qui écrivent pour les jeunes adultes, avaient décidé de ne pas mentir au " peuple adolescent " en écrivant des romans qui retracent leur vie quotidienne et le parcours initiatique de chacun d’eux ?
Quel l’accueil fait-on à cette "Nouvelle Littérature Contemporaine" en France ? La reconnaît-on ?
Y-a-t’il une Littérature de jeunesse destinée aux Jeunes adultes ? D’où vient—elle ?
A-t-elle une identité propre ? Comment se définit-elle ?
Peut-on parler d’un " Nouveau Courant Littéraire " dans le roman ?
Quels sont les auteurs représentatifs de cette littérature pour les 15-25 ans ?
Quels sont les éditeurs qui créent une collection spécifique pour ces jeunes-là ? Quels sont leurs objectifs ? Sont-ils sincèrement convaincus de l’existence d’une Littérature avant-gardiste qui fait ses premiers pas en France ?
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18 juin 2008
L'âge de mes lecteurs ? Je m'en fous.
Rarement la rédaction d’un article pour Citrouille m’aura autant épuisée. L’idée de départ était simplement de revenir un peu plus longuement sur quelques collections de livres pour adolescents. En mai 2007 paraissait sur le blog de Citrouille un article qui présentait quelques-unes de ces nouvelles collections : Babel J et D’Une seule voix (Actes Sud), Exprim’(Sarbacane), doAdo Noir et doAdo Monde (Le Rouergue), PhotoRoman et Nouvelles (Thierry Magnier). Un an plus tard, un article du Monde des Livres du vendredi 30 novembre ("Un âge vraiment pas tendre - Mal-être, suicide, maladie, viol... Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ?) est passé par là, et a énervé un certain nombre d’auteurs, d’éditeurs, de lecteurs, de monsieur tout le monde, et de libraires. Beaucoup de choses ont été échangées à ce moment-là, sur lesquelles je ne reviendrai pas. J’avais juste envie (au départ, donc !), un an après l’arrivée de ces nouvelles collections, de dire à nouveau l’importance de certains textes, et surtout, de donner la parole à quatre voix d’auteurs que j’aime, quatre voix qui me touchent : celles de Sébastien Joanniez, Jean-Paul Nozière, Catherine Leblanc et Fabrice Vigne. Sauf… Sauf que les entretiens que m’ont alors accordés ces auteurs commençaient par la même colère, ou la même amertume. Marre d’entendre que la littérature pour ados est trop noire. Marre de dire que ces livres ne sont pas pour les ados.
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14 juin 2008
De la littérature ado à la littérature sans lecteur (par Claude Poissenot)
La littérature adolescente fait débat depuis l'article de Marion Faure (« Un âge vraiment pas tendre ») dans lequel elle s'inquiète et s'interroge à propos de la noirceur des livres destinés aux adolescents. Cette remise en question suscite une vive réaction d'éditeurs se sentant incriminés (Jeanne Benameur, Claire David, François Martin, Thierry Magnier). Ils s'insurgent contre ce procès au nom de littérature : celle-ci peut permettre de prendre du recul par rapport à la souffrance et surtout, les livres sont le fait d'auteurs et n'ont pas à être réduits à leur public adolescent. Reprenant des discours habituels, les auteurs de cette réponse rappellent les vertus de la littérature qui permet d'être « sujet, visionnaire » (par opposition aux « médias » qui nous cantonneraient au statut de spectateur). « Les livres ne sont pas obligatoires. Ils sont nécessaires à toute pensée qui se construit ».
Mais au fait, ces livres aux qualités littéraires supérieures sont-ils lus ? Les jeunes ont-ils renoncé à construire leur pensée ? Les vertus ou les dérives de la littérature ont pour limite la lecture dont elle fait l'objet. Inutile de redouter la noirceur des livres pour adolescents s'ils ne sont pas lus ! A quoi bon se payer de mots sur la littérature si elle vit sans lecteur ? [Lire la suite]
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13 juin 2008
Femme fantasme en pâture (chronique d'Ariane Tapinos)
Une jeune femme se prostitue pour garder l'homme qu'elle "aime" et qui la frappe. Une autre rencontre chaque nuit des hommes contactés sur la toile, pour quelques instants de sexe rapide. Aux passes de l'une – violence et humiliation - succèdent les rendez-vous glauques de l'autre – humiliation et violence. Du sexe. Ou pour être dans le ton : de la baise. 135 pages, et l'une et l'autre se confondent. Marion – la prostituée, le jour – est Eve la sexe addict la nuit. Le ridicule se dissout dans le tragique : Marion/Eve se suicide après avoir massacré son mac/son amour. Et pour "étoffer" un peu "l'histoire", pour lui donner un peu de chair, si j'ose dire, il y a le sous-entendu : Marion / Eve a subit l'inceste. Ni distance, ni empathie dans ce texte. Juste le fantasme cru et âpre comme le frottement incessant et douloureux de ces corps en lutte. Hommes en guerre contre les femmes. Femmes en guerre contre les hommes. Bienvenue dans le merveilleux monde de l'égalité des sexes et du roman pour ados !
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A propos des romans «pour ados»
Le n°50 de Citrouille est disponible dans les Librairies Sorcières. Il propose, outre un dossier POLAR, un second dossier consacré au débat soulevé par les romans «pour ados». A l'occasion de l'anniversaire de notre revue, nous le mettons d'ores et déjà en ligne. Cliquez sur les vignettes pour lire les articles. (Pour "calmer" des échanges qui s'étaient envenimés ici et là, nous déconnectons pour le moment le forum qui avait été mis en place à cette occasion) - màj 30 juin 08 : Ayant cru comprendre que l'expression "roman 15-25 ans", parfois utilisée par Sarbacane pour définir la collection Exprim', ne le serait plus, nous avons écrit p.26 de la revue : "Depuis la rédaction de cet article pour ce dossier (mars / avril 2008), il semblerait que le directeur d'Exprim' songe à positionner autrement sa collection dans le paysage éditorial." L'éditeur nous fait savoir qu'il n'en est rien. Dont acte.
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On n’est pas comme ça dans la vie ! (chronique d'Amélie Raud)
Amélie Raud vous propose des instantanés de séances au cours desquelles s'expriment les groupes de lecture «ados» de sa librairie.
C’était la deuxième fois de cette année scolaire où nous nous retrouvions. Et je viens d’assister à une séance étonnante. Tout à fait le genre de moment qui me conforte dans ma détermination à maintenir ces groupes de lecture. Ils ont été créés pour avoir un avis direct des lecteurs (même si, ne soyons pas dupes, ce sont de gros lecteurs, avec un rapport plutôt privilégié au livre), et c'est l'occasion de nous rendre compte que nous perdons vite pied, nous les libraires. Car si notre avis sur la littérature jeunesse n’est pas vraiment un avis d’adulte anonyme, du fait de notre habitude à en lire, il n’est pas pour autant un avis d’enfant - ou d’ado, en l’occurrence. Et nous avons besoin de ce contact direct avec les lecteurs, parce que parfois nous nous trompons complètement sur leurs envies et leurs goûts supposés.
Ainsi ce samedi, les ados du groupe ont tous rejeté, chacun pour sa raison, les livres de la collection Romans de Thierry Magnier que je leur avais proposés.
Pas demain la veille, de Christophe Léon : « Je ne l’ai pas lu, pas eu envie de l’ouvrir. »
C’est loin Valparaiso ?, de Bernard Friot : « C’est bizarre d’avoir des parents avec ce genre de métier. C’est possible mais tellement rare que je ne m’attendais pas à retrouver ça dans un livre. Ça ne m’intéresse pas. Je ne me reconnais pas dans cette histoire. »
Lise, de Corinne Lovera : « Il n’y avait pas de ponctuation. C’est horrible à lire ! »
Les carnets de Lily B., de Véronique M. Le Normand : « C’est une caricature des ados mal dans leur peau. C’est déprimant. »
Point de côté, d'Anne Percin : « Encore un livre inintéressant. Un sujet triste autour de la mort. On n’est pas comme ça dans la vie ! On voudrait des sujets dans lesquels se retrouver. Drôles si possible. »
Rien à perdre, de Marie-Sophie Vermot : « A quinze ans elle tue sa sœur involontairement. Traumatisée elle tente de trouver sa mère qui, comme par hasard les a abandonnées. Il faut arrêter avec ces sujets bateau, c’est trop culpabilisant. »
Je vous raconte ça parce qu'en général nous, les libraires, nous aimons les romans de Thierry Magnier. Mais visiblement les ados en ont assez des sujets tristes, des situations improbables où les pires possibilités adviennent, où l’abandon, la mort, la culpabilité règnent. L’adolescence, ce n’est pas seulement des problèmes : Manon me disait ne pas se reconnaître dans ces portraits ; elle est gaie, ne croule pas sous les problèmes particuliers, et quand elle en a, ce ne sont pas des catastrophes "interplanétaires" !
Alors amis éditeurs, on aime vos publications, mais n’oubliez pas les ados dont la vie est sans drame et dont l’envie de s’évader d’un quotidien (pas forcément simple pour autant), l'envie de vivre et de rire voudrait passer par des livres gais et passionnants !
Mais que Thierry Magnier ne s’en fasse pas : à la fin de l’heure, lorsqu’ils ont fait leur choix de livres, les ados se sont jetés sur sa dernière collection de nouvelles, et sur les "photos romans" que je tenais à leur présenter.
Comme quoi ils ne sont pas rancuniers…
Amélie Raud, librairie La Courte Échelle
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22 décembre 2007
Littérature malsaine, vraiment ? (la chronique de Simon Roguet, sur Livres échanges)
J’ai un peu peur…
Quand je sens un air de censure qui traîne par là…
Les éditions Actes Sud et plus particulièrement la collection "D’une seule voix" viennent de se faire réprimander par le ministère de la Justice qui demande aux éditions d'apposer une mention d'un âge minimal de 15 ans sur deux titres parus dans cette collection: Quand les trains passent de Malin Lindroth et et Kaïna-Marseille de Catherine Zambon.
Ce n’est pas la première fois mais cela fait toujours un peu drôle d’apprendre ce genre de nouvelles. Ces deux titres sont des livres que je conseille régulièrement, comme je le fais pour tous les titres que j’ai appréciés, dans ma librairie. Je suis conscient que ce sont deux textes forts et je les conseille aux ados que je connais bien ou en prévenant que ce sont des livres qui ne laisseront pas indifférents. J’avoue, je n’ai jamais demandé l’âge des ados en face de moi, quand j’ai conseillé ces livres. J’avais l’impression que je n’étais pas confronté aux mêmes obligations que les bureaux de tabac ou les bars PMU. Maintenant, je devrais peut être le faire, puisqu’il ne faut pas heurter nos chers petits ados adorés.
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16 décembre 2007
«Je tenais à dire qu'il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins.»

(Citrouille n°36, novembre 2003)
Quand, rebondissant par son commentaire sur un débat ouvert par Vincent Cuvellier sur notre blog en février 2006, une ado fait (involontairement ?) le lien avec un autre débat initié par Blandine Longre, en mentionnant les mêmes auteurs (Malin Lindroth,Guillaume Guéraud) que ceux cités par l'article du Monde...
«Bonjour,
Je suis ce qu'on peut appeler une ado étant donné que j'ai 15 ans. je tenais à dire, qu'en effet il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins. on est bien capable de faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
Pour ma part j'ai vraiment aimé ce livre [Je mourrai pas gibier]. je trouve l'écriture simple, et pourtant, on arrive très bien à se mettre dans la peau du personnage.
c'est, certes, un livre qui laisse mal à l'aise, et pourtant, pas tant que ça ; ce n'est pas le pire. un livre qui m'a vraiment laissé sur le carreau c'est "quand les trains passent" de Malin Lindroth de la collestion "d'une seule voix".
ils font partie de ces livres qui permettent une réflexion, une remise en cause ; ce qui change des romans ados basiques qui virent au cucu d'une amourette impossible, ou de l'elfe en quête de la pierre qui va sauver le monde. et je trouverais dommage que la publication de tels livres soit stoppée.
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15 décembre 2007
Famille, je te hais ?

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14 décembre 2007
"Un livre doit être un danger", disait Cioran... (un article du blog de Blandine Longre)
Les grands médias ont rarement l'occasion de parler de littérature jeunesse, et la plupart n'y connaissent pas grand-chose - mais quand ils le font (à l'occasion du Salon de Montreuil, une fois l'an), on aimerait qu'ils la traitent sur le même plan que les autres littératures... Et non comme une "production" à part. En effet, certains auront peut-être lu un article paru dans Le Monde des livres du vendredi 30 novembre, qui s'intitule "Un âge vraiment pas tendre - Mal-être, suicide, maladie, viol... Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ?"
Déjà, ces premiers mots en ont fait bondir plus d'un... (éditeurs, auteurs, bien sûr, mais aussi lecteurs), car tout est dit dans le titre : l'idée obsolète, idéal d'un autre temps, qu'il existerait un âge "tendre" ; puis l'énumération de termes qui ressemblent ici à des "gros mots" (auxquels il ne faudrait surtout pas associer l'idée de jeunesse...) et enfin, une question qui aussitôt se fait affirmation... Le ton est donné et l'article va dans le sens d'un "protectionnisme" qui semble faire un retour en force... (pour ne pas parler des velléités de censure de certains), d'autant plus dommageable que la littérature dont il est ici question s'adresse aux adolescents (et non à des "enfants") - une littérature hybride, que les adultes eux-mêmes (quand ils passent outre les préjugés) ont souvent grand plaisir à lire - et que les adolescents, selon leur maturité (qui n'a rien à voir avec l'âge...), peuvent tout lire, on le sait.
Lire la suite sur le blog de Blandine Longre
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16 mai 2007
A propos de Babel J, Exprim’, Photoroman, D’une seule voix, Nouvelles, doAdo Noir et doAdo monde
Ça a commencé il y a un an, avec l’arrivée des Babel J. J’étais plutôt sceptique sur l’idée. Pocket avait essayé d’intégrer au fonds jeunesse des titres initialement publiés en secteur adulte, et ça avait donné Pocket jeunes adultes, qui mélangeait sans scrupule Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis, à la trilogie du Juge d’Egypte, de Christian Jacq. Mais les premiers titres de Babel J ont chassé plutôt loin mes préjugés. A côté de textes que je connaissais (Loin, très loin de tout, d’Ursula K. Le Guin, ou Sous le règne de Bone, de Russel Banks), j’ai découvert des romans qui me seraient sinon sans doute restés inconnus (comme Jeu de massacre, de Henri-Frédéric Blanc) et que je conseille avec plaisir aux adolescents.
Et puis Sarbacane, qui n’éditait jusque là que des albums et quelques documentaires, s’est lancé dans les romans, et ce fut l’une des meilleures nouvelles éditoriales de ces derniers mois. Les trois premiers titres de la collection Exprim’, parus en novembre 2006, ont donné un nouveau souffle à un secteur qui tournait un peu en rond. Si l’on était fâché avec l’étiquette de littérature « pour adolescents », on ne gardait que la littérature. Ces trois premiers titres voulaient imprimer l’idée d’une écriture hybride, inspirée peut-être par la chanson, une écriture poème, qui tour à tour pouvait se lire, se chuchoter, se crier. Dans Adieu la Chair, paru en mars dernier, Julia Kino fait complètement s’effacer le propos devant une écriture somptueuse, qui renvoie indiscutablement à des références musicales telles que Jim Morrison ou Marianne Faithfull. Sur le site dédié à la collection, la toute jeune écrivaine lit des extraits de son texte, et il suffit de quelques phrases pour saisir ce lien incroyable entre la musique et les mots.
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